Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Le principe de l’indépendance d’après la vision des pères fondateurs de la République du Congo Brazzaville

Classé dans : Non classé — 22 juillet, 2010 @ 5:24

L’année 2010 est celle de la commémoration du cinquantième anniversaire de l’indépendance de nombreux pays de l’aire francophone en Afrique. L’Etat du Congo-Brazzaville va  fêter son indépendance le 15 août prochain.

Il s’agit là d’un événement important qui est censé interpeller tout citoyen digne de ce nom qui aspire tant bien que mal au développement national de son pays.

Dans ce cas, que peut-on retenir de la République du Congo-Brazzaville après cinquante ans de vie existentielle sur les plans social, économique et politique ?

youlou9Si la commémoration d’un grand événement historique permet de faire ressortir la grandeur d’illustres personnages qui l’ont initié, celui du cinquantième anniversaire de l’indépendance de la République du Congo-Brazzaville est l’occasion de redonner la parole à ses pères fondateurs que sont le président-abbé Fulbert Youlou et Jacques Opangault.

Ceci dit, que recouvre en réalité cette notion d’indépendance ? Est-elle synonyme d’autonomie et donc d’absence de contraintes de toutes sortes ? Ou bien au contraire l’indépendance dont il est question est-elle une notion beaucoup plus complexe qu’on ne pourrait le penser ?

Si la notion d’indépendance peut être conçue comme étant l’état d’une personne dite libre dans ses mouvements ou qui jouit de l’autonomie politique, le Père de la Nation Congolaise, le premier Président de la République, l’Abbé Fulbert Youlou pose des jalons dans la définition de cette notion.

A ce propos, le Président-Abbé Fulbert Youlou pose avant tout un préalable ou procède en pointant du doigt des idées préconçues voire des préjugés avant d’exprimer sa compréhension de cette  question d’indépendance. Indépendance, constate-t-il,  trop souvent encore signifie dans les esprits, mieux- être, confort, facilités, améliorations immédiates et inconditionnelles du niveau de vie. La réalité est tout autre, observe à juste titre le Président-Abbé.

L’indépendance, l’émancipation consistent, avant tout, pour un pays selon le Président-Abbé Fulbert Youlou, à assumer seul toutes les responsabilités qui lui incombent :  la paix, l’ordre, l’union, la protection de ceux qui constituent la Nation. Elle exige aussi une ligne de conduite, une politique extérieure, libres de toute ingérence. Car notre problème, à nous gouvernants, est, ajoute-il, tout en menant notre pays à la fois à une amélioration de ses conditions de vie, de travail, de lui faire aussi respecter ses engagements, sans être tributaire d’autres nations  ;  en un mot, sans hypothéquer sa liberté.

youlouuC’est dans cet état d’esprit d’analyse et de compréhension de cette notion que le Père de l’indépendance et de la Nation, l’Abbé Fulbert Youlou déclare lors de l’accession à l’indépendance du Congo-Brazzaville  :  « Nous accédons à la responsabilité nationale. Plus que jamais la volonté de Dieu nous fait un devoir d’aimer notre pays, mais également un devoir d’agir, chacun à la place qui lui a été donnée, pour faciliter la marche en avant de notre pays. La mise en valeur de notre pays ne pourra se faire que dans la solidarité, dans la communion aux besoins et aux aspirations de tous. Ceci exige compréhension et collaboration qui se réaliseront au prix des sacrifices personnels… Notre indépendance, en effet, signifie notre volonté de vivre collectivement. Il faut que notre Congo indépendant soit viable ».

De l’examen du discours du premier président de la République indépendante du Congo-Brazzaville, il ressort un certain nombre de paramètres qui conditionnent véritablement l’accession à l’indépendance d’un pays ou d’une nation.

Ainsi, à la lecture du discours politique de l’Abbé Fulbert Youlou, il ne peut y avoir de véritable indépendance sans aucune conscience nationale, celle-ci étant l’expression d’un bel exercice des responsabilités assumées par des gouvernants ou dirigeants auxquels sont confiées les fonctions de l’Etat ou de la Nation. A cela s’ajoute une gestion saine et républicaine de toutes les affaires qui concourent à la création véritable d’un Etat ou d’une Nation Souveraine et Indépendante.

La paix, l’ordre, l’union, la cohésion de toutes les composantes de la communauté qui se veut nationale sont autant d’éléments qui doivent s’inscrire dans les préoccupations majeures des gouvernants ou dirigeants. Il y a, en plus de cela, la liberté qu’il faut préserver de l’Etat en évitant d’hypothéquer toutes ses potentialités qui vont garantir son indépendance ou sa souveraineté.

A cet égard, le Président-Abbé Fulbert Youlou est, en sa qualité de président de la République, un homme politique extrêmement prudent abandonnant à ce titre, toutes les illusions qui entraveraient l’œuvre de l’édification de la conscience nationale, qui selon son entendement est l’élément moteur d’une construction d’un Etat indépendant du Congo-Brazzaville et au-delà de la nation. Pour ce faire, il déclare avec habileté que:

 » La route n’est pas droite et unie; c’est encore une piste sinueuse et accidentée; il faudra l’aplanir et la niveler ; il y faudra bien du travail, beaucoup de courage et de persévérance. Ne nous précipitons donc pas sans réflexion ; mais ne temporisons pas non plus exagérément. Un programme mûrement pesé doit décider de notre action future.  »

En somme, les questions de l’indépendance  et du développement national n’ont jamais été aux yeux du premier Président du Congo-Brazzaville indépendant, l’Abbé Fulbert YOULOU, un acquis, mais beaucoup plus une volonté raisonnable et raisonnée, clairement définie et tendant en une gestion perpétuelle, consciencieuse et responsable des biens de la nation.

Il s’agit là des questions fondamentales, fort difficiles du fait de leur importance nationale qui, à ce titre,  ne doivent pas être abordées par une politique de propagande fort irresponsable mais plutôt par une conscience nationale qui, par essence est toujours en perpétuel mouvement.

Autrement dit, la question de l’indépendance ou du développement national est parfaitement similaire à toute œuvre d’éducation qui, comme l’indique le vénéré Cardinal Emile Biayenda consiste  » en  un enfantement qui commence au jour de la conception pour ne se terminer qu’avec la mort « .

