Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Le Muuntu et sa conscience linguistico-spirituelle face à la mort

Classé dans : Non classé — 12 février, 2013 @ 8:37

 

Le Muuntu et sa conscience linguistico-spirituelle face à la mort kongo9

 

 

 

 

 

 

Quelle que soit l’explication qu’on peut donner sur la ou les causes ayant entrainé la mort d’une personne, celle-ci demeure toujours une énigme pour l’homme Koòngo ou les Bantous en général.

La mort n’est point définie par le Muùntu’a Koòngo comme étant un arrêt fonctionnel du principe vital ou comme une absence totale de vie de la personne en cause. Elle est, bien au contraire vie, certes une autre forme de vie mais qui, toutefois est complètement sous la gouvernance de Dieu lui-même NzaMbi MpuNgu.

C’est sous cet angle, que la terminologie de la question de la mort revêt une importance considérable. Elle est, peut-on dire, révélatrice puisqu’elle révèle, entre autres, l’âme profonde des croyances sur l’au-delà de Muùntu’a Koòngo.

A titre d’exemple, le corps du défunt est désigné par l’expression mvuùmbi-muuntu. D’emblée, force est de noter que, ce terme dérive du verbe vuùmbila/vuùmbika qui veut dire courber, pencher, incliner, plier voire envelopper. Il s’agit là d’une terminologie qui tend à décrire les différentes étapes d’entretien du corps du défunt avant son dernier grand voyage. C’est ainsi que son corps sera vêtu d’une certaine manière donnée avant d’être courbé dans le cercueil à l’effet de le faire reposer définitivement en paix en l’enterrant.

Outre cette signification d’entretien du corps du défunt, le mot mvuùmbi est la traduction même de la pensée profonde du Muùntu ou de l’homme Koòngo sur le phénomène de la mort. En effet, ce dernier définit la mort comme étant une manifestation de l’appel du temps sur l’être, donc de Dieu lui-même NzaMbi MpuNgu . En réalité le terme mvuùmbi comporte deux vocables à savoir :

MVU = temps, période, saison   ; MBI (de MBILA) = appel, convocation

Ceci dit, étymologiquement parlant le mot mvuùmbi décrit la manifestation de l’appel du temps sur la personne de l’être ou du Muùntu du fait de son âge, en l’occurrence de sa vieillesse. C’est à ce titre que, longtemps durant, l’homme Koòngo ne pouvait concevoir la mort trop précoce de son semblable ou de lui-même. Une telle mort étant considérée autrefois par lui comme étant une manœuvre de ceux qui ont le mauvais œil, les Ndoki, c’est-à-dire les sorciers.

A ce propos, le père Van Wing rapporte :

« Les maladies ne sont pas considérées comme des faits ayant une explication dans le cours normal de l’action et de la réaction des causes naturelles. Toute maladie jusqu’à preuve du contraire est due à l’action directe ou indirecte du ndoki = sorcier ou d’un mauvais esprit. Quand la preuve du contraire a été faite, alors une seule cause est entrée en jeu. NzaMbi MpuNgu. « NzaMbi MpuNgu lui-même a appelé l’homme ». Il l’a fait mourir. A cela il n’y a rien à dire, il n’y a pas de remèdes ni d’armes contre NzaMbi. » (Van Wing in «  Etudes Bakongo Sociologie-Religion et Magie 2iè édition 1959 Desclée de Brouwer P.231.)

Selon qu’il ait été bon ou mauvais, une fois mort, l’être devient un Kiìba, c’est-à-dire un esprit bienfaisant voire un Kuùlu ou un mu-kuyu, c’est-à-dire un esprit errant.

Ici, une fois de plus, la terminologie Koòngo ou bantoue face à la mort est fort évocatrice. Tout d’abord le mot Kiìba signifie couvercle, en l’occurrence d’une marmite. Au pluriel, ce mot donne Biìba. Ainsi par analogie à cet ustensile qui sert de couverture d’une marmite, les esprits des bons ancêtres ayant été justes devant Dieu NzaMbi MpuNgu servent aussi de couverture, de protection donc d’esprits gardiens voire d’esprits bienfaisants vis-à-vis des vivants. Ce sont ces esprits qui, selon Placide Tempels contribuent au renforcement de la force vitale des clans ou Ma-kaànda. Ce sont les ancêtres qui assurent la propagation du clan d’où, entre autres, leur appellation de Mbuùla (ou Mbu-wula).

Ici, le vocable de Mbu exprime toute idée d’aide et de soutien sous forme de délices des esprits bienfaisants que sont les Biìba sur les vivants. Quant au vocable de wula, il décrit la nature même d’aide et de soutien qui se traduit par le souffle ou la force vitale que les Biìba attribuent aux vivants.

Ainsi par leur bonté, depuis l’au-delà, les Biìba ou Mbuùla éjectent le souffle divin ou procèdent au renforcement de la force vitale du clan ou kaànda. C’est à ce titre qu’ils sont aussi appelés Kuùlu ou Ba-Kuùlu, du verbe Kuùla qui veut dire grandir, germer, croître. On les appelle ainsi par ce qu’ils ont été justes et bons sur terre ayant, à ce titre été élevés au rang des esprits bienfaisants des ancêtres.

