Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Quarantième anniversaire du décès de l’abbé Fulbert Youlou

Classé dans : Non classé — 5 mai, 2012 @ 6:10

 

A l’occasion du quarantième anniversaire du décès de l’abbé Fulbert Youlou : des mots et de la saveur de quelques idées politiques du premier président du Congo Brazzaville (1959-1963) mort exil à Madrid le 5 mai 1972

Sous l’ancien régime allant de décembre 1958 au mois d’août 1963, les convictions des hommes politiques congolais ne souffraient d’aucune ambiguïté. L’Homme était politique, l’exprimait, s’engageait parce que ses convictions fortement enracinées en lui étaient le moteur même de son action.

youlou0Ainsi, l’abbé Fulbert Youlou tout comme Jacques Opangault ou Félix Tchicaya, croyait en une action politique fondée sur des idéaux, des vraies valeurs qui sont à même de définir l’identité d’une nation. Et à ce titre, à mieux comprendre le sens des choix socio-politiques de ses gouvernants.

A ce propos, l’abbé Fulbert Youlou n’a jamais cru au communisme ou au socialisme africain qu’il va d’ailleurs qualifier de mirage.

Même s’il est de confession chrétienne plus précisément d’obédience catholique, l’abbé Fulbert Youlou est, peut-on dire, un véritable traditionaliste africain digne de ce nom.

En fait sur le plan spirituel, la démarche de l’abbé Fulbert Youlou est pratiquement identique à celle de ses prédécesseurs qui sont aussi ses anciens à savoir : Simon Kimbangu et André Grenard Matswa. En effet tout en restant en parfaite harmonie avec les croyances de leurs ancêtres, le prophète Simon Kimbangu et le vénéré Ngunza André Grenard Matswa ont aussi cru en la parole de l’évangile qui, selon eux est aussi source de libération et donc de respect des peuples.

C’est dans cette vision des choses que s’inscrit aussi l’action de l’abbé Fulbert Youlou qui croit avec force sur le plan politique que :

 » Le continent noir est profondément spiritualiste, traditionnaliste, attaché à ses coutumes, à sa terre, à ses chefs naturels. Il est démocrate et communautaire et il n’a pas attendu Marx pour mettre en commun ses ressources, mais il sait que rien de grand n’a été réalisé dans le monde en dehors de l’instinct naturel qu’ont les hommes de posséder, d’améliorer leur sort et d’enrichir.  » ( A.F.Y in  » J’accuse la Chine  » Edition La Table Ronde  » P.15 et s.).

Ainsi, l’abbé Fulbert Youlou est fort convaincu que le « christianisme kimbanguien ou matswaniste » apporte mieux une solution sociale aux problèmes posés aux peuples africains que ne le ferait le communisme ou le socialisme que certains fils d’Afrique vont qualifier béatement de scientifique.

youlou00L’échec total du socialisme scientifique dans les pays qui l’ont adopté vient, écrit l’abbé Fulbert Youlou, de la toute-puissance des intellectuels politisés qui ont substitués un dictatoriat de l’élite privilégiée à la démocratique autorité tribale, toujours basée sur le consentement populaire contre lequel aucun chef ne s’insurge. Le chef que le peuple se choisit librement et régulièrement est, ajoute le président-abbé, désigné parce que jugé assez fort pour juguler la nature africaine mais s’il lui arrive d’outrepasser ses pouvoirs, il est éliminé impitoyablement. Ne dirige pas qui veut en Afrique, conclut-il, mais qui le mérite.

A dire vrai, l’abbé Fulbert Youlou n’a jamais cru en l’application sur les terres africaines de la théorie de la lutte des classes qui est un crédo fort intéressant des « missionnaires du socialisme scientifique ».
A ce sujet l’abbé président déclare :

«  Les classes naturelles sont, pour la plupart, encore nécessaires à l’évolution de l’Afrique, comme l’aristocratie, la noblesse et la bourgeoisie l’ont été aux progrès de la civilisation. »

Pour étayer ses assertions, l’abbé Fulbert Youlou fait application d’un adage bantou d’après lequel :

 » Ce sont les racines profondes qui font les géants de nos forêts et l’arbre qui n’a pas de solides racines ne monte jamais bien haut  » ( A.F.Y in  » J’accuse la Chine  » P.44)

C’est à ce titre que l’abbé Fulbert Youlou formule un avertissement prophétique à l’endroit de ses frères Africains et Congolais intellectuels qui se laissent aller par des courants de pensée communiste ou marxisante.

Aussi, n’hésite-t-il point à leur rappeler et même à l’endroit des européens qui sont leurs complices que :

 » Chez nous, quand un piroguier tombe dans le Congo, instinctivement il lutte contre le courant, car il sent que s’il se laisse aller là où le flot le charrie, il est perdu. Le  » sens de l’Histoire », c’est un peu l’affaire du piroguier et il me paraît aberrant que des hommes intelligents, cultivés se placent au milieu des rapides qui les emportent vers l’univers totalitaire et athée. » ( A.F.Y in  » J’accuse la Chine  » P.45.)

Aux termes de cette analyse fort pertinente, l’abbé-président en arrive à une conclusion d’après laquelle  » Voilà qui nous mène loin du Congo et de ses drames. Eh bien ! Non, car j’ai la conviction que les ennemis de la civilisation préparent, de mon Congo occupé par les barbares, non seulement l’investissement de l’Afrique, mais celui des esprits, des cœurs et des âmes.  »

A cela le prophète-abbé ajoute avec solennité :

 » Il faut que mon exil, mes épreuves, celles de mon peuple éclairent les Français, les Européens, les Américains et tous les hommes libres. Il fallait peut être cette extrémité pour que je confie à la feuille blanche mes angoisses et mes certitudes, mes larmes et mes colères. » (  » J’accuse la Chine  » P.46.).

youlouabbe2Ainsi partisan d’un christianisme africain respectueux des valeurs des peuples, l’abbé Fulbert Youlou croyait très fort que :

 » L’Afrique réaliste est celle qui a le courage de reconnaître et de considérer l’acquit de la colonisation comme partie organique de l’Afrique indépendante et non d’avoir retardé son évolution. Ce qui ne veut pas dire que cette Afrique entend copier ou imiter les Occidentaux, mais affirmer, en collaboration avec l’Occident…sa vocation, sa culture, ses coutumes, sa fécondité d’invention; l’Afrique qui sait que sa jungle et sa savane monstrueuses peuvent, si les Africains se laissent aller à l’indolence de l’indépendance, recouvrir et annihiler ce qui a été réalisé « . (  » J’accuse la Chine  » P.43.)

Ceci dit, l’abbé Fulbert Youlou va s’ériger en missionnaire démocrate-chrétien mais toutefois traditionnaliste africain en croyant avec force, à l’instar de Matswa ou du prophète Kimbangu en :

«  L’Afrique consciente du potentiel de ses richesses du sol et du sous-sol qui doivent lui permettre d’assurer sa subsistance, d’améliorer les conditions de vie de chaque Africain, non comme le prétendent les  » missionnaires  » du socialisme par des révolutions intérieures, mais par la loi naturelle de l’effort, de la compétition dans la liberté d’entreprendre. » (  » J’accuse la Chine  » P.43.)

Avec les pensées prophétiques du visionnaire abbé Fulbert Youlou, il est plus que jamais nécessaire et en même temps urgent, de rappeler que le développement et l’autonomie de l’Afrique de demain passeront par une conscience-lumière de ses dirigeants qui sauront puiser ce qu’il y a de mieux et surtout de meilleur dans cette dynamique de la culture africaine.

En somme, avec le visionnaire, le Ngunza, l’abbé Fulbert Youlou  » Le vouloir vivre libre et indépendant  » n’est pas que l’art de la contestation. Outre le fait de préserver son identité et sa dignité, c’est aussi l’art de prévoir et d’anticiper sur la manière de faire et d’être face aux divers obstacles auxquels on peut être confronté et qui, par conséquent sont susceptibles d’entraver la liberté d’entreprendre et d’autonomie existentielle.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU ( alias Tata N’DWENGA)
Avocat à la Cour

Le cardinal Biayenda et le rite d’intronisation du M’pfumu Mpu

Classé dans : Non classé — 17 mars, 2012 @ 8:05

 

Le cardinal Biayenda et le rite d’intronisation du M’pfumu Mpu ou du chef à couvre-tête chez les Bantous : le cas de Koôngo

L’élection ou l’intronisation d’un chef à couvre tête ou d’un chef couronné fut l’un des rares évènements les plus importants de la vie quotidienne dans le Congo ancien.

Le M’PFUMU MPU ou le chef qui est étendu sur la peau du léopard ou sur la peau de l’antilope Kimpiti est, peut-on dire, le dernier grand héritier politique des institutions représentatives telles qu’elles ont pu exister dans le pays du roi NTINU WENE à savoir : le KOÔNGO-DYA-NTOTELA.

biayenda4Après le déclin de l’ancien Congo, les (BA)-KOÔNGO ont vu progressivement une importance de quatre espèces de chefs que sont : le chef de la lignée, du clan, du village et le chef couronné.

Longtemps durant, un clan jouissant d’une grande renommée avait un chef couronné ou M’PFUMU MPU. Et à côté de celui-ci pouvait aussi être instituée une cheffesse dont les attributions étaient essentiellement religieuses et qu’on appelle la NDONA NKENTO, la dame-chef.

Le M’PFUMU MPU et la NDONA NKENTO étaient toujours désignés ou investis dans les mêmes circonstances. Celles-ci étant, entre autres, justifiées  par le besoin de la communauté d’être ordonnée et donc d’être dirigée par une autorité certes humaine mais toutefois bénéficiant de l’agrément de Dieu NZAMBI MPUNGU et  de celui des mânes des ancêtres.

Ceci dit, le choix d’un futur M’PFUMU MPU ou d’une NDONA NKENTO était fait sur des enfants ayant un âge compris entre 12 et 14 ans. La charge dudit choix incombait  aux anciens que sont les chefs de lignées, de clans, de villages et le chef couronné lui-même en exercice.

Ici, le futur chef est, quelque peu, candidat à la candidature pour prétendre à l’investiture proprement dite du M’PFUMU MPU.

C’est ainsi que le choix de la désignation du futur chef  s’accompagnait toujours d’une grande préparation éducative qui, autrefois était assurée par le chef couronné lui même et son conseil.

Ce faisant, par principe, le chef couronné et son conseil étaient chargés de l’éducation du jeune garçon-candidat tout comme la Ndona Nkento se devait s’occuper de celle de la fille.

A ce propos, le père VAN WING rapporte que :

 » Ce qu’ils cherchent à obtenir avant tout de leurs élèves, c’est l’égalité d’humeur et la douceur, – un coeur apaisé, comme ils disent. Ils doivent éviter tout éclat de colère ou de passion. La brusquerie des gestes, même tout empressement dans la démarche. On leur apprend à parler posément. Outre les fonctions et les rites de leur futur charge, on enseigne aux candidats toutes les traditions du clan. Le garçon apprend aussi la langue et les proverbes des palabres. Pendant un ou deux mois, qui précèdent l’investiture, le garon ainsi que la fille, et un ou deux jeunes gens ajoutés en guise de témoins-surveillants, se retirent dans la forêt et y demeurent cachés dans une hutte bâtie pour eux. Pendant le jour ils y restent couchés sur une peau d’antilope kimpiti. » ( Etudes BAKONGO Sociologie-Religion et Magie par J. Van Wing, S.J. Deuxième édition 1959 P.109.)

biayenda3Le père VAN WING qui est un missionnaire belge ayant longtemps vécu avec les KOÔNGO du Congo-Kinshasa notamment avec ceux de la localité de Kisantu ou les (BA)-Mpangu depuis les années 1920 (autrement appelés les (BISI)-MPANZU chez ceux du Congo-Brazzaville) fait un descriptif des futurs candidats tels qu’il les a connus lui-même personnellement.