Ainsi l’indépendance apparaît comme un combat sans fin mûrement réfléchi lequel s’inscrit raisonnablement sur le terrain du destin national en perpétuel devenir.

opangaultDans le même ordre d’idées, Jacques Opangault, l’un des pères de l’indépendance au même titre que Félix Tchicaya ou l’Abbé Fulbert Youlou déclare, quant à lui :

 » Il y a un avenir qui se fait et un avenir que l’on fait, et l’avenir est les deux. C’est par la volonté de chacun de ses fils que se fera l’avenir du Congo, et, dans cet avenir, il n’y a place pour aucun relâchement, pour aucun désordre, pour aucun abandon « .

Qu’il s’agisse du Président-Abbé Fulbert Youlou ou de Jacques Opangault, l’indépendance est une voie de liberté qui, pour y accéder dignement et donc souverainement, requiert inexorablement l’accomplissement d’un certain nombre de conditions que sont : la volonté, le courage, le travail, la solidarité, l’unité,  la persévérance. En d’autres termes, l’indépendance ne revêtira toute son importance que si elle fait appel à l’élaboration d’une véritable conscience nationale qui, elle-même, est l’expression pleine et entière d’une fusion de deux autres types de conscience à savoir :

a. La conscience du droit et de la liberté d’entreprendre : cette conscience est l’aboutissement de la volonté et de l’action qui se matérialise très concrètement par une prise de responsabilités initiatrices qui tendent au développement national tant aux plans économique que social. Elle consacre par exemple sur le terrain du droit, la liberté d’entreprendre et du jeu de la concurrence ou de la compétitivité loyale à l’échelle nationale.

b. La conscience du devoir et de la responsabilité : celle-ci consiste en un exercice des postes de responsabilités à quelque niveau où ils se trouvent et ce, de façon juste, impartiale, équitable,  productive et raisonnable dans le strict intérêt du développement et de la construction perpétuelle de la Nation.

C’est dans cet état d’esprit de volonté et de construction d’une nation congolaise souveraine et indépendante que Jacques Opangault relève à juste titre que:

 » En dehors des luttes idéologiques, en dehors de notre opposition démocratique et constructive pour un mieux- être du pays, pour une amélioration toujours poursuivie et toujours plus grande nous avons tous, nous congolais, des objectifs supérieurs, des devoirs communs impérieux. En face des grandes tâches nationales nous n’avons qu’un seul drapeau, qu’une seule devise, qu’un seul but. Ce Congo, nous le formerons, nous le modèlerons selon nos efforts et selon nos mérites « .

C’est dire qu’il ne peut y avoir de véritable indépendance nationale sans aucune conscience édifiante de gouvernants ou dirigeants qui, par une gestion responsable, juste et équitable des responsabilités ou fonctions qui leur sont confiées doivent obligatoirement en tous lieux et en tout temps toujours privilégier l’intérêt supérieur de la Nation.

Or, force est de constater que, si de 1960 à 1968, le Congo-Brazzaville a pu connaître des débuts fort prometteurs d’une véritable indépendance, en raison d’une classe dirigeante digne de conscience et de confiance nationales, cette dynamique s’est vue stopper en l’absence de vrais acteurs politiques pour le faire.

En cinquante ans d’indépendance, le Congo-Brazzaville a plus sombré dans l’anarchie des dictatures sanglantes qu’il n’a vraiment favorisé l’émergence d’une panoplie de conditions nécessaires pour un véritable développement national.

Les acquis de la colonisation ou les infrastructures qui étaient censées améliorer les conditions d’existence des citoyens congolais n’ont pu être édifiées. Là où l’espérance a pu naître par l’instauration des infrastructures du fait de la conscience des premiers dirigeants de l’Etat congolais indépendant, celle-ci s’est vite éclipsée. Les idéologies ayant pris le dessus sur le pragmatisme ou le réalisme.

La communauté nationale congolaise est aujourd’hui plus divisée qu’elle ne l’a été pendant cinquante ans (50 ans). Cette conscience nationale débutante dans la gestion des deniers ou des biens publics a laissé place à l’anarchie, l’incompétence, l’irresponsabilité de sorte que la relève du Congo-Brazzaville est devenue problématique.

Si les pères de l’indépendance ont défini celle-ci comme étant une politique d’autonomie de la nation en y associant raisonnablement une ligne de conduite, une politique extérieure, libres de toute ingérence, force est de constater que le Congo-Brazzaville, s’est engagé dans une voie totale et chronique de dépendance. Sa dépendance est d’autant plus inquiétante aujourd’hui que toutes ses potentialités qui étaient censées contribuer à son autonomie ont été toutes hypothéquées.

Ainsi, le Congo-Brazzaville devra, pour les prochaines années, s’il désire retrouver ses lettres de noblesse telles qu’elles ont été rédigées par ses pères fondateurs, consacrer en son sein les lois humaines les plus transcendantes qui soient et qui, à ce titre font appel à d’illustres hommes d’Etat dotés d’une haute conscience politique. C’est en cela qu’ils sont appelés Ngunza ou hommes des lumières de la Communauté nationale.

Aussi, pour le Père de la Nation, l’Abbé Fulbert Youlou  :   » Ne dirige pas qui veut en Afrique, mais qui le mérite.  » d’autant plus que  » la politique n’est pas un métier dans un pays où il faut cultiver, produire, créer, soigner, construire,  avant de palabrer « .

Au final, Concevoir et Promouvoir une politique de développement national sans   l’édification préalable d’une conscience nationale, souveraine voire républicaine est la voie même de l’inconstance, de l’inertie et par conséquent de l’instauration d’un régime dit médiocratique (la médiocratie étant définie comme l’avènement au pouvoir des hommes et des femmes dépourvus de toute conscience nationale qui, par leur médiocrité conduisent  inexorablement le pays ou la nation vers son déclin ou sa déchéance).

En somme, le développement national d’un Etat dit Indépendant et Souverain est inéluctablement la conséquence d’une prise de conscience de toutes les valeurs qui concourent à l’épanouissement et au bien- être de ses citoyens.

C’est ce que nous appelons aussi chez nous le Bu-MuNtu ou le Bo-MoNto, la voie de l’équilibre et de l’épanouissement social et spirituel de l’être, dans le cas d’espèce du citoyen.