Quant au mauvais défunt qui n’est connu que de Dieu NzaMbi MpuNgu lui-même, il est censé porter dans l’au-delà l’habit de l’errance, c’est-à-dire celui de mu-kuyu lequel mot dérive du verbe ku-yuùnga ou ku-ya qui exprime l’idée de feu destructeur, de déchéance et d’errance.

Par ailleurs, quand le mort est enterré, l’homme Koòngo considère qu’à ce stade, le défunt se met corrélativement dans une situation de voyage de non retour à la vie charnelle ou humaine d’où la signification étymologique de l’expression « Ngwala yaya wele ku bi-tsiìnda », le défunt s’en est allé au pays du non retour.

Ici, le vocable de Tsiì désigne le pays, le nouvel espace existentiel de l’esprit du défunt. Associé au mot bi, il entend simplement exprimer le pluriel du mot Tsiì. Quant au vocable de Nda, il traduit l’idée d’éloignement, de distance donc du pays de non retour.

Il arrive parfois que l’on puisse employer le mot Mbaànza à la place de Bitsiìnda. Dans ce cas, le pays de non retour revêt une toute autre signification qui est celle de la cité céleste. Mbaànza évoquant, dans le cas d’espèce, et ce, étymologiquement, les profondeurs de l’univers auxquelles l’esprit du défunt va dorénavant être plongé à savoir : la cité céleste .

C’est ainsi que la mort est, pour l’homme Koòngo, un véritable  voyage énigmatique qui, d’une part se caractérise par un arrêt du fonctionnement biologique ou physiologique de l’être et qui, d’autre part s’effectue par le départ du corps spirituel ou astral de l’enveloppe physique de l’être pour se transporter en un lieu qui est de nature métaphysique.

C’est, somme toute, une transportation de son âme dans un autre espace vital existentiellement invisible qui, toutefois est sous la complète gouvernance du Dieu suprême NzaMbi MpuNgu.

Pour l’homme Koòngo, la question de la mort relève du domaine ou de la science de NzaMbi MpuNgu lui-même et qui, à ce titre nécessite de la part du Muùntu une considération digne du respect que l’on doit au mort.

D’où, entre autres, la portée étymologique du mot ki-vwaàndu, signifiant veillée mortuaire qui, longtemps durant était, chez les Koòngo non seulement une occasion pour rendre un dernier hommage au défunt mais également celle de rencontre, de partage, de règlement de conflits pour une bonne harmonie des relations claniques ou familiales et ce, dans l’intérêt tant du défunt que des vivants.

Ici, force est de relever que le mot ki-vwaàndu comporte deux vocables à savoir :

VWA = possession ; NDU ou KU-NDU = science ; savoir ; connaissance ; dignité (c’est au nom du principe de la dignité qu’on emploie l’expression « mama, tata suùmba kundu, c’est-à-dire un tel fait preuve de sagesse ou d’habileté en cas de difficultés nées à l’occasion par exemple du partage des biens du DE CUJUS ou défunt qui, chez les Koòngo autrefois était une affaire gravissime.)

Ceci dit, ki-vwaàndu, extension de vwaànda (synonyme de zaàkala) qui décrit le fait de s’asseoir est certes le verbe qui, chez les Koòngo désigne le repos qui, en l’espèce donne lieu à la tenue d’une veillée mortuaire mais également celui qui tend à exprimer le comportement de profonde considération que les vivants doivent avoir vis-à-vis du défunt.

C’est ainsi que l’ambiance de fête, de désordre ou de toutes sortes de mépris qui règne à l’heure actuelle dans les veillées mortuaires dans le Congo actuel, était jadis, considérée comme un sacrilège ou un crime de lèse majesté.
Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (alias Tata N’DWENGA)

Kimpa Vita et le Mouvement national de la Résistance

Classé dans : Non classé — 8 janvier, 2013 @ 1:02

Kimpa Vita et le Mouvement national de la Résistance de « Mwinda Wa Koongo » ou de « Ntangu Yi fweni »

La guerre d’Ambwila de 1665 marque un tournant dans l’histoire du pays du roi, le Koongo dya Ntotela, c’est-à-dire l’ancien royaume du Congo. C’est à partir de cette période que le Kongo, du fait de la perte de sa noblesse et de sa caste dirigeante ayant corrélativement eu un impact sur l’autorité étatique, connaîtra une gouvernance quelque peu anarchique.

Le Koongo devient, en quelque sorte,  » un espace géographique habité par des populations inorganisées ».

Kimpa Vita et le Mouvement national de la Résistance kimpavita2Une des conséquences majeures de ce déclin est que le royaume passe de six provinces au XVIIème à vingt-deux au milieu du XVIIIème siècle.

L’unité du royaume étant brisée, c’est la diversité dorénavant des prétendants chefs ou rois qui semblera s’imposer et dont le corps électoral sera constitué par les habitants de leurs villages voire des membres de leurs clans.