A ce propos, il écrit :

 » Les deux candidats, que j’ai rencontrés et qui pouvaient avoir quatorze ans, étaient d’une réserve et d’une gravité…Paroles, gestes, attitudes exprimaient une certaine dignité et en même temps une modestie remarquable. Ils étaient aussi plus propres et mieux habillés que les autres garçons. Ils n’avaient pas la mobilité des yeux, qui distingue les Bakongo de leur âge. Ils tenaient les regards baissés ou les fixaient longuement et posément sur leur interlocuteur. Ils semblaient rêveurs et mélancoliques. Les deux vieilles ba ndona, que j’ai vues, se distinguaient entièrement de leurs congénères par leur air grave et leur démarche imposante. » (Le père VAN WING Ibidem)

A dire vrai, la désignation ou l’investiture d’un M’PFUMU MPU ou d’un chef à couvre-tête comporte, d’après le vénéré cardinal Emile BIAYENDA, trois étapes essentielles et qui sont de portée initiatique :

1. LE DIATA MPU (ou piétiner, marcher sur la couronne)

A ce stade du processus initiatique, le candidat, considéré comme un «  malade  » est, écrit le vénéré cardinal, invité à s’asseoir sur une natte devant la porte de sa case. Ensuite, il sera entouré par les  » Bala-ba-M’bouta  » et les  » Ba-tekelo » ; ceux-ci, à tour de rôle, viennent lui passer la plante de leur pied droit barbouillé des cendres, sur tout le corps, depuis la face jusqu’aux jambes, en frôlant le thorax, les bras et les cuisses. Ce piétinement systématique est accompagné des paroles… » (Emile BIAYENDA Cardinal in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville Thèse Lyon 1968)

La philosophie de cette épreuve initiatique consiste en une prise de conscience qu’il convient de susciter chez le futur M’PFUMU MPU sur la gravité des fonctions qu’il aura à assumer en tant que chef proprement dit d’autant plus que  » Muntunga gâta wa lungu « , c’est-à-dire qu’un chef, chez les KOÔNGO, doit se résigner à vivre dans les tracas ou  » Mfumu kia kanda, ndandu mayuma « , un chef de famille n’aura d’autres récompenses que les récriminations.

2. LE KOTA MPU (Ou rentrer dans, être invité à)

C’est à l’occasion de cette retraite que l’homme, appelé à devenir M’PFUMU’A KANDA est, écrit le vénéré cardinal Emile BIAYENDA, méticuleusement initié aux devoirs et aux pouvoirs inhérents au métier de Seigneur du clan. Compte tenu de cela, le candidat est enfermé durant presque une dizaine de jours dans une case spécialement conçue pour l’événément.

3. LE BIALA MPU (Ou être définitivement investi)

C’est la troisième et dernière étape de l’intronisation, une phase durant laquelle le candidat est investi de tous les pouvoirs de M’PFUMU’A'KANDA.

Il devient ainsi, comme l’écrit le vénéré cardinal Emile BIAYENDA,  » l’ordonné ou le prêtre de l’ordre de MPU sous les auspices des Mânes du clan « . Divers insignes attachés à la fonction lui sont remis comme le N’soungoua-a-N’kampa, brassard fait d’un morceau de tapis rouge qui symbolise la charge de l’investi.

biayendaLe sens caché de ce symbole est, d’après le vénéré cardinal Emile BIAYENDA :

 » Sagesse et Force pour le clan. Un coeur léger ne peut être sage, juste et fort. Ces qualités sont absolument requises pour conserver la dignité au clan « .

C’est dans cet état d’esprit de haute conscience politique, spirituelle et sociale que les KOÔNGO croient dur comme du fer que :

 » le respect et le rayonnement de la couronne, dépendent intimement de la personnalité et de la sagesse de l’être qui en est investi « .

C’est ce qu’ils expriment en langue KOÔNGO par le dicton d’après lequel :

 » NTU BUZITU, MPU BUZITU « .

A la lecture de tous ces principes qui régissent l’exercice d’une autorité dans l’Afrique de nos ancêtres, l’histoire et le bon sens exigeraient que nos représentants politiques d’aujourd’hui, à quelque niveau où ils se trouvent, puissent remplir certaines caractéristiques  » d’ordre public  » comme la tempérance, la bonté, la sagesse, le respect, le sens de l’équité et de la justice dans la gestion des affaires étatiques ou nationales.

Il s’agit là d’une perspective de réflexion qui, au final permettrait d’éviter des choix parfois trop hasardeux des hommes et des femmes investis dans leurs structures partisanes pour assumer les plus hautes fonctions de l’Etat sachant pertinemment qu’ils n’en ont  aucune compétence ni le profil requis.

Ici, la politique serait perçue comme une formation anticipativement ciblée des hommes et des femmes à l’effet de mieux les préparer dans la prise des responsabilités électives ou gouvernementales.

D’ailleurs c’est à ce titre que l’Abbé Fulbert YOULOU proclamait en son temps haut et fort que :

 » Ce sont les racines profondes qui font les géants de nos forêts et l’arbre qui n’a pas de solides racines ne monte jamais bien haut  » ( A.F.Y in  » J’accuse la Chine «   édition la table ronde 1966 P.44), en ajoutant, entre autres,  » Ne dirige pas qui veut en Afrique mais qui le mérite « .

En somme, toute vie politique, chez les Bantous, ne donnant initialement lieu à aucune formation appropriée, est la porte ouverte à la médiocratie, c’est-à-dire à l’avènement au pouvoir des hommes et des femmes dépourvus de toute conscience humaine, sociale et spirituelle. C’est, peut-on dire, l’expression même d’un rendez-vous manqué d’un mieux-être des citoyens ou d’un véritable destin NATIONAL.

Rudy MBEMBA-Dya-bô-BENAZO-MBANZULU (Alias TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour

La philosophie sociale des nombres dans la vision «Muuntienne» de Maitre Rudy Mbemba

Classé dans : Non classé — 18 février, 2012 @ 7:34

 

L’illustre KOONGOLOGUE, Rudy MBEMBA, vient de publier un ouvrage original enluminé de valeurs traditionnelles, culturelles, morales, religieuses et spirituelles. Intitulé « le MUUNTU et sa philosophie sociale des nombres », édité chez l’Harmattan. Ce livre incandescent et majestueux montre la nature véritable du MUUNTU et sa fusion parfaite avec l’âme divine.

muuntu1Un cheminement spirituel que l’auteur fécond nous esquisse par le canal des nombres qui symbolisent l’essence et la quintessence de la vision sociale chez les BANTOUS singulière avec les KOONGO. C’est la sublimation totale de l’homme devenu MUUNTU « déifié » que Rudy MBEMBA expose dans sa philosophie atypique et plurale focalisée sur la notion du nombre.

A la lumière de cette découverte conceptuelle, symbolique, ritologique dans l’exploration de la vallée royale de MBANZA KONGO, l’auteur en voyageant dans le temps, en lisant dans les annales anciennes, livre aux profanes les arcanes suprêmes des ancêtres et montre aux adeptes le chemin de la mort initiatique qui amène au village céleste des aïeux. Une démarche nouvelle dans la littérature congolaise qui montre les recherches poussées de l’auteur KOONGOLISé, sa singulière vision de la quête du graal et celle du devenir de l’être MUUNTU dans son développement intégral. De plus, cette approche bouleversante dévoile les énigmes, enseigne les vérités, diffuse les connaissances et savoirs des ancêtres KOONGO dans leur conception de la société, de la vie, de la mort. Une relecture historique aux inflexions coutumières des aïeux dans leur sublime art de compter, « TANGA », que l’avocat, écrivain et poète congolais nous donne à cœur ouvert dans cet ouvrage à orientation socio-anthropologique des KOONGO.

En somme, le MUUNTU est cet être porteur d’humanité et de nombreuses valeurs socio philosophiques que renferment les nombres. Partant de ce postulat de base du paradigme BANTOUIEN, Rudy MBEMBA montre à travers les nombres que leur sens s’intègre dans la réalité socio anthropologique des KOONGO (page 142).

Une étude originale

A la lecture des premières lignes l’ouvrage porté sur la philosophie des nombres amorce d’emblée une analyse à rebours dans sa vocation originelle. Un crédo historique sous le fond d’une musique du nombre qui englobe tout et explique l’odyssée intérieure de l’âme dans son retour vers le monde Un. A cet égard l’auteur écrit : « dans la quasi-totalité des travaux ayant porté sur les KOONGO, le domaine des nombres occupe une place inexistante ». (page.23).

muuntuUne grande première dans l’étude de la tradition KOONGO et dans sa portée initiatique millénaire éclairante. A travers ce sublime ouvrage une porte est ouverte dans le temple sacré des ancêtres et leurs NGUNZA d’Alors. Une mémoire des temps anciens est explorée dans ses recoins enfouis et énigmatiques par Maitre Rudy MBEMBA. A cet égard, le préfacier monseigneur Anatole MILANDOU souligne, fort justement, en guise de conclusion: « ce travail, original, porté sur la science des nombres ou tout simplement les nombres et les éventuelles significations qu’ils peuvent comporter, revêt le caractère d’une initiation à un problème encore peu étudié. Il ouvre une voie dans l’étude de la langue KOONGO ». (page.9). Et lorsqu’il poursuit allégrement: « le présent ouvrage, le MUUNTU et sa philosophie sociale des nombres, de Rudy MBEMBA, vient combler un vide dans les études KOONGO. Dans une herméneutique, l’auteur à travers les nombres, nous montre que leur sens s’intègre dans la réalité socio-anthropologique des KOONGO ». (page. 7).

A contrario de la notion simplement mathématique, l’analyse des nombres chez Rudy MBEMBA s’inscrit dans la logique de l’école KOONGOLAISE d’inspiration BANTOUIENNE. Une vision idéelle autour des mots, état, situation et aspiration. C’est suivant cette conception triptyque que l’auteur souligne à fortiori et que l’éminent monseigneur MILANDOU vénère amplement: « le nombre apparait à la fois comme une norme humaine et sociale qui est de surcroit en perpétuel devenir » (idem).