QUE VIVE LA REPUBLIQUE !
QUE VIVE LA NATION !

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (Cercle Ki-Mbanza ou Ami (e) s de  la Nation Congolaise)

Le procès de Kimpa Vita, la Jeanne d’Arc congolaise, de Rudy Mbemba Par Ghislaine Sathoud

Classé dans : Non classé — 30 juin, 2010 @ 6:43

 

sathoud

Ghislaine Sathoud

Plusieurs pays d’Afrique célèbrent leur indépendance cette année.  Peut-on s’attendre à une meilleure prise en compte des femmes ? Une chose est sûre, après un demi-siècle d’indépendance, il est grand temps de reconnaître les droits et apports des Africaines. Et disons-le clairement : les femmes doivent participer activement à la vie publique et sociale. En d’autres mots, leur  présence est plus que jamais indispensable dans toutes les sphères décisionnelles.

Intégrer la femme, c’est d’abord et avant tout croire en ses capacités de défendre les intérêts vitaux de son pays. L’histoire africaine montre que des femmes se sont illustrées de différentes manières pour protéger leurs concitoyens. Kimpa Vita est un exemple tangible qui met en lumière l’empreinte féminine dans le passé de l’Afrique.

C’est pourquoi d’ailleurs l’histoire de cette femme extrêmement courageuse a suscité et suscite encore l’indignation, voire la colère.  Rudy Mbemba, avocat et auteur, a publié chez L’Harmattan en 2002 un ouvrage intitulé Le procès de Kimpa Vita, la Jeanne d’Arc congolaise. Pour la petite histoire, Kimpa Vita, une prophétesse qui naquit et vécut au Royaume Kongo au XVIII siècle, fut brûlée vive en 1706 à l’issue d’une parodie de procès…

Par conséquent, Rudy Mbemba veut remettre les pendules à l’heure. Les avocats sont convaincus que toutes les causes sont plaidables. Celle-ci est sans conteste une noble cause. Justement, en sa qualité de défenseur des causes défendables et indéfendables, l’homme de loi ramène sur la scène publique un dossier qui mérite un examen approfondi. Et d’ailleurs, il défend sa démarche avec ardeur, détermination et conviction. De plus, les arguments présentés prouvent que la tragédie qu’est l’histoire de La Jeanne d’Arc congolaise doit impérativement être mentionnée quand vient le temps de revisiter l’histoire, glorieuse ou non, du royaume Kongo :

kimpavita1

« Si cette histoire est effectivement dense, le procès de Kimpa Vita, incontestablement y occupe une place de choix. Il s’agit en effet d’une des grandes affaires judiciaires africaines ayant été réglée au mépris des règles les plus élémentaires du droit ».  (1)

Si le juriste dénonce fermement ce simulacre de procès, il convient également d’ajouter que cet ouvrage peut assouvir aisément la curiosité de plusieurs personnes, et ce, dans tous domaines confondus. Par exemple, les militantes des droits des femmes y trouveront des armes essentielles pour  renforcer leurs certitudes.

Qu’en est-il donc de ce procès ? Peut-on affirmer que Kimpa Vita fut jugée conformément aux règles déontologiques qui régissent l’exercice du droit ?

En tout cas, Rudy  MBemba, qui pointe du doigt des vices de procédure, est très catégorique :

« D’un point de vue judiciaire, le procès de Kimpa Vita, à vrai dire, n’en est pas un. Tel qu’il le décrit, ce procès est beaucoup plus, un règlement de compte, à l’instar d’une justice privée, telle qu’elle a pu exister dans les société coutumières d’Europe comme celles d’Europe médiévale, qu’un véritable jugement qui, à ce titre aurait du faire appel à certains principes de justice. L’ingérence du père Bernardo, donc de l’Église, est manifeste, et elle est de nature certes à faire mourir  Kimpa Vita, mais également et surtout, à donner un coup d’arrêt à l’œuvre de la restauration, c’est-à-dire, du retour de l’unité perdue »  (2)

Finalement, que reprochait-on réellement à Kimpa Vita ? Que voulait-on faire croire ? A qui profitait le crime ? Plusieurs questions viennent à l’esprit. Toutefois, il apparaît clairement que les commanditaires de ce complot  voulaient brouiller les pistes pour justifier cet acte crapuleux.

« L’action de Kimpa Vita est dangereuse aux yeux de ses adversaires catholiques non pas parce qu’elle n’est point digne ou salvatrice, mais plutôt parce qu’elle est un frein, une négation de leur dessein, celui de faire du Congo, à tout prix, un royaume chrétien comme autrefois, le plaçant ainsi sous le contrôle de la papauté. Or, l’action de Kimpa Vita est sur ce point très néfaste, en ce qu’elle aspire à un développement global de son pays, donc, entre autres, à son émancipation sur le plan religieux ». (3)

Mais au fond, quels objectifs visaient la  récalcitrante  Kimpa Vita ? « En somme, l’action de Kimpa Vita tendant à la restauration de son pays va comporter, essentiellement trois dimensions : la dimension politique, la dimension morale et la dimension religieuse » (4)

Pour conclure, que les revendications de Kimpa Vita correspondent ou pas aux luttes actuelles  défendues âprement par le mouvement mondial des femmes, elle fut une brave Africaine. Sa rébellion et son combat s’inscrivent parfaitement dans une  perspective d’intégration de la femme dans les sphères décisionnelles. Or, jusqu’à présent cette préoccupation est toujours d’actualité car, dans ce cas précis, les mentalités évoluent lentement et de façon aléatoire. Qui plus est, les victoires ne sont qu’éphémères, il faut se battre constamment pour les conserver.

En ce sens, on peut affirmer que l’héroïne voulait coûte que coûte prendre sa place et défendre la souveraineté du royaume Kongo. Mission accomplie ! Elle a vraiment réussi son pari.

Ghislaine SATHOUD

Rudy Mbemba  Le procès de Kimpa Vit, la Jeanne d’Arc congolaise, L’Harmattan, Paris,
2002, 138p.

Rudy Mbemba, avocat et Koôngologue, est né en 1969 au Congo-Brazzaville. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Plaidoirie pour l’Abbé Fulbert Youlou.