Dans ce contexte aussi difficile de la vie politico-sociale du Koongo, une lueur d’espoir va naître toutefois avec les prophéties d’une vieille dame, la nommée  » MAMA MAFUTA « . En effet  » MAMA MAFUTA » ou APPOLONIA FOUMARIA de son nom de baptême est, peut-on dire la conscience même de « mwinda wa kongo », celle de restauration et d’édification de la conscience de libération de l’être ou du Muuntu.

 » MAMA MAFUTA  » est, de facto, une « porte-parole » de « mwinda wa kongo », c’est-à-dire, de cette conscience congolaise de libération de l’être et d’information sur le devenir socio-politique de son pays qu’il convient d’édifier perpétuellement et raisonnablement.

C’est dire que  » MAMA MAFUTA  » est, dans une certaine mesure, une expression d’édification perpétuelle du corps social et de la personne humaine, par le discours de libération qu’elle tient, ici et là, dans les localités centrales de Koongo Dya Ntotela.

A son sujet, les chroniqueurs témoins de l’œuvre de  » MAMA MAFUTA  » rapportent qu’elle opère des guérisons miraculeuses. Prophétesse, entre autres, elle combat les fétiches et les autres pratiques magiques.

Beaucoup de gens accouraient vers elle, écrit Martial SINDA et même la reine avait foi en ses prophéties lorsque MAFUTA proclamait que le mont Kibangou serait anéanti par le feu si les Congolais persistaient dans leur refus d’embrasser le message de la libération. Les missionnaires cherchèrent à l’arrêter, mais le roi et la reine, qui croyaient beaucoup en ses prophéties, continuèrent à la protéger contre l’inquisition.

Annonciatrice de KIMPA VITA,  » MAMA MAFUTA  » invitera très vivement le peuple Koongo à être sur son chemin puisqu’elle réunissait en elle toutes ces qualités requises pour porter le flambeau de « mwinda wa kongo« , c’est-à-dire, celui de la flamme de restauration et d’édification de la conscience nationale du développement et de l’épanouissement existentiel du Muuntu’a koongo.

Âgée d’à peine 22 ans KIMPA VITA ou DONA BEATRICE de son nom de baptême fut, avec la complicité des missionnaires capucins, brûlée vive comme Jeanne d’Arc la lorraine à Mbanza Evuluvulu le 2 juillet 1702.

Sur tous les plans, l’œuvre de KIMPA VITA s’avère être spectaculaire. En dépit des contraintes qu’elle rencontre sur son chemin venant de ses adversaires, les missionnaires capucins, son œuvre obtient l’adhésion d’un grand nombre de ses compatriotes.

Ayant conquis le roi et la reine à son parti, elle fit propager dans le pays, écrit Martial SINDA, la nouvelle religion qu’elle venait de fonder avec le concours de Saint Antoine…Comme Saint Antoine, Dona Béatrice commença à opérer les miracles. A San Salvador où elle prêche par ailleurs, Dona Béatrice est vénérée par les notables du royaumes. Des malades guérissent.

kimpavitaDans le même ordre d’idées, Georges BALANDIER souligne que  » cette ascension rapide s’explique par la certitude largement partagée, que le Dieu chrétien répond enfin à la longue attente angoissée des gens de Kongo. Dona Béatrice est son envoyée ; elle participe à sa puissance ; elle commande à la nature…elle permet aux Ba-Kongo d’avoir  » leurs saints » c’est-à-dire, les interprètes d’un christianisme remodelé et africanisé. Elle annonce des temps nouveaux. »

En d’autres termes, l’action de Kimpa Vita est, peut-on dire, celle de  » mwinda wa kongo « , c’est -à-dire, celui du refus d’une négation des valeurs sociales, morales, politiques et religieuses qui définissent une nation ou un peuple et, dans le cas d’espèce, celles ayant grandement, par le passé, contribué au développement de Koongo.

Dans cette optique, les adversités, les obstacles rencontrés dans le cadre d’une lutte de libération ne sont nullement perçus comme une cause d’abandon. Bien au contraire, ils deviennent une source de stimulation pour aller de l’avant et, de ce fait, une occasion précieuse d’une prise de conscience de ce, à quoi on aspire et du sens véritable de ce qu’on est ou de ce qu’on représente.

En somme,  » mwinda wa kongo  » est, à la fois, un éveil spirituel et ou une prise de conscience des maux de tous genres qui minent la raison même de l’être ou du Muuntu. Il s’agit globalement des maux qui nuisent à son épanouissement voire à son bien-être et qui, par tous moyens doivent être combattus. C’est l’expression même d’une conscience humaine, sociale, politique et spirituelle qui, par le passé s’est exprimée dans la société Koongo, à travers ses filles et fils que sont :

KASOLA, MAFUTA, NDONA KIMPA VITA, BUETA MBONGO, KIMBANGU, MPADI, MATSUA ETC.

Bonne et heureuse année au journal des démocrates Congolais « Mwinda » et que l’année nouvelle 2013 lui soit agréable et qu’elle lui apparaisse comme étant celle de l’espérance voire du maintien même de sa raison d’être.

Alors vive Mwinda !