De plus, l’auteur emprunte le mot TANGA « compter » dérivé de NTANGU «soleil» et plus spécifiquement MVWALA pour désigner en KOONGO le nombre. Mais son intelligence réside dans la définition du mot MVWALA qui symbolise intégralement sa démarche novatrice pour démontrer son étude prodigieuse. Ce mot est un tout qui englobe tout dans l’analyse, l’explication lumineuse de la philosophie des nombres dans le devenir du MUUNTU incarné, socialisé, harmonisée avec l’éternel dans toute sa splendeur et totale magnificence. Il explicite l’âme libérée de ses oripeaux profanes et qui rentre dans le monde d’en haut. De la connaissance, des savoirs et de la sagesse éclairée. Un autre MUUNTU est né en pensée, en parole et en action. C’est cette renaissance spirituelle qui est au cœur de MVWALA dans son essence initiatique et dans le rejet du moi impérieux. Cet esclave qui retient le MUUNTU dans les régions nébuleuses. C’est en se détachant de ses chaines séculaires du samsara qu’il enterre l’illusion cosmique pour devenir lui-même dans la connaissance de sa véritable identité: MUUNTU NZAMBI ou l’Homme devenu dieu. C’est ce processus de progression spirituelle par la voie de socialisation, de l’humanisation voire d’intériorisation des principes qui sont les leviers de la libération totale de son âme inférieure vers celle dite supérieure.

Le but principal de l’œuvre

En substance l’auteur dit: «en fait, les principes et usages de la tradition KOONGO n’ont jamais été examinés sous la forme de nombres pour en connaitre l’essence même ou au mieux pour comprendre leur importance dans la vie et le développement du MUUNTU ». (page.23). De plus, il ajoute: «…l’objet même de cette étude qui, au-delà de la présentation des nombres dans la philosophie KOONGO, aura pour objet de les analyser et d’en extraire la quintessence » (page. 23). Ce faisant, l’objectif premier de Rudy MBEMBA est de montrer l’âme qui regorge les nombres dans leur essence sociale, spirituelle et religieuse. En étudiant l’âme même des nombres dans la vision de la langue KOONGOLAISE, l’auteur met en exergue l’idée communément admise dans cette tradition millénaire à savoir : dans chaque nombre repose une âme. Le nombre comme esprit agissant façonne la vie, le développement de l’être dans son processus physiologique et cosmique, dans son ascension vers les hautes sphères de beauté, d’amour et de joie. Où son âme rejoint les entités célestes et communie avec ces divinités pour l’avènement du monde des cieux sur terre. Ce sont les étapes graduées que le symbolisme des nombres expose pour voir l’évolution de l’âme quittant sa nature première vers celle de la lumière. La philosophie sociale des nombres est une initiation à la langue KOONGO, un enseignement millénaire des préceptes moraux pour faire du MUUNTU renaissant un MFUMU MPU pétri de Sagesse, de morale, de justice, de loyauté. Un véritable chef CHIKIRILATIF dans la lignée des anciens. « Celui qui voit le diable et ne dit rien » pour restaurer la paix sociale et la tranquillité des esprits. Avec cette vision supérieure, le MUUNTU KOONGO, c’est-à-dire l’Homme des Lumières (page. 36) est vêtu de l’armure céleste et enrobé de l’aura chatoyante. Le sens des nombres intègre toute sa vie, guide ses pas, ses choix, ses rêves, ses ambitions, ses passions, ses amours et l’oriente dans sa quête de la pierre philosophale en symphonie avec les esprits supérieurs.

Une doctrine supérieure

Au cœur de la philosophie sociale des nombres, c’est le refus manifeste de la vie diabolique gouvernée par les MATEBO ou les MIKUYU (page 54) au profit de celle des bienfaiteurs de l’humanité. Ces esprits gardiens de l’univers appelés les BISIMBI (page.53). Ou les BIBA (page.125). Car cette doctrine évoque une incantation divine dans la citation des nombres et dans le dévoilement des chiffres incarnant l’élévation de l’esprit. La sagesse des nombres soigne l’âme du MUUNTU en lui montrant le rêve intérieur à suivre pour devenir le MUUNTU accompli. C’est la croyance amplifiée aux forces de l’esprit inscrite au fronton des chefferies des anciens. Que cette philosophie transcendantale fait du MUUNTU achevé un esprit puissant, imprégné des valeurs sociales, humaines et fraternelles. Et celles de l’équité et de l’égalité profonde entre les peuples.

kongo10Selon lui, « En langue KOONGO comme dans toutes les langues du monde, les nombres portent tous une appellation allant de 1à 10. Ainsi les nombres recouvrent les appellations suivantes : M’MOSHI, M’MUSHI ou NTETE, le chiffre un (1), ZOLE : le chiffre deux (2); TATU : le chiffre trois (3), YA: le chiffre quatre (4); TANU: le chiffre (5); SAMBWADI: le chiffre sept (7 ; NANA: le chiffre huit (8); VWUA: le chiffre neuf (9); KUMI :le chiffre dix (10) ». (p.24). En somme, les nombres chez les BANTOUS, en particulier chez les KOONGO, traduisent certaines idées qui sont d’une importance capitale; il s’agit de neuf principes fondamentaux qui sont: 1.Le verbe ou Dieu; 2.La vie, l’humanité; 3.La Sagesse; 4.La force, la puissance; 5.Le discernement, l’Esprit de jugement; 6.L’Espérance, la Méditation; 7.La Bienfaisance ; 8.La Persévérance, la Conviction voire la Foi; 9.La Possession, l’Harmonie ou la Paix. (p.129). Il en découle de ses travaux que le nombre 1 à 9 décrit explicitement le chemin de la purification, de la régénérescence, de l’élévation spirituelle. C’est l’évolution et développement du MUUNTU que l’auteur appelle YALAMA (page.63). Le MUUNTU devenu Un avec l’infini est dans la possession et la paix totale. Une âme achevée qui atteint le sommet de la pyramide et des hiérarchies supérieures. Au stade suprême du nombre KUMI le MUUNTU devient le NKULU. « Quand l’être acquiert ou accède à cette dimension correspondant d’un point de vue quantitatif au nombre KUMI, il devient incontestablement un référent, un maitre, un modèle divin ou un dieu, c’est-à-dire un NZAMBI pour les vivants ». (page 127).

Avec cette œuvre étonnante le KOONGOLOGUE, Rudy MBEMBA montre clairement que la philosophie des nombres était déjà présente dans l’ère glorieuse de la vallée royale de MBANZA KONGO. Où les NGUNZA d’Autrefois contemplaient les nombres et les chiffres pour connaitre le présent et l’avenir du MUUNTU. L’être intelligible. Ces célèbres prophètes, ces spirites illustres transitaient entre ce monde d’en bas et l’outre-tombe par la lecture des connaissances minutieuses des nombres. Une vie couvée à cette écriture sacrée, vouée à la peinture des nombres hiéroglyphiques qui traçaient le parcours initiatique de l’esprit et le voyage radieux de l’âme vers l’infinie beauté des numéros célestes. Ce royaume de la numérologie céleste, de la théologie des chiffres qui montre l’immensité du cosmos qui ne s’achève. Une philosophie de l’idéal du MUUNTU cosmique a largement guidé ces initiés forestiers pour comprendre et appréhender cette vie et celle de l’au-delà ou village céleste des anciens (page.55). C’est l’étude du chemin suprême du MUUNTU réincarné et de sa destinée finale. L’Amour illimité. Une aspiration à l’éveille de la conscience humaine. « Le but de l’initiation était simplement d’éclairer, les néophytes, sur le devenir de leur existence à travers les savoirs, les connaissances du NZA, c’est-à-dire de l’univers ». (page.77).

Des écoles de mystères comme le KIMPASI, le LEEMBA, le KIMBA, le NDEMBO (idem) ou des écoles initiatiques dans les chefferies et les MBONGUI anciens ont servi des canaux d’enseignement, de transmission à travers le verbe sacré aux profanes de pénétrer les mystères cachés autour de la science des nombres et sa sublime vision de la transmigration des âmes. Cette théorie de la métempsycose était une pratique célèbre des peuples Bantous et celle encrée dans la connaissance de soi trouve aussi son influence manifeste dans la vie quotidienne, philosophique sociale des nombres chère aux NGUNZA anciens.

A la croisée des chemins l’étude du «MUUNTU et sa philosophie sociale des nombres» décrit par le brillant écrivain vante qu’une syntonie est bien réelle entre les courants occidentaux issus de l’école de l’humanisme intégral et celle de la vision du MUUNTUÏSME africain. Un croisement et une union sont mis en avant par la genèse naguère en Afrique de cette philosophie qui a généré les adeptes et les disciples aujourd’hui envahissant toutes les écoles de mystères du Nord. A vocation spiritualiste et initiatique qui peuplent tous les mouvements humanistes aujourd’hui en vogue. Ces ramifications se trouvent dans ces terreaux de réflexions sociales, humaines, religieuses et spirituelles. Ce faisant, on peut affirmer à l’image de cette magistrale et exhaustive analyse que l’Afrique demeure la mère première qui a fécondé toutes les doctrines, les philosophies. Qui ont construit l’ère du mouvement syncrétique entre la tradition animiste africaine d’avec le christianisme professé par les Colons blancs d’hier et tel qu’il est véhiculé largement par la vulgate Vaticane.

En définitive

Loin d’être une apologie sectaire de la culture Kongo l’avocat Rudy MBEMBA, en mettant en lumière un texte puissant sur la philosophique sociale des nombres au cœur de la vision du MUUNTU, a extirpé dans les méandres de la tradition BANTOUE des arcanes cachés dans sa vallée séculaire, mystérieuse. Une connaissance ancestrale voilée de nombres vient d’être exhumée par l’auteur dans ce monde d’hier inexploré. Une voie spirituelle est ouverte dans cette fouille lointaine par l’exploration et la découverte du mémoire des temps anciens. Qui parle de la vie dans ces époques là où les NGUNZA illuminés rentraient dans leurs cavernes intérieures pour interpréter et comprendre le monde par la voix du Dieu soleil « TANGU », par la voie de MVWALA. C’est la vocation transcendantale de l’âme divinisée que l’avocat KOONGOLOGUE nous a donné en héritage, en partage pour être présent au présent et devenir soi-même. Ce MUUNTU caché en nous. C’est ce vieil ancêtre africain endormi en nous qu’il faut réveiller pour atteindre l’unique dieu soleil ou NZAMBI MPUNGU (page 53). C’est une merveilleuse leçon de vie sociale, humaine, religieuse et spirituelle que TATA N’DWENGA nous a présentée par le prisme scintillant des nombres pour devenir celui qui est et en union symbolique avec l’âme universelle. Ce MUUNTU cosmique imbu d’amour inconditionnel. Car, arrivé au stade suprême de KUMI, le MUUNTU éveillé perd tout et obtient tout. Les forces d’en haut adoucissent son karma « TSIEKELE ZA MPASSI » et dirige son destin de servir l’humanité. En devenant par excellence le (BA)-KULUNTU (page.55) dérivé du mot KULA (page.69) ou le messager de TATA NZAMBI. Le dieu éternel. Tel est en abrégé le message véhiculé par le KOONGOLOGUE Rudy MBEMBA dans son livre savoureux et agréable à lire. Et à garder précieux dans notre riche bibliothèque.