Notes

(1) Le procès de Kimpa Vita La Jeanne d’Arc congolais, p. 20
(2) Idem, p. 90
(3) Ibid.
(4) Idem, p. 52

 

Le muntuïsme mbembaïen est-il une science ? par M’Boka Kiese

Classé dans : Non classé — 8 août, 2008 @ 9:47

Mbemba1. Introduction. Nous examinons dans cet article le caractère déclaré scientifique du muntuïsme, une doctrine exposée par monsieur Rudy Mbemba dans son ouvrage, Le Muntuïsme, l’humanisme intégral africain paru aux éditions françaises, Société des Ecrivains, en 2006. Cet ouvrage est le fruit d’une série de recherches et d’entretiens avec Ta Nkounkou D’oliveira, essayiste du kingunza, la métaphysique chez les Kongo. Etant juriste, auparavant Ta Mbemba avait soutenu une thèse de doctorat sur la justice pénale de tradition kongo à l’université française de sciences sociales de Toulouse en 2000. Nous n’avons pas la prétention d’exposer une méthode scientifique a priori ; laquelle se liguerait en procès à la doctrine de monsieur Rudy Mbemba. Que non ! En disséquant l’ouvrage de monsieur Rudy Mbemba, l’objet de son travail, la construction des concepts, la narration des thèmes, la composition de sa table de matières, les notes bibliographiques, comme dans la maïeutique platonicienne, comment l’ouvrage accoucherait-il de lui-même une doctrine scientifique sui generis, baptisée le muntuïsme ? Existe-t-il plusieurs humanismes ? L’humanisme occidental, africain, asiatique, oriental. Comment partant de chaque modèle accède-t-on à l’humanisme universel ? Dans le cas contraire, ne s’agirait-il pas d’une énième description de la culture kongo, grenier des anthropologues ?

2. La quête de l’humanisme. Un humaniste est à la fois un érudit et un homme pétri de vertu. M’Boka Kiese écrit : “ Chez les Kongo, l’être, Muntu ou Ntu n’est pas éduqué du simple fait de naître dans un milieu (Gantu).[…] Il devient ngudia-muntu, un véritable homme, s’il est éduqué, muntu wa sanswa ou kimuntu kie nandi ; c’est-à-dire il vit et perpétue sa culture dans le sens de la proposition kongo : “  Wa dia fua yika dio (Quiconque reçoit un héritage doit travailler à l’accroître) ”. Il participe ainsi de certaines structures sociales d’où il extirpe son animalité primitive. Les Kongo prononcent : “ Muntu wa longoka (un être instruit, un érudit) (1). Nous venons d’exprimer à la manière kongo l’approche kantienne d’un être érudit satisfaisant à l’humanisme occidental de la période de la renaissance. Celle-ci est une redécouverte de la littérature gréco-latine. L’érudition est conforme au modèle kantien décrit dans Critique de la raison pure. L’érudit au sens kantien du terme est un être talentueux, un homme instruit à la tête pleine, un dogmaticien. Ce n’est pas encore un homme de vertu tant qu’il reste indifférent au destin de l’humaine nature. Le scepticisme répandu dans les milieux africains à l’encontre de la spéculation professée par les diplômés africains vise l’érudition infatuée au savoir livresque. Les livres, les manuscrits anciens, les humanités égyptiennes et babyloniennes, les paroles nouées entendues proverbes des Mossi, Sara ou Dogons, les tableaux, les pièces de théâtre, les danses, les tapisseries, les sculptures, tous ces instruments culturels sont limités par la vie de l’homme. Ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. Même si les hommes en ont besoin, ils doivent savoir s’en servir et avoir le temps de s’en servir ; ils doivent partager ou perpétuer ce savoir avec leurs prochains. L’humaniste n’est pas seulement doté de raison. Il possède un cœur et partage le destin terrestre de l’humanité. Cette relation entre le cœur et la raison témoigne du dépassement de l’entendement de Kant hérité de la tradition aristotélicienne contre Platon par l’idéalisme hégélien (Voir Mboka Kiese, Hommage à Cheikh Anta Diop). Cela est rendu par les Kongo : “ Muntu wa lembama “(un homme vertueux, il garde la maîtrise de ses sens). […] Muntu wa lembama, signifie à la fois un être dompté, apprivoisé par la culture (ntumba) et le demeurant ; le synonyme de Muntu wa lembama en kikongo est muntu wa tumbu, un être initié ayant atteint l’état d’ataraxie, c’est-à-dire l’état d’absence de trouble ou d’agitation de l’âme (Mboka Kiese, “La question de l’émancipation”, op. cit.,).

3. L’inquiétude humaniste. Elle naît de la confrontation entre l’altérité et l’identité. L’identité occidentale corrompue par la civilisation de la bourgeoisie a gelé l’expression de l’altérité intrinsèque à l’humanisme universel. Pourquoi ? Parce que l’humanisme occidental s’est affranchi de Dieu, de ses origines chrétiennes. Il est devenu un humanisme athée, laïque, pré-chrétien. La synergie du guerrier, du marchand et du prêtre, au sens de Georges Dumézil témoigne du triomphe de l’humanisme athée sur les valeurs du christianisme originel à travers la collusion du capitalisme et du féminisme naissant. La bourgeoisie ne laissera aucun répit aux colonisés nègres. Impliqués dans l’équation césairienne, “ colonisation égale chosification ”, les Kongo par une complainte, tancent les Colons :

“  Le Blanc est venu de l’Occident
Pour chercher richesse
Mam’ééé ! Mam’ééé
Son seul souci, c’est l’argent.” (2).

Pourquoi y’ a t-il un ” Malaise dans la civilisation ” ? pour reprendre l’intitulé de l’ouvrage de Sigmund Freud.  Le Christianisme est fondé sur la foi (la croyance en des choses invisibles), l’espérance, la charité et la pratique des vertus ; L’humanisme contemporain célèbre l’optimisme de la raison contre la foi, l’honnêteté de homme, l’honneur de l’esprit humain, la volonté ou l’intelligence de l’homme. Protagoras : “ L’homme est la mesure de toutes choses ”. Au Congrès des mathématiciens tenu à Paris en 1900, David Hilbert proclame à la manière de Fitche : “ Nous saurons ”. La physique de la relativité d’Albert Einstein en célébrant l’équation de l’énergie E = MC2 annonce l’explosion de la matière. D’où l’angoisse de l’homme après la destruction de notre planète à travers Hiroshima et Nagasaki. Le Cardinal Biayenda, Ngunza ou Pasteur congolais charge la technique, dans la lignée de Heidegger, de semer l’hypocrisie humaniste : “ Notre siècle, un siècle de la technique, est aussi un siècle sans cœur. L’esprit partisan, le fanatisme, le refus de dialogue, la perte du sens de l’homme, la négation des droits les plus authentiques, sont des réalités négatives que nous touchons du doigt chaque jour. Notre logique froide et sans “ âme ” entretient inlassablement des foyers de division et de haine, et perpétue les guerres et les massacres. La technique entraîne l’homme vers une civilisation de “ cœur de pierre ”, de “ cœurs endurcis ”, incapables de toute réaction humaine, vers une civilisation de robots insensibles et froids. ” (3).