TAATA N’DWENGA

Indépendance du Congo: Fulbert Youlou et la place de Dieu et de la religion dans la nation

Classé dans : Non classé — 4 janvier, 2013 @ 8:29

Indépendance du Congo: Fulbert Youlou et la place de Dieu et de la religion dans la nation
La place de Dieu et de la religion dans le concert des nations africaines dites indépendantes d’après la vision de l’abbé Fulbert Youlou.

L’abbé Fulbert YOULOU est un des rares hommes politiques africains dont la vision était quelque peu apocalyptique. De confession chrétienne mais toutefois traditionnaliste et fort attaché aux principes et usages de l’Afrique précoloniale, l’abbé Fulbert YOULOU, clamera sans cesse sa foi en Dieu et son sentiment anti-communiste. Anti-communiste et je le serai toute ma vie répétait-il le plus souvent. Il ne croyait nullement aux mouvements dits révolutionnaires qu’il qualifiait de trop violents pour l’Afrique avec leur incapacité à pouvoir transformer en bien la vie des citoyens Congolais ou Africains.

D’après l’analyse politique de l’abbé Fulbert YOULOU, le socialisme africain ne pouvait réussir nulle part, car il ne correspond pas à la nature africaine. Chercher à vouloir résoudre les problèmes africains en fonction des concepts occidentaux socialo-communistes était selon le père-abbé, l’expression même d’une pensée humaniste, généreuse et naïve oubliant par exemple qu’au Kasaï (Congo démocratique) le paysan est encore comme l’homme des premiers âges et que pour lui, la récolte du manioc a plus d’importance que « l’aliénation sociale » chère à MARX ou le socialisme scientifique cher à K’KRUMAH (Abbé Fulbert YOULOU in « J’accuse la Chine » aux éditions la table ronde 1966 P.36.)

L’abbé Fulbert YOULOU sera cependant favorable à une franche collaboration basée sur des principes de justice sociale et d’équité entre l’Occident chrétien et l’Afrique noire nouvellement indépendante. Cette Afrique noire désireuse ou soucieuse de vouloir affirmer sa vocation, sa culture, ses coutumes et sa fécondité d’invention (Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu in « Plaidoirie pour l’abbé Fulbert YOULOU » aux éditions l’Harmattan 2009 P.34.).

Discours du 24 novembre 1959 qui conduit le Congo à l’indépendance
Sur la question d’indépendance du Congo-Brazzaville, l’abbé Louis BADILA, tout comme l’abbé Fulbert YOULOU y posera judicieusement des limites en déclarant solennellement que : « Mais la souveraineté internationale à laquelle va accéder sous peu notre Congo, si elle est un droit réel, n’est cependant pas un droit absolu, et partant, ne doit donner lieu aux abus et excès. Le principe des nationalités est limité par le bien commun de la collectivité et de l’humanité toute entière. Le système du droit des nationalités formulé d’une manière absolue risque d’aboutir à de tristes conséquences. Les Etats comme les individus sont soumis à la même loi de charité contenue dans l’Evangile. Et c’est ici que se fonde l’intervention de l’Eglise en matière politique, non pas en des questions techniques pour lesquelles elle n’a ni mission ni compétence, mais celles qui engagent la foi et les mœurs. Le devoir de l’Eglise est d’interpréter les droits de Dieu et de veiller à leur sauvegarde en toute activité soit d’ordre politique, social, économique ou religieux. Je m’explique : l’Eglise n’a pas à minimiser l’autonomie et les droits de l’Etat, société parfaite en son ordre, mais bien à assurer la finalité dernière, à savoir le service de la personne humaine créée pour une destinée précise : la gloire de Dieu. » (Abbé Adolphe TSIAKAKA in « L’Abbé Fulbert YOULOU  la mémoire oubliée du Congo-Brazzaville Auteur autoédité 2009 P.109.).

En tout état de cause pour le youlisme : « La distinction entre l’Eglise, société spirituelle, et l’Etat, société temporelle, et la liaison nécessaire qui doit exister entre ces deux ordres, est bien énoncée par le célèbre : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ». Les conséquences sont donc les suivantes : autonomie de l’Etat dans son ordre, mais autonomie limitée par les droits de Dieu et de l’homme, neutralité de l’Eglise dans les questions de partis ou de régimes, interdiction d’inféoder l’Eglise à une nation. » (Abbé Adolphe TSIAKAKA ibidem).

C’est ni plus ni moins une affirmation du principe même de laïcité qui, en l’espèce est finement et habilement énoncé par le youlisme en prônant à la fois la séparation de l’Eglise et de l’Etat tout en définissant les prérogatives de chacun des deux ordres qui, au final doivent concourir à la promotion du bien-être des citoyens.

Si donc l’Eglise intervient, c’est, d’après le youlisme, pour rendre meilleurs et plus heureux les hommes, pour tourner vers Dieu et les aider à réaliser leur destinée. L’Eglise intervient, conclut-il, pour rappeler les droits et les devoirs des individus et des collectivités. (Abbé Adolphe TSIAKAKA ibidem).

Cependant le principe de laïcité tel qu’il est défini par l’abbé Fulbert YOULOU répond dans une certaine mesure aux croyances de l’Homme africain qui est naturellement croyant et fort attaché à ses coutumes et terres de ses ancêtres.