Yves Makodia-Mantseka
blog: http://ynkodia.unblog.fr/

Le Muuntu et sa philosophie sociale des nombres

Classé dans : Non classé — 3 janvier, 2012 @ 11:29

 

Un livre de Rudy Mbemba-Dya-bô-BenazoMbanzulu

… « Le nombre est chez les Koongo, bien plus qu’une numérisation des choses. Il traduit le développement et le devenir de l’être certes dans son processus physiologique, cosmique mais également de socialisation et d’humanisation (…). L’objectif de Rudy Mbemba, au-delà de la présentation des nombres dans la société Koongo est de tenter de dégager la profondeur, mieux l’âme que les nombres portent à la fois dans leur essence sociale, spirituelle et religieuse… » (Mgr Anatole MILANDOU, préface).

« Avocat et Docteur en droit, le koongologue Rudy MBemba-Dya-bô-Benazo-Mbanzulu poursuit ici sa quête sur les origines des traditions qui ont forgé l’identité des sociétés bantoues, en l’occurrence celle des Koongo ».

rudyPourquoi vous êtes-vous intéressé à la science des nombres dans la culture koongo ? Le nombre y aurait-il une signification particulière ?

Je me suis intéressé à la science des nombres dans la culture Koongo à la suite, ce me semble, d’une prise de conscience du nombre VWA ou neuf. Celui-ci est pratiquement présent dans tous les contes afférents à la genèse de la société Koongo. Je me suis toujours posé la question suivante : pourquoi ce nombre revient-il aussi souvent dans ces contes ? Pourquoi celui-ci et pas un autre ? Tel a été le déclic en cette matière. Par exemple pourquoi MA-ZINGA la mère originelle ou légendaire des Koongo est-elle présentée comme une mère aux neuf seins ? Ou pourquoi les pères fondateurs de Koongo-dya-Ntotela lors de leur départ pour  » ce pays » étaient-ils en possession de neuf bâtons et de neuf caravanes ?

Au final, j’ai pu constater que ce nombre neuf semblait revêtir une signification particulière. Grosso modo, au-delà d’une numérisation des choses, le nombre apparaît en plus de cela comme une traduction du développement ou du devenir de l’être. Une traduction existentielle notamment dans son processus physiologique, cosmique, dans celui de socialisation et d’humanisation. C’est ce que nos ancêtres ont appelé le BU-MUNTU, la voie perpétuelle de socialisation et d’humanisation de l’être.

Quand vous dites par exemple que «  le nombre tanu ou 5 est celui du discernement « , sur quoi vous appuyez-vous pour affirmer cela ? En d’autres termes, quels sont vos instruments d’analyse et d’interprétation ?

Le nombre TANU ou cinq est celui du discernement parce qu’il représente, par exemple chez l’enfant en bas âge, le début même d’une muuntu1appréciation globale de ses facultés que sont : l’ouïe, la vue, l’odorat, le toucher et le goût.

A ce propos, l’éminent Koongologue Ferdinand NGOMA rapporte, dans sa remarquable thèse sur  » L’initiation Bakongo et sa signification  » soutenue à la Sorbonne en 1963, que :

 » Avant les cinq ou six ans, la coutume laisse la garde de l’enfant à la mère. Ce n’est qu’à partir d’alors, que le père lui apprendra ce qu’un homme doit connaître : la fabrication des outils de pêche, de chasse, de labour ; le nom des plantes, des herbes et leur emploi…L’enfant apprendra de son père également le nom des bêtes et l’observation de leurs mœurs. Il devra reconnaître les animaux dangereux, les végétaux vénéneux. »

C’est dire que, chez les Koongo, la division en matière d’éducation intervient à l’âge de 5 ans qui est l’âge d’ouverture d’esprit pour l’enfant en bas âge dans la connaissance de soi-même et du milieu socio-environnemental dans lequel il évolue. Par ailleurs, le mot TANU est un dérivé du verbe TANUNA qui veut dire séparer, diviser en langue Koongo.

Pourquoi votre étude se contente-t-elle des chiffres 1 à 10 et ne prend pas en compte les nombres au-delà ?

Effectivement mes recherches ont consisté en une analyse approfondie des chiffres allant de 1 jusqu’à 10 plus exactement de 1 à 9. Pourquoi ? Parce que les neuf premiers nombres si vous me le permettez (au lieu de m’exprimer en termes de chiffres) constituent tous ces principes divers et variés qui permettent au MUUNTU de promouvoir en lui l’humanité. Au-delà l’être devient un NKULU (du verbe KULA qui veut dire croître, grandir, germer), c’est-à-dire un ancêtre, un intercesseur entre NZAMBI et les vivants d’où la conséquence du nombre 10 qui est attribué à l’Être suprême lui-même NZAMBI MPUNGU. Etymologiquement parlant le terme KÛMI est un dérivé du verbe KUMISA qui décrit le fait de transmettre ou d’être autorisé à. On peut y voir aussi le mot NKUMA qui veut dire conseil, ordre et commandement. Nkuma za ba Mbuta n’gâ Mbongi ba longokelaka zo, c’est au conseil des anciens qui est le Mbongi que l’on apprend les proverbes donc la sagesse.

En d’autres termes, le nombre KÛMI est la manifestation de la gloire, de l’élévation de l’être au haut sommet pyramidal des principes d’humanité chez les Koongo. C’est dire qu’au-delà de 10 ou KÛMI, les nombres ne semblent, à priori, qu’être une reproduction multiforme ou quantitative des neuf premiers principes.

Qu’en est-il du chiffre zéro chez les Koongos ? A-t-il lui aussi un sens ?

Dans son Lexique Français-Kikongo de 1914 Henri GALLAND rapporte que le chiffre zéro ou le néant est désigné par le mot NKATU. Il s’agit là d’un mot que les Koongo utilisent même de nos jours pour signifier un manque, une absence. Est-ce que c’est pour autant qu’il est le terme requis pour traduire le chiffre zéro ou exprimer ce qui n’existe pas ? A ce propos, je suis quelque peu réservé. Pour ma part, le chiffre ou le nombre zéro qu’il convient d’emblée de définir comme une absence de quantité dans le rang qui peut être celui des unités ou des dizaines est, ce me semble, inexistant chez les Koongo. C’est comme si chez les Koongo, le zéro est, en quelque sorte, un semblant d’absence qui est à la fois constituée et entourée de présence ou comme le dirait l’un de mes anciens professeurs, le professeur Henri Louis CANAL, une présence d’absence. Autrement dit, l’absence n’est qu’une autre forme de présence mais qui, malheureusement n’est pas humainement perceptible.

En tout état de cause, il n’existe pas, du moins à ma connaissance, un terme précis pour signifier le chiffre zéro. Par contre, un trou ou le vide est signifié par le mot WUNDU ou BULU qui n’est que le diminutif du verbe BULUMUKA et qui exprime toute idée d’anéantissement ou d’effondrement. Au final, le zéro comme élément de l’ensemble N des entiers naturels est difficilement concevable avec la philosophie des nombres chez les Koongo.

La numérologie a-t-elle une place importante chez les Koongos ?

muuntuLa numérologie au sens où elle est définie comme une analyse numérique des caractéristiques telles que le nom, le prénom, la date de naissance n’existe pas ou du moins n’existe qu’en filigrane à travers ce que j’ose appeler non pas la sémiotique mais plutôt  » signologie « . Celle-ci étant la science des signes révélateurs à partir desquels la vie ou la personnalité d’un MUUNTU peut être définie ou caractérisée. C’est ainsi que le sens du nom et d’autres signes sont d’une importance capitale chez les Koongo. Ainsi, en parlant par exemple de l’abbé Fulbert YOULOU, l’on dirait qu’il avait un nom prophétique dérivant du verbe YULA (dans certaines contrées Bakoongo, YOULOU serait une autre transcription du mot ZULU qui signifie ciel, lequel terme dérive du verbe ZULA synonyme de décoder, décrypter, saisir) et qui veut dire interroger, demander à l’effet de savoir et dont la vie a été marquée par le nombre 9 ou VWA qui est celui de la possession, en l’occurrence du savoir et de la connaissance.

Avec une telle approche, la numérologie apparaît comme une analyse non pas principale mais plutôt incidente.

Finalement, que devons-nous retenir sur l’enseignement des nombres dans la philosophie koongo ?

Ce qu’il faut retenir des nombres dans la philosophie Koongo est que, rien d’essentiel ou d’important n’a été entrepris par nos ancêtres Koongo ou Bantous en général sans qu’ils se soient référés à la loi de  » la table des nombres  » d’autant plus que chez eux Dieu NZAMBI MPUNGU est aussi Nombre, en l’occurrence UN, c’est-à-dire NZAMBI KU-BATSIKA ou NZAMBI MUSHI (ou MOSI), le Dieu unique ou le Dieu de commencements.

Au-delà de leur réalité mathématique, les nombres sont, chez les Koongo, la manifestation même de l’idéal du MUUNTU sur tous les aspects de son existence. C’est, peut-on dire, le tracé même de son destin sur terre avant de pouvoir le quitter.

Dans quelle(s) direction(s) comptez-vous poursuivre ce travail dans l’avenir ?

Tout d’abord, je souhaiterais poursuivre ce travail en cherchant à mieux comprendre l’usage de la  » table des nombres  » par nos ancêtres dans toutes leurs entreprises. Et comme le rappelle si bien le vénéré Cardinal Emile BIAYENDA, wa dia fwa yika dio, c’est-à-dire qu’il incombe aux bénéficiaires de l’héritage des ancêtres d’en faire bon usage en le fructifiant. Alors mon rêve est celui, demain,  d’apporter ma pierre à l’édification d’un nouvel ordre social, humain et spirituel en Afrique, en l’occurrence en Afrique centrale où il fait bon vivre. Le domaine de l’éducation me paraît être,  me semble-t-il, le terrain idéal d’expérimentation ou de l’application de la  » table des nombres  » car il n’y a pas de nation sans espoir ni d’avenir sans changement ni de changement sans la jeunesse et jeunesse sans éducation ne vaut.

Sur ce, je tiens à vous remercier de l’occasion que vous avez bien voulu m’offrir pour parler de ma toute dernière publication portant sur  » Le MUUNTU et sa philosophie sociale des nombres « .

Que l’année 2012 soit celle du renouveau pour le MUUNTU, donc pour l’Afrique, en particulier pour le CONGO et tous mes vœux les meilleurs pour Mwinda et pour ses lecteurs.

Propos recueillis par Marc TALANSI

NB : Livre paru chez l’Harmattan en 2011

Le sens de l’autorité chez les Bantous : Le cas de Koôngo

Classé dans : Non classé — 3 décembre, 2011 @ 11:58

 

Le chef est celui, écrit le Père VAN WING, qui fait prospérer le village :  » YU UTOMISA GATA «. C’est en tenant la main à l’observation des coutumes, des lois des anciens et de la discipline héréditaire, qu’il remplit ce rôle.

Le chef est, d’après l’expression qu’emploie le Père missionnaire,  » NZONZI KWANDI « , c’est-à-dire, un arbitre, un juge de palabres. C’est à lui que sont déférées en temps normal toutes les palabres entre hommes libres des différents hameaux, et même des palabres de quelque conséquence entre membres d’une même lignée.

C’est à ce titre selon le Père VAN WING qu’il est parfaitement à sa place de chef et de gardien de la moralité publique. Celle-ci étant contenue dans les  » NKIKU MI NSI, les coutumes du pays, et les NSIKU MI BA MBUTA, les lois transmises par les ancêtres. (VAN WING in  » Etudes Bakongo Sociologie-Religion et Magie  » Deuxième édition Desclee De Brouwer 1959 P.136.)