Karl Marx enchante la bourgeoisie dans le sens d’un progrès de la civilisation alors que la sape de l’humanisme a été orchestrée par elle : “ La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle révolutionnaire décisif. La bourgeoisie, là où elle est arrivée au pouvoir, a détruit tous les rapports féodaux, patriarcaux, idylliques. Elle a déchiré sans pitié la multiplicité colorée des liens féodaux qui attachaient l’homme à ses supérieurs naturels, et elle n’a laissé subsister d’autre lien entre l’homme et l’homme que l’intérêt nu, que le froid “ argent comptant ”. Elle a noyé dans les eaux glacées du calcul égoïste les frissons sacrés de la piété exaltée, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise. Elle a réduit la dignité personnelle à la valeur d’échange, et, à la place des innombrables libertés reconnues par écrit et chèrement conquises, elle a mis la liberté unique et indifférente du commerce. Elle a, en un mot, remplacé l’exploitation déguisée sous les illusions religieuses et politiques par l’exploitation ouverte, cynique, directe, brutale [...] ”(4). Au sens de Karl Marx, s’indigner sur la bourgeoisie et sur sa technologie est une attitude réactionnaire. Car la bourgeoisie et la technologie incarnent le progrès de la civilisation. La mondialisation est un fruit de la bourgeoise énonce Karl Marx depuis le dix-neuvième siècle, pendant que nous y croyons produit au 21 e siècle : “ Par son exploitation du marché mondial, la bourgeoisie a rendu cosmopolites la production et la consommation de tous les pays. Pour le plus grand regret des réactionnaires, elle a retiré à l’industrie sa base nationale. ” (Marx et Engels, Manifeste, op. cit., p. 9-10.

 4. Les définitions du muntuïsme mbembaïen. Le muntuïsme est-il subordonné à la philosophie maritainiste ? L’humanisme occidental a oublié l’homme en encensant l’honnête homme traité d’hypocrite par Blaise Pascal, car coupé des sources religieuses. Le souci de Rudy Mbemba est de rétablir l’humanisme intégral en y réintroduisant la spiritualité écartée par l’Occident. Il emprunte la formule de l’humanisme intégral à Jacques Maritain. Le muntuïsme est un humanisme bantou (page 16) ; un humanisme intégral africain (page 17) ; une expression profonde de la religion bantoue (page 17) ; une parcelle doctrinale de la religion du muntu (page 25) ; un discours civilisateur de l’homme africain (page 25) ; Le muntuïsme est la religion du muntu (page 26) ; le muntuïsme des temps primordiaux est une religion (pages 26 et 31) ; discours civilisateur du muntu (page 31) ; le muntuïsme est un vitalisme au sens tempelsien du terme (page 26) ; le muntuïsme dépasse la religion. C’est une science, une doctrine humaine, sociale morale, politique, religieuse (page 26) ; Le muntuïsme est une science à caractère humain, social, moral, politique et religieux.

5. La mémoire de Rudy Mbemba L’ouvrage s’articule autour de ces cinq gros chapitres, les cinq aspects fondamentaux de l’émancipation intégrale du muntu. Le muntuïsme exprime cette totalité anthropologique. A ce niveau, il n’y a pas d’innovation, mais réitération du discours ethnologique. Le muntu est l’homme bantu (page 14), l’homme civilisé (page 25), l’homme complet, parfait (page 31). Question. Qu’est-ce qu’un homme non civilisé ? Il tente de définir le contenu des valeurs morales prescrites par le muntuïsme par antithèse. L’homme non civilisé, c’est le sorcier, ndoki, l’homme malveillant, envieux ne supportant pas l’ascension des autres. Quand le muntu est conjugué avec le déterminant ki, en donnant kimuntu, nous définissons l’humanité. Mais une humanité singulière à un homme, soit à une ethnie particulière. L’humanité dans son sens universel donnerait Bumuntu, l’homme conjugué avec un déterminant universel Bu. Le dernier chapitre porte sur le kinzonzi, la science à palabres, une extension de la composante politique du muntuïsme. Couple chef (Mfumu ) – Justice (Zenga Mambu). Est désigné chef celui qui instaure la justice dans le pays. Les cérémonies d’intronisation, ou d’investiture ne vous transforment pas chef ; par les services rendus à la nation, le peuple reconnaît en vous un chef digne et intègre. Dans le chapitre du muntuïsme en tant que science à caractère moral, l’auteur reprend en condensé les valeurs du muntuïsme en matière de morale humaine, morale sociale, morale politique et de morale religieuse.