Aussi, selon le youlisme, « On ne saurait éliminer de la vie politique et sociale la religion sans glisser à l’anarchie. Mon cœur de prêtre de Congolais ne saurait supporter de voir le laïcisme s’installer dans notre Congo. Le laïcisme, c’est la négation d’un Dieu Maître du monde. Supprimer ? Mais alors sur quelle réalité allez-vous asseoir la notion de droit, de justice et de liberté. S’il n’y a pas d’Absolu ? Comment admettre un absolu dans l’homme. Il est donc du devoir de notre Etat de reconnaître sur lui la souveraineté absolue de Dieu, car : « Qui s’appuie sur Yahvé ressemble au Mont Sion : Rien ne l’ébranle, il est stable pour toujours». (Ps. 121, 1) (Abbé Adolphe TSIAKAKA P.110.).

Quoique l’argumentation soit chrétienne, n’empêche qu’elle est en parfaite harmonie avec la philosophie des populations Bantoues qui reconnaît en son sein l’existence d’un Dieu dénommé NZAMBI MPUNGU, qui, théologiquement parlant est défini comme étant l’AUTORITE SUPRÊME ou LA CONNAISSANCE ABSOLUE. Cette CONNAISSANCE ABSOLUE à laquelle le Muuntu se tourne pour sa raison d’être et celle de son semblable à l’effet d’un mieux vivre ensemble. Celui-ci n’étant possible que par la reconnaissance tant de l’Etat que de l’Eglise des droits de Dieu et de l’Homme pour son développement INTEGRAL.

C’est dire que sans aucune reconnaissance des droits de l’Homme et du Citoyen aucune organisation étatique, aussi légale soit-elle, ne peut recourir naturellement à la légitimité populaire qui, à son tour est l’expression même d’une adhésion du peuple.

En somme, l’ETAT doit être dans une certaine mesure comme le prône le muntuïsme politique le garant des principes du droit divin qui consacre en son sein la raison même du droit naturel des personnes et de ses corollaires que sont : la justice, l’équité, le développement intégral et la paix.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (TAATA NDWENGA)

DE L’INTERDIT OU DU PRINCIPE DE L’EDUCATION CHEZ LES KOÔNGO : LE MÙ-LÒNGO OU N’LÒNGO

Classé dans : Non classé — 3 janvier, 2013 @ 11:34


DE L’INTERDIT OU DU PRINCIPE DE L’EDUCATION CHEZ LES KOÔNGO : LE MÙ-LÒNGO OU N’LÒNGO moyens-de-communications-traditionnels-zone-rurale-koongo8

 

De tout temps, chaque société humaine a toujours disposé des moyens ou modes d’initiation de la jeunesse pour la former, la modeler, somme toute, pour mieux l’éduquer. C’est sous cet angle que l’éducation apparaît en effet comme une technique, à la fois humaine et sociale, de formation, de développement et de préparation de la jeunesse à la vie adulte.

Si l’éducation est cette science ayant pour objet de former l’être ou le futur mùuntu par diverses techniques qui en sont la source, force est toutefois de remarquer que, certaines d’entre elles portent sur la notion même de l’interdit.

L’interdit en matière d’éducation chez les Koôngo est appelé le mù-lòngo ou n’lòngo.

A dire vrai, le mot n’lòngo n’est autre qu’un dérivé du verbe lònga ou lòngoka qui veut dire enseigner, instruire, étudier, examiner, éduquer etc.

C’est dire que ce mot, en l’espèce, n’est pas pris dans son acception qui équivaut à la volonté d’un homme et d’une femme qui s’engagent à vivre ensemble par le biais du mariage.

Ici, le n’lòngo est ordre, force de loi ou tsieno tendant à orienter le comportement social des êtres.

En effet en vertu de ce principe de n’lòngo l’enfant, quel qu’il soit, est astreint à son respect. Ce faisant, il lui est interdit de faire certaines choses ou de tenir telle ou telle autre attitude face à certaines situations ou circonstances.

L’interdit ou le n’lòngo devient, en ce cas d’espèce, la manifestation même du principe du non dit sans que cela soit clairement expliqué à l’enfant.

Par exemple, autrefois, il était interdit aux enfants d’uriner dans de l’eau. La violation de ce tabou ou n’lòngo est de nature, d’après les anciens à provoquer la colère de Wamba, le dieu des eaux ou qui vit sous l’eau. Partout où il se trouve l’enfant se doit ou est contraint de respecter cet interdit.

Dans le cas de violation d’un tel tabou, l’enfant ou la personne qui a uriné dans un ruisseau doit réciter la prière suivante :

 

«  Kinzienina, kinzienina,

Kamenako nsisidibo,

Ya wamba sidibo,

Baka ya wamba

We ku ntsia mamba ;

Dzubu “

 

En même temps que l’homme prononce cette prière, il tape du doit la surface de l’eau.

 

Traduction française :

 

Kinzienina : espèce de maladie vénérienne qui ronge le bout de l’appareil sexuel de l’homme.

 

« Kinzienina, kinzienina,

Ce n’est pas moi qui ai uriné dans l’eau.