Quant au vénéré Cardinal Emile BIAYENDA,  » Un chef ainsi couronné jouit d’une très haute autorité morale, politique et sociale. Il inspire crainte et confiance aux yeux des membres du clan et des alliés. » (Emile BIAYENDA in  » Coutumes et Développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville Thèse doctorat Facultés Catholiques Lyon Première partie P.37.)

Si le chef a des droits, ceux-ci, observe à juste titre le vénéré Cardinal, s’accompagnent toujours de devoirs et c’est ce que connaît aussi le chef de clan, de famille ou de village moukongo. Là-dessus, le Droit coutumier est clairement précis :

«  Il a charge d’administrer les biens de la famille. Il doit veiller sur la bonne santé physique et morale de son groupement dont il est le protecteur. Il accueille les orphelins. Il donne un coup de main aux parents incapables de trouver la dot pour le mariage. En cas de famine, il répartit les biens entre tous les siens. Il veille à ce que les filles et les garçons s’initient chacun à leurs tâches respectives : travaux de ménage et des plantations ; art de pêcher, de chasser ou d’abattre les arbres des plantations que les femmes cultivent ensuite. Il est le premier tenu à la loi d’hospitalité. C’est le responsable de la paix à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté. » (Emile BIAYENDA in  » Coutumes et Développement chez les BAKONGO du Congo-Brazzaville Thèse doctorat Facultés Catholiques Lyon Première partie P.38.).

A dire vrai toutes ces prérogatives tant politiques que sociales rentrent dans ce qu’on appelle le principe de KI-AANGULA, lequel diffère de celui de KI-NGANGULA. C’est, peut-on dire, l’expression même d’une bonne gouvernance.

Par principe ou d’un point de vue définitionnel, le KI-AANGULA est l’ensemble des principes qui définissent l’autorité d’un chef. Ce terme dérive du mot AANGU qui, en langue KOÔNGO désigne un bâton, une baguette et qui, à ce titre et, à l’instar du MPU ou chapeau, est l’un des symboles du pouvoir ou de l’autorité chez les KOÔNGO.

En réalité, le mot AANGU désigne, à la fois, et ce, philosophiquement et théologiquement parlant l’origine de toute autorité que les KOÔNGO situent dans l’univers de NGU, (extension de NGA), c’est-à-dire celui de la puissance du verbe dont on ni limite exacte ni connaissance absolue car il est chose de Dieu lui-même NZAMBI MPU-NGU, l’unique détenteur de l’autorité suprême. ( Rudy MBEMBA in  » Le Muntuïsme, l’humanisme intégral africain  » Société des Ecrivains 2006 P.133.).

Le particularisme de cette autorité, comme l’observe à juste titre le vénéré Cardinal Emile BIAYENDA, c’est d’être INTELLIGIBLEMENT VRAIE d’où la raison même du vocable de NGULA dans le KI-AANGULA ou le KI-NGANGULA, qui n’est autre que la traduction du principe de vérité.

Ainsi, l’autorité d’un chef ou d’un MFUMU N’GÂTA ne revêt toute sa signification que, si d’une part elle est reconnue, de par son expression, comme étant d’utilité publique par  son sens de prospérité, de salubrité, de tranquillité et de paix et d’autre part par l’équilibre et l’épanouissement du tissu social qu’elle apporte.

D’ où la sagesse KOÔNGO clairement formulée dans le dicton, d’après lequel,

 » NTU BUZITU, MPU BUZITU « , ce qui veut dire que, le respect et le rayonnement de la couronne dépendent intimement de la personnalité et de la sagesse de l’être qui en est investi.

Mais l’exercice d’une autorité qui, au final est de portée ou d’intérêt général exige, d’après la tradition KOÔNGO, la préparation du futur candidat.

Ceci dit, le choix est, rapporte le vénéré Cardinal Emile BIAYENDA, fait sur un membre du clan qui a des aptitudes et la poigne d’un futur chef, plein d’équité, impartial, ayant le sens de la justice, ferme dans ses décisions, apprécié et jugé comme tel par le clan, les alliés et tous les voisins.

Cette condition est d’autant plus nécessaire qu’il est tout d’abord, ajoute le vénéré Cardinal le symbole vivant du clan et de son unité. Il est celui qui veille sur l’observance des lois du clan.

C’est dire que c’est le rôle du chef de faire observer les lois des ancêtres et de faire aussi prospérer le village. Il est celui qui est le dépositaire des insignes et biens familiaux et clanique laissés par les ancêtres : souvenirs insignes, fétiches, etc…C’est l’intercesseur et le défenseur selon le cas du clan devant les vivants et les défunts. Il veille sur l’intégrité de la propriété clanique.

En somme, toute dictature est vaine parce qu’elle est contraire à la raison du pouvoir, c’est-à-dire à la raison d’une saine autorité qui, par essence est justement forte, constructive et humaine. En d’autres termes, elle est une émanation de NGULA, c’est-à-dire de la science du vrai et de l’équilibre social et humain.

Aussi toute dictature quelle qu’elle soit, est en réalité, faiblesse, obscurantisme et ignorance d’un pouvoir qui est aux abois et qui, de toutes les manières est appelé à mourir.

Rudy MBEMBA-DYA-BÔ-BENAZO-MBANZULU (alias TATA N’DWENGA)

Cardinal Emile Biyenda et les douze clefs de la conscience socio-culturelle des (ba)-Koôngo

Classé dans : Non classé — 13 octobre, 2011 @ 6:12

 

Si éduquer est l’art de former l’esprit de quelqu’un ou de développer ses aptitudes physiques, intellectuelles et morales, dans la société Koôngo, il donne lieu par ailleurs au développement de sa conscience tendant en une connaissance profonde du milieu dans lequel il évolue, c’est-à-dire sa famille.

Et ce n’est pas chose blasphématoire que de dire autrefois, chez les Koôngo, la famille était une question fondamentale, SAMU WA NENE, SAMU WA LA ou SAMU WA NDA, c’est-à-dire une affaire grave d’importance capitale et qui, de surcroît est immensément vaste.

biayenda4A l’intérieur du clan ou KANDA, les relations familiales prennent véritablement de l’ampleur ou de la hauteur en partant des plus proches parents jusqu’à un certain degré dans les liens d’appartenance « supra-environnemental ».

D’où, entre autres, son appellation de KANDA, un nom comportant le vocable de NDA qui exprime, à ce titre, toute notion de largeur ou de profondeur. C’est la marche (MWE-NDOLO MWANA MUNTU du verbe WE ou YE-NDA qui veut dire marcher), peut-on dire, de l’être ou du MUNTU sur le sentier de la connaissance des liens qui le rattachent tant avec le monde des vivants que celui des morts.

C’est ainsi que la famille, cellule de base de toute société en général et de la société Bakongo en particulier implique, comme l’écrit le vénéré cardinal Emile Biayenda, une très large ouverture quant aux individus qui la composent. Elle comprend non seulement le père, la mère, les enfants et les grands parents immédiats, mais tous ceux que lie ensemble la parenté de sang à n’importe quel degré en y ajoutant également tous ceux que peut rapprocher de cette entité toutes les affinités par alliance. (Emile Biayenda in «  Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Thèse Facultés catholiques Lyon 1968 Première partie P.21.)

En effet comme le rappelle Georges Balandier, la pièce essentielle du système social chez les Koôngo reste la kâda (ou nkâda); c’est-à-dire le clan sous la forme de ses diverses implantations locales. (Georges Balandier in  » Sociologie actuelle de l’Afrique noire : Changements sociaux chez Ba-Kongo  » Presses universitaires de France 1971 P.305).

Le père Van Wing rapporté par Georges Balandier définit le clan comme étant  » la collectivité de tous les descendants par filiation utérine, d’une Aïeule commune, et qui portent le nom de cette collectivité. Il comprend tous les individus des deux sexes qu’ils vivent en dessous ou au-dessus de la terre…les défunts et les vivants. » (Balandier Ibidem)

Dans le même ordre d’idées, le précédent auteur ajoute :  » … la  » tête  » du clan est toujours reportée au temps du séjour à Kôgo dya Ntotila, lieu devenu mythique…Le clan se caractérise par un nom particulier (commençant par le préfixe Ki), par la possession d’une devise (rappelée lors des circonstances solennelles, quelquefois utilisée pour calmer l’enfant qui pleure), par sa liaison avec un animal-emblème (notamment le léopard, ngo) et par l’imposition de certains interdits alimentaires… » (G. Balandier Ibidem)

Au final, le clan est la parenté essentielle et fondamentale qui domine et ordonne toutes les relations des Koôngo avec leurs semblables. C’est ainsi qu’ils sont répartis en une multitude de Makanda (famille) qu’on aurait de la peine à distinguer les uns des autres, observe à juste titre le vénéré cardinal Emile Biayenda, si l’esprit ingénieux des Patriarches n’avaient créé tout un système de repères appelés  » mvila  » (lignées). (Emile Biayenda in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Op.cit. Première partie P.22.).

Le nom MVILA ou lignée dérive du verbe VILA qui veut dire lier, attacher, nouer (J. Van Wing & C. Penders in «  Le plus ancien dictionnaire Bantu  » Louvain 1928 P.339.).

C’est à ce titre qu’il est aussi défini par ailleurs comme étant un ensemble de clans traditionnellement alliés.

Mais par principe les mvila sont les branches du clan, des groupes comprenant tous les individus rattachés par filiation utérine à l’une des mères du clan.

Le  » luvila  » (autre appellation de mvila mais au singulier) ou lignage est, rappelle le vénéré Cardinal tout comme le père Van Wing, une chose sacrée. Il n’est prononcé qu’avec respect et dans des rares circonstances. On le dit pour éviter la consanguinité en cas de projet de mariage. On se le dit pour vite établir les relations dès que des individus se rencontrent ou veulent entreprendre quelque chose ensemble. On le dit pour un serment solennel où alors les ancêtres défunts sont pris à témoins, une maman, un père, supplie son enfant de se conduire dignement au nom du clan. Quand des individus se l’entendent dire, ils le saluent par un battement de mains.

Dans ses remarquables travaux de recherches doctorales sur les coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville, le vénéré cardinal Emile Biayenda rapporte les noms des clans ou des douze clefs de la conscience socio-culturelle transmises par les pères fondateurs de Koôngo dia Ntotela. Il s’agit de :

1.            Kimbembe – Kindunga -  Kisumba.

2.            Kingoyi – Makondo – Kimbanda.

3.            Kisundi – Kimbueya.

4.            Kimpandzu – Kibuendé.

5.            Kikuimba – Kiloza – Fumu.

6.            Kivimba – Kinkala – Kinsaku.

7.            Kindamba – Kifuma.

8.            Kimpaya – Kahunga – Kingoma,

9.            Kimbuzi – Manene – Kimbanza.

10.          Kindunga – Kinsembo.

11.          Kingila – Kimazinga.

12.          Kisengele – Sengele.

Eminent spécialiste de tous ces (ma)-kanda, le Nkuluntu, le Ngunza, le vénéré Cardinal Emile Biayenda ajoute :  » Chaque nom du clan fut porté par leurs premiers patriarches. »

A titre d’exemple pour le clan de Kimpandzu c’est Mpandzua Deka, l’oncle de Bueta-Mbongo qui fixa son groupe dans une forêt riche en bois de fer et dont le fruit est appelé  » mpandzu « , qui, dès qu’il est sec, éclate avec bruit pour libérer les graines.  » Deka  » signifie, en effet éclater. Tout le clan devint Bissi-Mpandzu a Deka. Ils sont tous appelés aussi les Bissi-Buende.