6. Les fondements de son argumentation. Rudy Mbemba fait renaître le muntuïsme des cendres bibliographiques en travaillant sur les auteurs suivants : Martial Sinda, Le messianisme congolais et ses incidences politiques ; Placide Tempels La philosophie bantoue ; Van Wing (J) Etudes Bakongo, sociologie, religion et magie ;Georges Balandier ; Jacques Maritain, l’humanisme intégral. Le muntuïsme est – il un chapitre de l’ethnologie ? Rudy Mbemba ne retrace pas les débats portant sur l’ethnologie ou l’anthropologie sociale et culturelle ou la sociologie de l’Afrique, la philosophie ayant préoccupé les philosophes africains après les indépendances africaines. Toute une littérature philosophique produite par des Africains a été ignorée pour déterrer le supplicié Placide Tempels. Le muntuïsme est -il subordonné à la philosophie tempelsienne ? La critique césairienne  de La philosophie Bantu de Placide Tempels parue dans Discours sur le colonialisme est idéologique. Nous en convenons : “ La pensée bantoue est essentiellement ontologique ; que l’ontologie bantoue est fondée sur les notions véritablement essentielles de force vitale et de hiérarchie de force vitale.” […] “ Que l’on torture au Congo, que le colonisateur belge fasse main basse sur toute richesse, qu’il tue toute liberté, qu’il opprime toute fierté, […] le révérend Père Tempels dit : “ Vous allez au Congo, respectez la philosophie bantoue ! ” Il serait vraiment inouï que l’éducateur blanc s’obstine à tuer dans l’homme noir son esprit humain propre, cette seule réalité qui nous empêche de le considérer comme un être inférieur ! Ce serait un crime de lèse-humanité, de la part du colonisateur, d’émanciper les races primitives de ce qui constitue un noyau de vérité dans leur pensée traditionnelle ” (Césaire, op. cit., p. 36).
Lors de différents colloques organisés par le département de philosophie et religions africaines de L’université de Kinshasa dans les années soixante dix, différentes critiques techniques ont été apportées à l’œuvre de Tempels. Celles-ci ont été rangées dans le domaine de l’ethnophilosophie.
“ Le contenu de ces philosophies, c’est-à-dire la matière sur laquelle elles s’exercent directement, la réalité sociale des sociétés primitives, est considérée sous l’angle de la totalité. […]Or “ seule une pensée procédant par dégagement précis de concepts, par leur enchaînement intime, par leur vérification grâce à la confrontation incessante avec la réalité, est une pensée “ scientifique ” au sens strict ; elle ne permettrait pas de saisir la totalité de l’être social, l’âme bantoue, d’ailleurs en communion essentielle et existentielle avec le reste de l’univers ” (5).

7. Le muntuïsme mbembaïen est-il une science ?. Afin d’accéder au rang de science, le muntuïsme par ses hypothèses sur le plan de la morale humaine, de la morale sociale, de la morale politique et de la morale religieuse doit être vérifié chez d’autres peuples que les Kongo. Pour prétendre à l’objectivité scientifique, le muntuïsme doit impliquer non seulement l’homme kongo singulier, mais l’homme de façon générique. S’interroger sur le problème de l’humanisme chez les Kongo, c’est poser la question de l’émancipation de l’homme universel, c’est-à-dire le kimuntu. Être humaniste, c’est avoir le kimuntu, c’est-à-dire être émancipé et vouloir l’émancipation de l’autre ; si d’aventure l’autre est jugé ordinaire ou kimpumbulu. Or le muntuïsme ne harcèle pas la bourgeoisie. Celle-ci a ruiné l’humanisme : “[...]La bourgeoisie a dépouillé de leur auréole toutes les activités considérées jusqu’alors avec respect et crainte religieuse. Elle a transformé le médecin, l’homme de science, en salariés à sa solde.” (Karl Marx, Manifeste, op. cit.). Le muntuïsme mbembaïen est une narration de l’anthropologie kongo indemne de toute influence occidentale. Cette approche est anhistorique, non dynamique car la société kongo pure n’existe pas. Les Kongo sont devenus en quelque sorte des métis culturels, mindele-ndombe. Ce terme est souvent utilisé dans un sens péjoratif dans le milieu kongo, en l’identifiant aux seuls diplômés africains. Ce serait une erreur d’épargner les masses populaires. L’Afrique du vingt-et-une-nième siècle a assimilé la culture occidentale, bon gré mal gré. L’autarcie est un mythe. Le muntuïsme ne peut pas être une science normative de par son objet, car le muntu, l’homme – animal sociable échappe aux normes de la raison classique. Dans les propositions suivantes : “ Mfumu na mfumu, nganga na nganga ” (Politique pour politique, Savant pour savant), les philosophes insistent sur la séparation des pouvoirs entre le savant et le prince. Les institutions savantes, chez les Kongo, comme le Lemba et le Kimpasi, ne sont pas subordonnées au pouvoir politique ; puisque l’autorité politique (Mfumu Kongo), quoi qu’elle soit adoubée par un chef spirituel, le Nsaku Ne Vunda, doit toujours s’attendre à des critiques (Mfumu ngunga kevwatanga) formulées par des savants, bankua ngangu. Ceux-ci par l’arme de la critique contribuent à l’instruction du chef politique. Les Africains, les Asiatiques, les Orientaux chargent l’Occident et sa technologie. Or l’Occident ne forme pas un bloc monolithique dressé contre le reste du monde. En Occident, des classes ouvrières suffoquent sous les cadences de la rentabilité capitalistique. Le travail aliéné est devenu l’entrave à l’émancipation sociale de l’homme. Il y a des Nantis, il y a des paysans mécontents face aux décisions prises par les Eurocrates de Bruxelles. Dans une ville d’Occident des disparités existent. Les habitants vivant ça et là dans les banlieues aux loyers modérés cohabitent avec des bourgeois occupant des pavillons au centre de la ville. La quête de l’humanisme est universelle. Tout damné de la terre, tout forçat de la faim est en quête d’humanisme. L’humanisme n’est pas exclusif à l’homme africain. Puisque Muntu veut s’interpréter homme tout court sans distinction de race, de religion, de nationalité. Cette inquiétude humaniste peut être éprouvée par toute sorte d’individus. Un paysan émigre de son village et vient s’installer en ville. Cet exode rural provoque une désadaptation sociale dont les symptômes demeurent l’aliénation culturelle. La division ville campagne est un processus intrinsèque à l’accumulation du capital. La nostalgie de la vie africaine provoque un certain malaise chez l’immigré africain installé en Occident. Les valeurs sociales prônées par le muntuïsme telles que la loi de la solidarité, la loi de l’hospitalité, le culte des ancêtres sont des valeurs figées, précoloniales. La pénétration coloniale dans les contrées congolaises par exemple avait introduit le régime synarchique dumézelien s’articulant autour :
- l’instrumentalisation de la religion ; car si l’évangile fut strictement appliquée d’après ses dogmes d’origine, il n’ y aurait pas colonisation, mais communionauté de frères et soeurs en Christ au sens ;
- l’introduction de la production industrielle avec constitution d’une classe d’ouvriers serviteurs à l’encontre de l’artisanat libre. Introduction du mercantilisme, de la monnaie et casse du système de don pour don ou d’autosubsistance. Brisure de la loi de solidarité ;
-Les guerriers ; Introduction des milices étrangères – brisure de la loi de l’hospitalité ; défiance du prochain et soupçon de l’autre. Des rapports mercantiles et martiaux se sont installés entre la femme et l’homme africains pour acquérir le capital. Les valeurs primordiales africaines ont été détruites selon les analyses marxiennes contenues dans le Manifeste. Le muntuïsme, dans son inquiétude humaniste, aurait dû faire le procès de la bourgeoisie. La bourgeoisie s’est mondialisée depuis les Tours de Manhattan jusqu’aux confins des villages africains en passant par les townships sudafricains et les favelas du Brésil. ” La bourgeoisie a arraché aux rapports familiaux leur voile d’émotion et de sentimentalité et les a ramenés à un pur rapport d’argent.” (Karl Marx, Manifeste, op. cit.). Si le muntuïsme demeure l’expression kongo de l’humanisme universel, il faut le redéfinir en intégrant la dimension de la bourgeoisie. Ainsi “ L’émotion est nègre, comme la raison hellène ”, cette proposition senghorienne est une feinte habilement exprimée par un Nègre, en l’occurrence Senghor pétri de raison. C’est un paradoxe analogue à la rhétorique crétoise : Epiménide est Crétois ; Il soutient : “Tous les Crétois sont des menteurs !” Prononce-t-il une vérité ? On ne satisfait pas à la vérité d’un paradoxe. On tourne en rond. Le muntuïsme mbembaïen nous replonge dans la nostalgie présenghorienne, c’est-à-dire la gestation de la négritude.