C’est Wamba qui a souillé l’eau (ya : diminutif de yaya : frère ),

Attrape ya Wamba qui vit dans l’eau.

Dzubu (qu’il en soit ainsi)

(Pascal Makambila in « Croyances et pratiques magiques des Kongo-Lari de la République populaire du Congo : « Kindoki » Thèse Bordeaux 1976 P.121.)

 

Dans le même ordre d’idées, autrefois, il était interdit aux enfants de se rassembler le jour pour se raconter des fables ou légendes. Il s’agissait là pour eux, considère-t-on, d’une attitude gravissime de nature même à causer la perte d’un être qui leur est cher comme un parent direct. Aussi il leur était interdit de se comporter de la sorte et l’idéal étant d’accompagner les anciens dans leurs tâches quotidiennes.

Aussi banale que la lecture de ces récits peut paraître, n’empêche qu’ils avaient autrefois pour objet d’éduquer, de former les enfants en leur inculquant le principe de n’lòngo ou d’interdit voire du non dit.

Ainsi dans le premier récit, le n’lòngo ou l’interdit consistant à l’enfant ou aux enfants de ne pas uriner dans un ruisseau ou une rivière avait pour objet de leur inculquer la notion de respect et surtout d’hygiène de l’eau qui, chez les Koôngo tout comme dans la quasi-totalité des peuples bantous constitue le principe même de vie.

C’était une manière d’apprendre aux enfants l’importance et la tenue hygiénique des eaux comme celles des ruisseaux ou rivières  et qui outre le fait de s’y baigner pouvaient aussi servir d’eau potable.

Ainsi, par le jeu de l’interdit ou n’lòngo l’enfant est, sans le savoir, mis hors de danger dans l’usage des eaux qu’il aura par exemple lui-même polluer par ses propres urines ou par son inconscience.

Ici, le n’lòngo relève du domaine de l’hygiène, de la santé et de la salubrité. C’est en grandissant que l’enfant saura lui-même la profondeur du non dit de l’interdit et qui, en l’espèce a pour objet de le prévenir des méfaits de ses propres manquements ou insouciances. Il est un mùuntu en perpétuel devenir qui, à ce titre doit être conscient de ce qu’il est, entre autres, c’est-à-dire, un être biologique obéissant à ce titre à certains principes de vie et des éléments du nza ou univers qui l’entourent.

Dans le second récit, c’est implicitement la lutte par les anciens contre la paresse, l’inertie, l’oisiveté dont les enfants pouvaient faire preuve. Un groupement sans but réel des enfants en plein jour était jugé comme étant la porte ouverte à la passivité ou à l’inertie voire à la vie facile et donc à l’émergence d’une délinquance juvénile.

D’où la nécessité de les occuper, d’une manière ou d’une autre, à l’effet de favoriser par l’apprentissage ou le travail leur insertion sociale.

C’est dans cette optique que le vénéré cardinal Emile BIAYENDA rapporte que :

« C’était dans la société traditionnelle la méthode utilisée pour l’éducation et la préparation des jeunes, bref de l’homme pour son intégration dans la communautéQuant au mode d’initiation dans n’importe quel domaine, c’est non par des discours et des théories que l’on procède, mais par l’exercice de ce que l’on veut faire ou devenir. » (Abbé Emile BIAYENDA in « Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville » Thèse Lyon 1968 P.112.).

Dans le même ordre d’idées, Theodulos Auguste KOUNKOU-KUE relève dans son remarquable ouvrage portant sur le TSIKULU retour aux sources pour l’interculturel harmonieux  (Auto-éditeur, 2012-Paris Page 53.) que :

« Le respect des interdits dans tous les domaines de la vie est capital. Les rites n’ont pas forcément une interprétation rationnelle, mais de leur respect ou non peut dépendre la vie humaine. ».

En somme, le n’lòngo est aussi une technique d’initiation du mùuntu voire une élévation de son être à la dimension du sens de ses responsabilités et de son devenir existentiel. C’est le principe du non dit de l’interdit qui, autrefois faisait partie des modalités éducatives de la jeunesse dans la société Koôngo. Son objet principal étant celui de prévenir la jeunesse des méfaits ou conséquences de ses actes inconscients.

BENAZO-MBANZULU LE PHILOSOPHE DE MBANZA KOÔNGO (MBUTA N’DWENGA)

 

 

 

 

L’ABBÉ FULBERT YOULOU ET SA CONCEPTION « MUNTUISTE » DU POUVOIR

Classé dans : Non classé — 30 décembre, 2012 @ 10:00

Le bref passage du président Fulbert Youlou au pouvoir reste au regard de sa personne et de son projet politique inachevé, le souvenir d’un divin politicien et visionnaire incontesté. Cet homme atypique est resté avec son traditionnel robe blanche le messager de la parole dans un univers cynique et inhumain de la politique. Un conciliateur de deux mondes antagonistes dont les idées et les valeurs sont dissemblables: la religion et la politique. Un président aux idéaux nobles qui avec la foi voulait donner à la raison une place de vérité dans sa conception et vision lumineuse de l’unité entre les tribus fraternelles. Mu par l’intérêt général, évinçant l’égotisme euphorique, le président Fulbert Youlou demeuré l’Abbé durant ses hautes fonctions continua à défendre « l’âme de l’identité nationale africaine » et ses particularismes rayonnants. Ces vertus enracinées dans les terres conviviales traditionnelles africaines pour édifier une société libre et prospère. Bien loin des sirènes trompeuses du socialisme triomphant d’alors. Par Serge antoine Ikonga, Euloge Samba et Celine kambou-Tchikaya.