Quant au patriarche du clan Mbembe, il fut un véritable boute-en-train qui réussit à apprivoiser une antilope au collet de laquelle il attacha une clochette. Il avait en outre la manie de toucher à tout, d’où  » Bemba « . On le surnomma  » Mbemba » et son clan  » Bissi-Mbembe « . (Emile Biayenda in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Op.cit. Première partie P.22 & 23.).

Ainsi chez les Koôngo un homme libre par le passé devait avoir et savoir obligatoirement ses quatre appartenance au clan auquel il appartenait et ce, en qualité de :

1.)          musi par exemple V, c’est-à-dire celui qui est issu de la lignée V de la branche gauche de sa mère.

2.)          mwana ou enfant issu de la lignée par exemple X de la branche droite de son père.

3.)         m’tekolo Y, c’est-à-dire le petit fils issu de la lignée Y, de la branche droite de sa mère.

4.)          m’tekolo Z, c’est-à-dire le petit fils issu de la lignée Z, de la branche gauche de son père.

Ainsi grâce à ce système les liens de parenté si éloignés soient-ils sont, écrit le cardinal Emile Biayenda vite repérés et les relations vite rétablies entre individus : une sauvegarde très précieuse pour le respect et le maintien des bonnes mœurs. (Emile Biayenda in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Op.cit. Première partie P.24 & 25.).

C’est en vertu de ces principes d’organisation et de fonctionnement familial  que le MFUMU’A KANDA ou dans certaines circonstances le MBUTA KANDA, le chef  ou l’ancien de la famille dispose du pouvoir de KA-NDIKA (dérivé de KANDA), c’est-à-dire celui de veiller jour et nuit sur l’intégrité spirituelle et morale du tissu familial en le protégeant inexorablement contre les attaques du monde visible et invisible.

Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu (alias Tata N’dwenga)

Musi Mbembe, Mwana Mpandzu, M’tekolo Kwimba, M’tekolo Mpandzu

Avocat à la Cour

Le devenir du muntu et le Mbongui d’après la vision du vénéré cardinal Biayenda

Classé dans : Non classé — 15 septembre, 2011 @ 7:47

 » Parmi tous ces faits nouveaux, il en est un qui s’impose à nous, Congolais, avec force et netteté : celui de l’éducation des enfants et des jeunes. Il n’est pas trop fort de dire que nous assistons, ici dans notre pays, comme dans beaucoup d’autres pays, à une  » véritable marée des jeunes « . Je pense que c’est notre devoir à tous : évêques, prêtres, religieux et religieuses, éducateurs, enseignants, responsables des mouvements de jeunes, laïcs, de nous asseoir calmement….., de prendre ce problème à bras le corps et d’y apporter chacun à sa place et selon sa mesure, la solution ou les solutions simples, pratiques, efficaces qui s’imposent.  » (Le Cardinal Emile BIAYENDA in  » Pais mes agneaux du recueil des Lettres Pastorales des Archevêques de Brazzaville (1964-1975), Brazzaville, 27 Décembre 1976, PP. 93-118.)

biayenda4Ce texte est extrait des écrits du vénéré Cardinal Emile BIAYENDA sur l’éducation des enfants. Le Cardinal y soulève un thème majeur qui porte sur le phénomène fort évolutif de la jeunesse. Ce qui bien évidemment n’est pas une mauvaise chose en soi.

Cependant, si le vénéré Cardinal est pour un devenir meilleur des jeunes, force est de noter qu’il est fort inquiet des dérives ou maux qui sont susceptibles d’entraver celui-ci si aucune promotion humaine n’est véritablement assurée.

Devant ce phénomène, quelles sont nos réactions à nous les adultes s’interroge-t-il ?

Avant de nous livrer sa propre opinion, le vénéré Cardinal relève les plaintes émanant de quelques acteurs en matière d’éducation et d’après lesquelles :

«  Nous sommes débordés; les enfants n’obéissent plus ; les enfants ne travaillent plus ; les enfants n’écoutent plus personne ; nous ne savons que faire… Si c’est la voix des enseignants, c’est la même chose:  » De notre temps les études, c’était quelque chose, maintenant les élèves ne savent plus rien, ne travaillent plus,  n’obéissent plus ». Et tous, nous rejetons la faute sur l’autre :  » C’est la faute des parents », disent les enseignants; et tous, à bout d’argument:  » C’est la faute de l’Etat « . (Abbé Adolphe TSIAKAKA in  » Emile BIAYENDA grandeur d’un humble  » Editions  du Signe 1999 P.181.)

Face à la dérive de la jeunesse, le vénéré Cardinal invite tous les responsables chargés de l’éducation à s’asseoir simplement à la  » TABLE RONDE « , sans esprit de parti ou de polémique pour réfléchir et faire la lumière.

Réfléchir dans le but de rechercher les causes de cette dérive et les éventuelles solutions envisageables pour remédier à ce mal si profond de la Nation Congolaise.

Cependant avant toute autre considération le vénéré Cardinal relève avec beaucoup d’humilité que :

 » Vous comprendrez facilement que c’est trop facile de rejeter la faute sur un autre. Aurions-nous oublié cette sagesse ancestrale :  » Wa kuma kilauki, luata m’lele  » (si tu n’es pas vêtu toi-même, comment veux-tu reprocher au fou de se promener tout nu ?) ; que Jésus lui-même a repris dans son Evangile: « Lorsque tu veux enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère, commence par enlever la poutre qui est dans le tien » (Mt 7, 3-5) « ( Abbé Adolphe TSIAKAKA in  » Emile BIAYENDA grandeur d’un humble  » Editions  du Signe 1999 P.181.)

Ainsi, les aspirations du vénéré Cardinal en matière d’éducation mettent en avant le principe de la TRADITION qui, en l’espèce passe par le respect, l’humilité et surtout la conscience des acteurs sociaux qui ont la lourde mission d’éduquer et de former la jeunesse.

C’est comme si pour le vénéré Cardinal le devenir de la jeunesse, son éducation et son bien-être n’ont véritablement de sens que, si ceux qui en ont la mission sont dignes de foi, de confiance et de sagesse.

Aussi, pour le vénéré Cardinal cette « PAROLE DE SAGESSE PERDUE » est  l’apanage même du MBONGI des temps anciens.

Alors en quoi consiste le MBONGI dans le processus d’humanisation de l’être ou du MU-NTU ?

Tout d’abord, selon le vénéré Cardinal le MBONGI est :

 » la maison communautaire où se réunissent tous les hommes pour prendre ensemble leurs repas. Les femmes qui ont charge de cuisiner envoient les plats préparés au mbongui et là tout le monde : orphelin, étranger de passage, célibataire, trouvent à manger et à boire. C’est pratiquement là que se règlent palabres et différends de toutes sortes. C’est également au mbongui que les jeunes s’initient à l’art de la parole, à la sagesse des anciens et aux diverses façons de procéder pour trancher des débats et litiges.  » (Emile BIAYENDA in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Thèse Facultés catholiques de Lyon 1968 Première partie P.26).

Le mbongui c’était, écrit le vénéré Cardinal  » l’âme  » du village et c’est au mbongui que l’enfant recevait la plus grande part de son éducation. Avec le mbongui disparu, c’est aussi toute une méthode d’éducation, c’est un certain nombre de coutumes qui disparaissent aussi. (Abbé Adolphe TSIAKAKA in  » Emile BIAYENDA grandeur d’un humble  » Editions  du Signe 1999 P.183.)

Le mbongui est mort…relève le vénéré Cardinal, mais par quoi a-t-il été remplacé, s’interroge-t-il ?

La disparition du mbongui me semble, poursuit-il, être une des causes les plus importantes de ces difficultés rencontrées pour éduquer nos enfants. Il y en a d’autres : psychologiques, économiques ou sociales… (Abbé Adolphe TSIAKAKA in  » Emile BIAYENDA grandeur d’un humble  » Editions  du Signe 1999 P.183.)

Autrefois, pour avoir droit à la parole au mbongui, il fallait, rapporte le vénéré Cardinal avoir de l’âge, de l’expérience, des cheveux blancs. Maintenant, et c’est un bien, vous cherchez à prendre vos responsabilités le plus vite possible, vous cherchez à réaliser une certaine autonomie…Tout cela est très bien, si l’enfant est entouré, protégé, élevé. (Abbé Adolphe TSIAKAKA in  » Emile BIAYENDA grandeur d’un humble  » Editions  du Signe 1999 P.185.)

En effet le MBONGI est une INSTITUTION SOCIO-HUMAINE qui, par le passé a beaucoup apporté dans le développement de l’être en dehors des ordres initiatiques comme le LEMBA, le KIMPASI, le KI-MBA ou le NDEMBO.

A dire vrai, le MBONGI est un centre d’accueil, une école de formation et de développement de l’être pour en faire un MU-NTU.

Dans une Nation Congolaise qui est en perte de vitesse aujourd’hui sur des  questions de l’ordre du droit naturel et de la morale comme le respect, la réhabilitation du MBONGI apparaît comme un des moyens sérieux de lutte contre les dérives de la jeunesse.

Dérivant du verbe BONGA et qui signifie prendre, offrir, donner, transmettre, le MBONGI reste une école ancestrale de formation de l’être ou du MU-NTU voire un centre de diffusion ou de transmission des savoirs et connaissances des anciens.

Autrement dit, le MBONGI est une INSTITUTION SOCIO-HUMAINE des temps anciens à laquelle les acteurs sociaux chargés du problème de l’éducation nationale et l’ETAT devront s’intéresser pour aider la jeunesse congolaise.

En somme, il n’y a pas de NATION sans ESPOIR ni de JEUNESSE sans EDUCATION qui, par essence est l’ESPOIR de la NATION donc de la raison du CHANGEMENT et de l’AVENIR du Congo-Brazzaville.

Alors que revive le MBONGI !

Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu (alias Tata N’DWENGA)
Koôngologue
Avocat à la Cour

Sens et tradition dans « la médecine Koôngo » du père Adolfe Tsiakaka

Classé dans : Non classé — 4 juillet, 2011 @ 8:54

 

Le père Adolphe TSIAKAKA est auteur de nombreux ouvrages sur les KOÔNGO qui lui confèrent incontestablement la qualité d’un éminent Koôngologue.
Durant l’année 2008, l’abbé TSIAKAKA a eu à publier d’immenses et remarquables travaux portant sur la  » MEDECINE KOÔNGO ». Un ouvrage de 312 pages de portée considérable publié aux Editions Du Signe.

De par son contenu, l’ouvrage du père TSIAKAKA est sans doute l’un des meilleurs regards méticuleusement analytiques qu’on ait eu à porter sur la médecine traditionnelle KOÔNGO.