8. Crtique de la mise en page de l’ouvrage. Selon la déontologie de l’édition des livres, le chemin de fer prévisionnel des premières pages de l’ouvrage serait le suivant :

- Page de couverture (page 1 – page 2 vierge) ;
- deux pages blanches (3 et 4) ;
- page recto du faux-titre (5 ) ;
- Au verso du faux-titre, on trouverait une liste d’ouvrages du même auteur (6);
- page du grand-titre suivie du nom de l’auteur de la préface en la personne de Danielle Cabanis (7);
- Au verso du grand-titre, page de copyright (8) ;
- les remerciements de la page 29 seraient placés à la page 9 ;
- la préface (pages 11 et 12) ;
- L’arbre à palabres et le rêve de la mère Afrique suivie des dédicaces hagiographiques (de 13 à 15) ;
- L’avant-propos (de la page 17 à 24);

9. Bibliographie.

M’Boka Kiese, “ La question de l’émancipation de l’élite africaine ”, Nouvelles congolaises, n°36-37, av-sept 2003, p. 93-115.

Martial Sinda, Le messianisme congolais, Paris, Payot, 1972, p. 241.

Adolphe, Tsiakaka, Méditer et prier avec le cardinal Emile Biayenda, Strasbourg, Editions du Signe, p. 26.

Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste, Paris, Librairie Générale Française, 1973, p. 8.

Mélanges de philosophie africaine, Kinshasa, Faculté de théologie catholique, 1978, p. 13.

Qu’est-ce que le « Muntuïsme ? »

Classé dans : Non classé — 7 mars, 2008 @ 10:53

 

Mbemba

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Muntuïsme, c’est le titre d’un livre tout à fait original édité par la Société des Ecrivains en 2006 à Paris. L’auteur, Rudy MBEMBA, est Docteur en droit et Avocat à la Cour de Toulouse. Dans sa préface, Danielle CABANIS, Professeur à l’Université des Sciences Sociales de Toulouse nous donne une indication précieuse : « Rudy MBEMBA avait entamé avec sa thèse un processus de recherche sur le droit pénal traditionnel Koôngo et ses survivances dans la pratique contemporaine et il poursuit ici sa quête sur les origines des traditions qui ont forgé l’identité de sa nation. »

A MwindaPress, nous avons cherché à en savoir un peu plus…

MwindaPress – Vous avez écrit un livre intitulé « Le Muntuïsme ». Quelle est l’origine de ce mot et comment le définissez-vous ?

Rudy MBEMBA – Le mot Muntuïsme est simplement une sorte de francisation du mot Koôngo Muntu qui signifie l’être intelligible. Cet être qui est porteur de Kimuntu, d’humanité ; et celle-ci n’est rendue possible que par la voie de Bumuntu à savoir le processus de socialisation et d’humanisation de l’être.

- Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire un livre sur ce thème ?

J’ai choisi ce thème à la suite de mes recherches doctorales ayant eu pour objet: Histoire et justice pénale dans la société Koôngo depuis les origines jusqu’au XXIème siècle. Et l’actualité brûlante des trois pays ayant hérité du domaine ethno-territorial de l’ancien Congo (le royaume du Koôngo), caractérisée par des guerres civiles fortement meurtrières, a été sans doute l’élément déterminant pour ce livre. J’ai eu le sentiment qu’au travers des dites guerres, le Muntu tel qu’il devrait être et tel qu’il a été par le passé a été vraiment bafoué, martyrisé, nié dans ce qu’il a de plus précieux à savoir le Kimuntu, la grandeur originelle de l’être.

- Les mots  » science « ,  » philosophie « ,  » religion  » reviennent constamment dans votre livre. Lequel de ces trois concepts vous semble le mieux correspondre au muntuïsme ?

- Il est vrai que les concepts dont vous faites état reviennent le plus souvent dans mon propos sur le Muntuïsme. Comme vous avez pu le constater, j’ai défini le Muntuïsme comme étant une science, savoirs et connaissances à caractère humaniste, « socialiste », moraliste, politique et spiritualiste. Ici le mot science bien évidemment doit être analysé, compris comme une sorte de consécration socio-expérimentale de toutes les valeurs ou principes qui concourent à l’intégrité effective de l’être, le Muntu. C’est en cela que le Muntuïsme recouvre simultanément en son sein, des aspects de dimension philosophique et religieux ou du moins spirituelle.

- Quelles sont les valeurs qui fondent le muntuïsme ?

- Les valeurs qui fondent le Muntuïsme sont par essence, celles qui permettent le développement et l’épanouissement du Muntu dans tous les aspects de son existence. C’est dans ces conditions que, par exemple le respect et la dignité de l’être, le souci de veiller en la préservation de son intégrité effective donc de la vie en général, constituent l’aspiration éternelle du Muntuïsme.