 

L’ABBÉ FULBERT YOULOU ET SA CONCEPTION « MUNTUISTE » DU POUVOIR monument-de-l-abee-fulbert-youlou-a-brazzaville
Monument de l’Abbé Fulbert Youlou à Brazzaville.


UNE VISION DIVINE ET CONSTRUCTIVE DE LA POLITIQUE :

Le président Abbé Fulbert Youlou durant son mandat est hanté par les dieux de l’univers qui le poursuivaient sans fin. Inspiré par le double pacifique, l’homme d’Etat aborde la profession présidentielle comme un véritable sacerdoce. Une immolation de soi et une mission au service du peuple. Visité par les grands esprits africains, il façonne une vision constructive de la politique sur les bases de l’équité, de la tolérance, de la justice, de la fraternité, de la solidarité et de travail. A l’instar des ancêtres, il s’évertue à rassembler toutes forces locales pour bâtir une nation intégrale. Ce village global aux inflexions modernes et aux règles communautaires. Ces préceptes moraux puisés dans la bible et dans la vie exemplaire du « Christ sauveur ».

Héritier présomptif des anciens, il mélange la pensée chrétienne occidentale avec les valeurs pérennes africaines. Un politicien déifié est né à la commande d’une nation congolaise indépendante. Il marie la doctrine divine avec ses pensées libérales. Celles de l’homme libre dans un monde libre et sans asservit. Il vante par-dessus tout l’héritage fraternel du « royaume kongo ». L’amour de l’autre dans une société politisée basée sur les principes de l’individualisme outré et des intérêts ethniques galopants. Il exalte les coutumes, les traditions, les spiritualités, les rites et les symboles des aïeux. C’est sur ces singularités que l’homme de dieu va forger son singulier dessein sociétal. Au libéralisme moderne il associe la philosophie du « Muntu » chère aux initiés de la culture et tradition Kongo. Cette doctrine d’essence matérielle, culturelle, scientifique, morale et spirituelle dérivée des notions de l’amour impersonnel et de philanthropie humanitaire. « Muntuiste » convaincu, l’Abbé Youlou crée un parti politique dénommé « UDDIA » sur les socles de l’humanisme et de l’universalisme pluriel, ces symboles éclairants qui fondent la paix, l’harmonie, la concorde et l’entente entre les peuples. Avec ce haut idéal, il va prêcher partout la démocratie chrétienne et le développement social. Et en symbiose avec les patriarches et pères de l’indépendance, Jacques Opangault, Stéphane Tchitchelle, Félix Tchicaya, il édifie un Congo multiracial et indivisible. Ce Congo coloré à l’image de ses tribus unies, libres et fraternelles. Insufflée par les politiques éclairés et animés par un seul combat et seul idéal: l’unité nationale. Cette « règle d’or » qui ouvre à tous les portes de la maison commune et de la cohésion sociale. Celle de l’union entre les différentes composantes politiques: ethniques ou individuelles.

Ainsi, la vision politique de L’Abbé Fulbert Youlou est issue des normes spirituelles et composée des principes du marché et promotion de l’initiative privée. Il fustigeait littéralement l’idéologie rampante du marxisme et la doctrine socialisme rabique. Ces régimes imbus des idées révolutionnaires et rétrogrades qui chloroforment les peuples et le maintien dans la logique de l’asservissement et de la dépendance totale. En rejetant ces modèles importés, il cherchait à construire un modèle libéral à l’Africaine où la primauté de la foi du charbonnier, de l’espérance chrétienne  et  la  vérité animiste seraient les normes principales. Un parfum de « panafricanisme » aux couleurs du « Muntuisme » et aux accents du « Bantouisme » était au cœur de ce chantre de l’humanisme intégral. Un « Matsouanisme » dans l’âme et dans le sang qui exaltait fort l’art noir ou les croyances ancestrales. Et qui diagnostiquait et proposait dans ses écrits des remèdes efficaces pour construire « l’Afrique nouvelle ». Premier Président du Congo, homme de l’église et écrivain prolifique, Fulbert Youlou a laissé à la postérité une étonnante œuvre de porté considérable.

UN PROPHÈTE DES TEMPS MODERNES

L’Abbé Fulbert Youlou est resté incompris par sa propre famille kongo dont il portait le rêve irénique. Chahuté, critiqué et chassé  au pouvoir par ses frères et partisans, il subit le même sort que le Christ dont il était le maître absolu. L’étincelle divine, le président Fulbert Youlou a lu dans la rivière du passé et de l’avenir les péripéties de la vie Congolaise d’aujourd’hui. Une prémonition incontestable d’un homme politique hors du commun que l’histoire africaine n’est jamais connue. Un véritable devin doté d’une extraordinaire vision des choses et des événements futurs. Quel sublime pouvoir ? Quelle aura de mystère venue des dieux? Au regard des prophéties véridiques, il est l’égal des grandes figures historiques qui ont présagé les grands changements et bouleversements mondiaux actuels.