Mais pourquoi un tel ouvrage ?

medecinekongo2Le père TSIAKAKA nous en donne d’emblée les raisons de son édification. Ainsi au tout début de son propos, il clarifie l’intérêt que suscite l’élaboration d’un tel ouvrage.

A ce propos, l’auteur relève avec beaucoup de modestie que si on parle de médecine chinoise, indienne, tibétaine, etc…pourquoi ne parlerait-on pas de médecine africaine? La médecine KOÔNGO est liée à l’ensemble des représentations de l’homme, à son mode de vie, à son organisation relative à la maladie en même temps qu’à ses causes, etc. Tous ces éléments entrent, observe-t-il, dans la charpente de cette médecine qui est une manière de répondre à un problème, celui de la vie d’une communauté. (Abbé Adolphe TSIAKAKA in  » La Médecine Koôngo » 2008 Editions Du Signe P.18.)

Ainsi, les motivations de l’abbé dans l’élaboration de ce travail est de comprendre l’Homme KOÔNGO dans son environnement le plus ambiant et au-delà l’Homme Africain dans sa conception originelle de la vie qui, par conséquent a une incidence sur son mode de fonctionnement social ou communautaire.

C’est l’aspiration peut-on dire à une vie d’ordre, de tranquillité et de paix que le Koôngologue abbé TSIAKAKA exprime avec justesse tout au long de son propos.

Avec cette approche la médecine chez les KOÔNGO, comme chez les autres peuples d’Afrique repose, note avec perspicacité le père TSIAKAKA, sur une conception de l’homme, de ses rapports avec les autres, avec l’univers et les ancêtres. Tout se tient dans cette médecine, le monde humain et le monde des ancêtres, le profane et le religieux. Pour les KOÔNGO, ces  » différentes sphères se mêlent et s’enchevêtrent, s’enveloppent et se prolongent, comme dans ces forêts les arbres et les lianes, l’ombre et la lumière, le silence et le bruit. Elle est, conclut-il, une  » partie intégrante de la culture, des représentations, des systèmes de valeurs qui fondent l’existence et lui donnent un sens (Abbé TSIAKAKA in  » Médecine Koôngo P.12.).

Sans pour autant avoir un quelconque mépris sur la médecine moderne ou dite scientifique, le Koôngoloque abbé TSIAKAKA nous fait plonger dans l’univers de la TRADITION. Cette TRADITION qui peut être une source d’enrichissement pour le renouvellement de l’être à propos de son équilibre tant physique que spirituel. Pour ce faire, l’auteur relève avant tout que :

kongomedecine5 » Dans sa portée étymologique, tradition dérive du latin tradition, acte de transmettre, et vient du verbe tradere, faire passer à un autre, livrer, remettre. En léguant ce qu’elle sait, une communauté se « recrée » elle-même et « fait être de nouveau » ce qu’elle a été comme ce qu’elle veut être. Elle intervient dans le façonnage du présent, elle contribue à la réalisation  » des nouvelles combinatoires » et culturelles. » (Abbé TSIAKAKA P.20)

Dans le même ordre d’idées le Koôngologue abbé TSIAKAKA relève que  » La tradition traduit donc une vitalité créatrice. Elle est le lieu où les données sociales, religieuses, culturelles, politiques et économiques du passé s’innovent dans le présent, et le présent dans le futur. (Abbé TSIAKAKA ibidem).

En nous faisant plonger dans l’univers de la tradition KOÔNGO, l’abbé TSIAKAKA apporte par ailleurs, une lueur sur ce qu’il convient d’entendre par le mot NGAANGA. Les détenteurs du savoir thérapeutique, dans la société Koôngo, sont, écrit-il, désignés par le terme générique de ngàanga. Ce terme peut être rapproché du verbe gàanga, ajuster, arranger. De ce verbe ressort l’idée, dans le contexte de la médecine Koongo, d’une personne qui participe à l’amélioration d’un état. (Abbé TSIAKAKA P.132).

Mais à l’effet d’éviter une quelconque confusion sur le terme ngàanga, le père TSIAKAKA précise toutefois qu’il recouvre une multiplicité de réalités et désigne plusieurs types de praticiens aux spécialités très diverses, comme on parlerait, en général, de médecins, alors que chaque médecin, excepté les généralistes, a un nom particulier lié à sa spécialité.

Dans la société Koôngo, il y a, ajoute le père TSIAKAKA, une diversité de thérapeutes. Chacun est désigné par le terme générique, ngàanga, auquel on juxtapose le nom de la maladie qu’il soigne ou son savoir-faire. Ce complément au nom du thérapeute marque la spécialité de la personne. Ainsi, les premiers de tous sont les thérapeutes spécialistes du diagnostic, ngàanga-ngombo et le ngàanga-mpiatu, puis viennent tous les thérapeutes spécialistes des diverses maladies Abbé TSIAKAKA P.135).

kongomedecine6Ceci dit, la définition du NGAANGA comme étant un féticheur détenteur à ce titre d’un pouvoir magique (c’est-à-dire des fétiches) est inexacte par rapport à celle qu’en donne le père TSIAKAKA.

Ainsi en partant de l’étude remarquable du père TSIAKAKA, le NGAANGA apparaît justement comme un fin connaisseur des vertus des plantes ou des végétaux voire de la nature qu’il met à la disposition des hommes pour leur bien être tant physique que spirituel.

Bel ouvrage tant dans la documentation que dans la connaissance de cette médecine KOÔNGO qu’il convient de lire. Il est un rappel de cette médecine qu’on ne saurait ignorer compte tenu de ses bienfaits dans la lutte de certaines maladies.

Cependant, le père TSIAKAKA reste un Koôngologue particulièrement réservé qui n’entend guère faire de la médecine KOÔNGO une vérité absolue. Bien au contraire, son propos demeure raisonnablement constructif. La médecine KOÔNGO ne saurait, écrit-il, remplacer la médecine moderne. Sans contester les nombreux avantages de la médecine moderne (examens de laboratoire, des rayons X, etc.) et des rapports thérapeutiques ayant fait leurs preuves (antibiotiques, vaccins, chimiothérapies, chirurgie, sulfamides, antimalariques, etc.) la médecine KOÔNGO, en réponse au problème de l’humanisation de la médecine moderne, est toutefois d’après l’éminent Koôngologue une source d’innovation thérapeutique moderne.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU
( TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour

Koôngologue

Adolphe Tsiakaka : La médecine koôngo

 

 

 

La conception du riche d’après la vision philosophique des Koôngo

Classé dans : Non classé — 8 juin, 2011 @ 7:50

 

L’ évolution d’une société a forcément une incidence sur la langue qu’elle utilise. Dans la société Koôngo, certains mots ont perdu leur signification originelle du fait de son évolution. C’est le cas par exemple de l’Homme riche qui, en langue Koôngo est désigné par le mot Mvwama.

dico2Jadis le Mvwama n’était pas l’Homme riche tel qu’il est perçu par les temps modernes. En effet l’Homme riche aujourd’hui est cette personne qui est reconnue comme telle par l’abondance des biens matériels, économiques ou financiers qu’elle possède ou dont elle est propriétaire.

Par principe, chez les Koôngo, le Mvwama était un personnage de haut rang qui avant toute autre considération devait être une personne d’une profonde spiritualité. L’abondance des biens matériels et financiers ne pouvait à elle seule définir son statut de Mvwama.

Koôngologiquement parlant le mot Mvwama comporte deux vocables qu’il convient respectivement d’examiner : le Mvwa et le Ma.

Ici le Mvwa est à la fois une marque de possession sous-entendu de quelque chose et une extension de vwa lequel mot est défini par le plus ancien dictionnaire Bantu de 1652 comme étant le fait d’avoir, de posséder ou de tenir ( Le plus ancien dictionnaire Bantu J. VAN WING et C. PENDERS S. J. Louvain 1928 P. 348).

Quant au vocable de Ma, il est la traduction du don ou de l’élément objet de la possession.

A dire vrai, le Mvwama ou l’homme riche ne l’est véritablement que si l’être a acquis un certain degré d’évolution qui, chez les Koôngo est inscrit dans la loi des nombres, en l’occurrence du nombre neuf (9) ou Vwa.

A ce propos, si le Mvwama est perçu comme tel chez les Koôngo, ce n’est nullement en raison d’une abondance de biens dont il est propriétaire. C’est plutôt en raison des qualités humaines qu’il est censé posséder selon la loi des nombres. Ce chiffre ou ce nombre neuf (9) traduisant la notion de propriété ou de possession est considéré comme étant le dernier critère dans la définition d‘un véritable riche.

C’est comme si chez les Koôngo le mvwama ne l’est véritablement que s’il est doté, peut-on dire, de « neuf intelligences ». En d’autres termes, il faut être en possession de certaines qualités humaines qui concourent inexorablement au bonheur et à l’épanouissement de l’être.

Sa personnalité doit être gouvernée par le principe de vwata (qui veut dire se couvrir, se vêtir, se munir. En vertu dudit principe, il doit comme l’indique étymologiquement ce mot dompter son verbe pour en faire un instrument de bonheur et d’épanouissement dans tout ce qu’il entreprend (Le plus ancien dictionnaire Bantu J. VAN WING et C. PENDERS S. J. Louvain 1928 P. 348).

dico3Autrement dit le verbe vwata ne s’emploie pas que pour exprimer le fait de se vêtir ou de porter les habits Il est aussi une invitation de l’être à se pourvoir d’une qualité ou d’une vertu. D’où la signification de l’expression Vwata ou Lwata Kivwama kia ntima qui n’est qu’une manière d’inciter une personne à faire preuve de grandeur ou à aller vers plus de générosité.

Ainsi dans cet état d’esprit de compréhension des mots de la langue Koôngo est Mvwama, cette personne qui est en parfaite harmonie avec quelques valeurs que voici :

1.    Zola, le principe de l’amour (du nombre (2) ou Zole). Autrement dit est Mvwama celui qui, en dehors des biens matériels ou financiers est par ailleurs porteur d’humanité donc de bonté, d’hospitalité et de générosité.

Ici, la qualité de Mvwama est quelque peu identique à celle du Mfumu Mpu ou le chef couronné pour lequel Emile Biayenda, le vénéré cardinal rapporte :

 » …Il doit veiller sur la bonne santé physique et morale de son groupement dont il est le protecteur. Il accueille les orphelins. Il donne un coup de main aux parents incapables de trouver la dot pour le mariage…Il est le premier tenu à la loi d’hospitalité. C’est le responsable de la paix à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté.  » (Emile Biayenda in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Thèse Facultés catholiques Lyon 1968 première partie P.38.)

2.    Tatu (du nombre (3), le principe de la sagesse qui, par sa transcription étymologique renferme à la fois les notions du verbe et d’intelligence. C’est l’expression même du VERBE INTELLIGIBLE qui ne peut l’être que s’il est constructif, progressiste et à ce titre source de bonheur et de quiétude. Il est ainsi composé de :

•    Ta = le verbe

•    Tu extension de Ntu signifiant tête ou sommet et exprimant toute notion d’humanité donc d’intelligence et de sagesse.