- Comment se traduisait concrètement le muntuïsme chez nos ancêtres ?

Chez nos ancêtres, le Muntuïsme se traduisait par une certaine façon d’être et de faire dans ce qu’il convient d’appeler « l’art de savoir vivre dans l’harmonie et dans la paix ». C’est à ce titre par exemple que, l’éducation des enfants, espoir du clan, donnant lieu à de multiples initiations, était une des hautes prérogatives du Chef de village. A ce propos, le Cardinal Emile Biayenda nous rappelle que celui-ci a la charge d’administrer les biens de la famille. Il doit veiller sur la bonne santé physique et morale de son groupement dont il est le protecteur. Il accueille les orphelins…Il est le premier tenu à la loi de l’hospitalité. C’est le responsable de la paix à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté.

- En quoi le muntuïsme peut-il être le renouveau des Koôngos en particulier et des Africains en général ?

- Comme vous le savez, depuis 1993, le Congo-Brazzaville, tout comme la république démocratique du Congo connaît une période d’instabilité toujours grandissante. Il serait vraiment fort raisonnable de faire régner le Kimuntu dans ces pays parce qu’au-delà des pertes en vies humaines et des dégâts matériels, c’est le Muntu qui est fondamentalement remis en cause. Le retour à la grandeur originelle de l’être, donc du Muntu, et ce par une consécration socio-effective des principes que nos ancêtres ont reconnu comme fondamentaux, à l’instar de la justice, la solidarité, le respect, l’amour du prochain, est me semble-t-il, l’une des pistes capitales du bien- être de demain des Koôngo, des congolais et des Africains en général.

- Si j’ai bien compris, nos sociétés ne peuvent connaître de développement viable si elles ne recourent pas au muntuïsme. Me trompé-je ?

- Je ne prétends absolument pas que nos sociétés ne connaîtront leur salut qu’au travers du Muntuïsme. Par contre, toute politique de développement qui ne consacrera nullement en son sein les valeurs humaines les plus significatives qui soient, sera vouée à l’échec.

- N’y a-t-il pas un danger à vouloir enjoliver le passé africain sachant que celui-ci n’a pas toujours été glorieux ?

- Vouloir promouvoir les valeurs du Muntuïsme ne signifie pas que nous enjolivons le passé ancestral d’autant plus qu’il n’a pas été que gloire et beauté. Si des erreurs ont été commises par nos ancêtres, celles-ci ne doivent pas être les nôtres aujourd’hui d’où la raison même du Muntuïsme qui consiste en une perpétuelle construction et harmonisation de l’être depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

- Qu’est-ce que l’humanisme intégral africain et qu’est-ce qui le distingue de l’humanisme tout court ?

- Si l’humanisme tout court consiste à rendre vraiment plus humain l’être, l’humanisme intégral africain se spécifie en ce qu’il fait du Muntu un être véritablement participatif au sens où le décrit Roger Bastide, comme  » l’homme de la participation, participation des morts et des vivants, du cosmos, du social. Liaison de l’homme avec l’ancêtre, avec l’animal, avec la plante, avec la terre nourricière ».

Vous êtes Docteur en droit, Avocat et vous vous définissez par ailleurs comme étant un « koôngologue ». En quoi consiste la  » koôngologie  » ?

- A l’instar de l’Egyptologie qui a pour objet l’étude de l’Egypte ancienne, la Koôngologie tend à mettre en lumière les connaissances et savoirs des temps anciens de la société ou du Koôngo royal ayant notamment marqué sa longue et grande période de gloire.

En décembre 2002, vous avez publié votre premier livre intitulé  » Le Procès de Kimpa Vita, la Jeanne d’Arc congolaise  » (éd. l’Harmattan ). Quel était l’intérêt d’un tel ouvrage ?

- J’ai été fasciné par l’histoire de Kimpa Vita  » la Jeanne d’Arc congolaise  » une fille d’à peine 22 ans qui, au bout de 2 ans seulement a réussi à recréer l’unité politique du Koôngo royal qui, des décennies durant avant elle connaissait une période sombre de son histoire. C’est pourquoi, je me suis intéressé à son histoire judiciaire qui, de mon point de vue, doit interpeller tout Muntu digne de ce nom. Aussi, je dirai que cette jeune femme est un bel exemple de l’image de la femme africaine.

- Un autre livre de vous est en route actuellement, il est consacré au Cardinal Emile Biayenda. Qu’est-ce qui est au cœur de votre regard sur cette haute personnalité de l’Eglise catholique congolaise ?

- Effectivement je viens de publier avec le soutien de l’Abbé Alexis Samba Massengo un ouvrage auprès des Editions la Société des Ecrivains portant sur le Cardinal Emile Biayenda et sa vision du Développement Intégral du Congo-Brazzaville. En effet l’année 2007 a été décrétée par son Excellence Monseigneur Anatole Milandou comme  » l’année sainte  » pour le souvenir du martyr, le Cardinal Emile Biayenda.

A l’occasion du trentième anniversaire de son assassinat, il m’a semblé fort important de revenir sur son verbe intelligible qu’il a très clairement exprimé au travers de ses études doctorales soutenues à l’Institut catholique de Lyon en 1968. Cet ouvrage a été préfacé par l’Archevêque métropolitain de Brazzaville, Monseigneur Anatole Milandou. Si vous me le permettez, je vais simplement reprendre les mots de la préface de son Excellence Monseigneur Milandou en disant  » Le Cardinal Emile Biayenda dont il est question dans cet ouvrage, est ce pasteur qui fait la fierté de l’église congolaise pour ses nombreuses qualités d’homme et de prêtre, d’intellectuel et de citoyen congolais bien enraciné dans son pays et dans sa culture ».

C’est à ce titre qu’il est, à mes yeux un véritable NGUNZA, donc un Muntu fondamentalement épris par un idéal de justice sociale et de paix, cherchant toujours, et c’est ce qu’il a toujours fait, à faire prévaloir sur terre des principes du respect et de la dignité de la condition humaine telle que Dieu les a originellement conçus. A mon humble avis, il encore pour moi l’exemple type d’une matérialisation humaine de la sagesse et de la bonté.

Propos recueillis par MARC TALANSI.
06/03/2008

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