3.Ya, (du nombre (4) ) lequel terme fait allusion à toute idée de feu ou de chaleur et qui, par conséquent est la traduction du principe de la force, du courage et de la vaillance. Ainsi le MVWAMA est l’être dynamique, entreprenant et qui, par définition, a le sens de l’initiative et des affaires. D’où la signification, entre autres, du proverbe selon lequel :

Kimvwama ka ba ganda kio ko : Mu sala ba sala kio, c’est le travail qui donne accès aux richesses et non l’initiation rituelle.

En somme, possesseur (des) Ma-vwa ou richesses voire fortune ( Le plus ancien dictionnaire Bantu J. VAN WING et C. PENDERS S. J. Louvain 1928 P. 182), le MVWAMA ou l’Homme riche digne de cette appellation est cet être qui, par la réunion en lui de neufs « corps intelligibles » apporte sur le plan socio-humain le bonheur, la tranquillité, la sécurité et la paix.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour
Koôngologue

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Hommage à l’Abbé Fulbert YOULOU à l’occasion du trente neuvième anniversaire de son décès

Classé dans : Non classé — 9 mai, 2011 @ 4:43

Abbé Fulbert Youlou : père de l’indépendance et de la nation congolaises, visionnaire en son temps d’une Afrique perdue des temps modernes

Hommage à l’Abbé Fulbert YOULOU à l’occasion du trente neuvième anniversaire de son décès (05/05/72-05/05/2011)

Moi, abbé Fulbert Youlou, représentant légal élu de mon peuple, je supplie les hommes de bonne volonté de me lire
. Souvent les hommes d’Etat rédigent leurs mémoires en perdant la leur… Que l’on se rassure, ce que j’ai à dire ne constitue pas un secret d’Etat, mais simplement un avertissement, écrit avec le sang des miens, pour éviter d’autres massacres et si le nom et l’habit que je porte peuvent aider à la propagation de la vérité mon épreuve n’aura pas été inutile. Abbé Fulbert YOULOU in « J’ACCUSE LA CHINE  » P.14.

youlou9Ce propos est celui de l’abbé Fulbert YOULOU contenu dans son remarquable ouvrage  » J’accuse la Chine  » publié aux Editions La Table Ronde en 1966.

Dans cet ouvrage  » J’accuse la Chine  » de 253 pages, l’abbé Fulbert YOULOU aborde plusieurs aspects de la vie politique planétaire de son temps. Il y relève d’innombrables contradictions ayant gagné le bloc des pays dits socialistes ou communistes par opposition à celui des Etats dits du monde libéral.

L’analyse de la vie politique africaine gagné d’une part par des courants de pensée que l’abbé Fulbert YOULOU qualifie de fort dangereux pour le développement du continent africain et les contradictions des puissances occidentales d’autre part lui confèrent à juste titre la qualité d’UN VERITABLE HOMME D’ETAT doté d’une haute conscience politico-spirituelle.

Au-delà de la rigueur intellectuelle d’un excellent écrivain qu’il témoigne tout au long de son récit, l’abbé Fulbert YOULOU porte dans  » J’accuse la Chine  » l’habit d’un NGUNZA, c’est-à-dire d’un grand visionnaire de ce que vit l’Afrique noire à l’heure actuelle.

Tout d’abord l’intitulé de son ouvrage  » J’accuse la Chine « est déjà en lui-même très évocateur puisque l’abbé Fulbert YOULOU y annonce de facto les maux susceptibles d’hypothéquer le développement du continent africain si aucune conscience politique africaine n’est véritablement édifiée.

A ce sujet, le visionnaire ou le prophète abbé Fulbert YOULOU relève avant tout que:

fulbert10 » Pour nous, Africains…, le mal existe, il est aussi présent que le bien, et nous ne pouvons le limiter qu’à la condition de l’admettre pour le combattre avec prudence, certains que l’Absolu n’existe que dans les réalités spirituelles. Ce sont ces réalités qui, en Afrique, feront échec à l’expansion communiste… » ( » J’accuse la Chine  » P.16)

Ceci dit, l’abbé Fulbert YOULOU est sans conteste pour une Afrique autonome, véritablement indépendante mais qui toutefois ne doit absolument pas se laisser aller à l’indolence de l’indépendance.

Dénoncer les non-sens du colonisateur européen lui semble chose à la fois humaine et acquise. Cependant vouloir les remplacer par d’autres inepties venant d’un autre colonisateur, en l’occurrence du dragon asiatique (la Chine) relève, de son point de vue, d’une très forte aberration.

Ce faisant, l’abbé Fulbert YOULOU reste un observateur attentionné face aux manœuvres de la Chine communiste sur le continent africain. En son temps, il est certainement le seul dirigeant africain qui ait pris à cœur LA CONQUÊTE CHINOISE AFRICAINE et les dangers de divers ordres qu’elle pouvait représenter dans une Afrique nouvellement indépendante.

A cet égard, le prophète-abbé relève avec perspicacité que :

«  La Chine dans sa conquête de l’Afrique n’a pas le choix des moyens et elle a pris le risque, faute de recruter de véritables militants africains, de fonctionnariser sa pénétration dans le continent noir par ses propres agents diplomatiques. On me dit qu’on ne peut pas ignorer sept cents millions de Chinois et les tenir à l’écart, j’entends bien que cet argument serait valable si le despotisme qui fait régner sa loi sur des masses asservies ne prétendait se servir de sa reconnaissance comme d’un encouragement complice. » ( » J’accuse la Chine  » P.19)

Le visionnaire abbé Fulbert YOULOU voit à travers cette conquête chinoise, la main basse d’un système dangereux pour le continent africain qu’il qualifie à juste titre de colonialisme chinois.

Aussi, ce colonialisme chinois qui est fort pernicieux pour le développement de l’Afrique est défini par le prophète-abbé comme étant:

« …une structure au service d’une puissance étrangère qui impose à l’Afrique un appareil psychologique de conquête lui-même inspiré par des techniciens chinois mis en place par des fonctionnaires envoyés de Pékin et servi par des évolués indigènes éduqués dans des écoles d’administration coloniale de Pékin. Toutes les conditions du colonialisme, telles que l’Afrique les a connues dans le passé, sont réunies avec la différence que les capitalistes de la colonisation réalisaient de gigantesques progrès techniques dont se moquent les cadres de la révolution communiste qui visent un asservissement des esprits et des âmes par une oppression scientifiquement étudiée « . ( » J’accuse la Chine  » P.20)

youlou00Ainsi en sa qualité d’un véritable NGUNZA, c’est-à-dire d’homme précautionneux et averti, l’abbé Fulbert YOULOU ajoute avec une certaine consternation que :

 » Ce qui est grave dans la situation que je vais dénoncer, c’est que dans notre lutte passée pour l’indépendance, le monde entier faisait écho à nos aspirations, dépassant parfois nos désirs, alors qu’aujourd’hui l’Afrique africaine se retrouve seule devant la menace raciste d’un déferlement asiatique déjà commencé  » («  J’accuse la Chine  » P.20)

En somme, le visionnaire, le prophète-abbé Fulbert YOULOU dépeint une situation calamiteuse qui entraverait le développement du continent africain. Aussi n’hésite-t-il pas à interpeller les élites africaines ayant fait le choix et ce, à tort, conçoit-il, de vouloir conduire l’Afrique vers les sentiers de l’indépendance. Et ce, par des courants de pensée marxisante ou de la Chine communiste voire des pays dits socialistes comme l’Union soviétique.

Pour ce faire et dans un contexte des années moins perturbantes du continent africain que celles des temps modernes le NGUNZA abbé Fulbert YOULOU pointe du doigt le mal chinois en écrivant:

 » J’accuse la Chine d’être partout où le Monde libre la tolère, avec ses diplomates, ses attachés commerciaux, intellectuels ou militaires, à la base d’une machination qui use de toutes les situations particulières, en dehors d’une unité de doctrine qu’elle a abandonnée, pour mieux parvenir à ses fins et rabattre à n’importe quel prix le gibier humain. Aux Arabes on promet l’écrasement d’Israël, aux Pakistanais celui de l’Inde, mais toute cette exploitation scientifique des ressentiments instinctifs à un même but : le chaos. Un chaos qui mêle les idéologies généreuses, les instincts primitifs, les sorcelleries ancestrales, soulevant bouddhistes contre chrétiens, Blancs contre Noirs, tribus contre tribus, politiciens contre politiciens. » (J’accuse la Chine P.22)

Dans le même ordre d’idées, le prophète Fulbert YOULOU ajoute :

 » En ouvrant ce dossier bien sûr incomplet de la pénétration chinoise en Afrique, j’ai le sentiment d’engager une bataille où j’ai pris mes responsabilités, conscient du risque mortel que je prends en respectant dans l’exil la confiance que le peuple congolais a mise en son chef. Il y a dans le monde du XXe siècle, pour le malheur de l’humanité, une idéologie destructrice – je cite Mao Tsé-toung –  » à sacrifier la moitié de l’humanité pour assurer le triomphe du léninisme ». Pour ma part, je ne composerai jamais avec les propagateurs de telles théories; Africain, je sais par le malheur dans lequel est tombé mon peuple que c’est le continent noir qui a été choisi par la puissance chinoise pour faire basculer le monde. » (J’accuse la Chine P.22)

Dans ces conditions, la grâce de Dieu est, observe au final le prophète-abbé, nécessaire à l’homme politique que je suis et qui demeure persuadé que l’œuvre de bonté s’accomplit en dépit des faiblesses humaines, non pas malgré des épreuves et des larmes, mais par des épreuves et des larmes. Telle fut et demeure, conclut-il, ma ligne de conduite et s’il s’est trouvé des âmes assez courageuses pour m’aider…et si le petit peuple congolais espère dans le symbole que je représente, c’est par ce qu’il sait bien, dans cette lutte de l’étoile contre la croix, que je ferai tout pour l’arracher à son tragique destin. (J’accuse la Chine P.23)

C’est dire que l’homme politique abbé Fulbert YOULOU reste sans doute le plus grand dirigeant que le Congo-Brazzaville ait connu et un des meilleurs du continent africain. Avec lui, la politique retrouve toute sa noblesse du respect de l’être et de son intégrité. Si celle-ci peut être définie comme étant l’art de pouvoir administrer ou gérer les biens publics sur la base d’un programme donné et d’un mandat électivement confié par le peuple à ces représentants, avec l’abbé YOULOU, elle devient en plus de cela l’art d’anticipation consistant en « une prise décisionnelle et orientative » pour mieux se pourvoir, peut-on dire, dans le concert des nations.

C’est ce qu’on appelle, entre autres, le YOULISME qui, en l’espèce consiste en un certain art d’anticipation dans la gestion sainement nationale des affaires. Il découle d’une prise de conscience qui se matérialise par l’adoption d’un certain nombre de mesures sur les plans social, politique, économique, spirituel et moral et qui tendent par conséquent vers un  » mieux être » ou un  » mieux vivre  » voire un lendemain meilleur.

WE NA MESO KA MONE, WE NA MAKUTU KA WE, WE NA NGANGU KA SE, que celui qui a des yeux puisse bien voir, des oreilles qu’il entende avec justesse et qu’enfin l’Homme sage puisse appliquer sa science à bon escient.

NZAMBI WA BONGA WA SA
EE NKASUKULU EE TSIA, A BON ENTENDEUR SALUT !

RUDY MBEMBA-DYA-BÔ-BENAZO-MBANZULU (TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour

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