Longtemps enterré par ses détracteurs le Père du développement intégral, renaissant par l’écho de son verbe annonciateur devient par excellence le véritable prophète. Précurseur des préoccupations du moment et infatigable guerrier de la paix, de la lumière dans ce monde de peur, de doute et d’incertitude envahit par la pauvreté, la misère, l’inégalité et l’injustice sociale.

Un président éclaireur qui a donné entre ce monde qui meurt et l’autre naissant une merveilleuse leçon de vie. Celle d’un « Muntu wa tumbu » qui a « dit, vu et vaincu ». Avec les armes de l’humilité, de la douceur, de la compassion et de la non-violence. Pour jeter les bases d’un développement politique, économique et libéral des sociétés africaines sur les valeurs cardinales de sa civilisation propre et millénaire.

UNE DOCTRINE VIVANTE

L’Histoire en jugeant le politique lui donne raison par ses paroles propagées, ses actions concrètes. Et son rêve brisé, et destin foudroyé. Un rêve calciné par l’ignorance d’un peuple victime de ses propres exactions et de l’obscurantisme de ses leaders d’hier. Ces mutins obnubilés par la possession et la « non-redistribution ». Le Père fondateur Fulbert Youlou, une figure emblématique partie de l’autre côté du rivage. Qui a laissé une nation congolaise orpheline de sa philosophie politico-économique et sociale déçue. Et plongée aujourd’hui dans les guerres fratricides et engluée dans une série de crises multiformes sans précédent. Un homme politique qui avait la tête au ciel, les pieds sur terre et une pensée si étincelante et bien en avance de son temps.

Sa doctrine et vision de l’Afrique nouvelle restent d’actualité et demeurent une référence manifeste pour sortir de ce mélasse et marasme sans perspective. Une profonde méditation pour les dirigeants africains actuels. Et pour les « Youlistes » que nous sommes tous frères et sœurs. Ces héritiers du pacte républicain et défenseurs hardis de l’unité nationale. Cette âme de l’identité africaine.

Le royaume du Kongo

Classé dans : Non classé — 14 août, 2012 @ 2:21

 

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Le royaume du kongo portait le feu de la genèse

Sa source originelle éclairait jadis le genre humain

Les us et les coutumes façonnaient le village global

C’était l’ère du verbe d’en haut et des lois indivisibles.

 

Nos ancêtres Kongo tricotaient les histoires éternelles

Ces annales miroitantes léguées aux héritiers présomptifs

Que les rois-soleils gravaient dans la pierre de l’immortalité

Ce burin aiguisé par l’alliance et l’harmonie célestes.

 

Cette mémoire d’hier est engloutie par les imprécateurs

L’hydre impériale a perdu l’épée du pouvoir prééminent

Le royaume du kongo désuni brûle le spectre coruscant

Les peuples aveuglés cherchent les chemins de l’inconnu.

 

Les patriarches légendaires vident les chefferies d’amour

Les huttes de palabres ensablent les voix initiatiques

Les diables dénudés assiègent notre village intégral

L ’Afrique dévoyée s’enlise dans les labyrinthes profanes.

 

Le Roi Kongo et ses principes de gouvernance

Classé dans : Non classé — 13 août, 2012 @ 6:31

 

Le prototype de la société à Etat en Afrique centrale de l’ouest fut, écrit Marcel SORET l’ancien royaume de Kongo. Le roi n’impose plus seulement son pouvoir aux descendants d’un ancêtre connu ou mythique, mais encore à des tribus tout à fait étrangères. Il se crée alors une véritable organisation étatique.(Soret (M) in « Histoire du Congo Brazzaville » Edition Berger-Levrault Paris 1978 P.27.).

En effet l’organisation dans le Congo ancien revêtait une caractéristique étatique consacrant en son sein le principe électif à tous les niveaux de la sphère politico-sociale. D’ailleurs plusieurs documents en font foi.

kongoroiA ce propos, le père VAN WING rapporte que : « le roi des Bakongo était élu par des grands chefs… Les électeurs étaient les grands chefs (les chefs de province). Mais à mesure que ceux-ci se rendent indépendants du pouvoir central, ce sont les chefs des clans ou des villages voisins de San Salvador qui se chargent de l’élection ou de la reconnaissance du candidat.( Van Wing in « Etudes Bakongo magie et religion » 1959 P.39.)

Au début du XIXième siècle le roi GARCIA V (1803-1830) roi du Kongo déclare solennellement dans un courrier du 26 novembre 1813 adressé au roi du Portugal qu’au Kongo le trône royal « est électif par tous les conseillers royaux et tout le peuple du Congo. Ce sont eux qui ont coutume de choisir le prince qui ensuite peut régner sur le trône du Congo… » (Randles « L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIV Paris 19  P.155.)

La grande innovation de la conquête bakongo est, écrit W.G.L RANDLES, le groupement de multiples petits royaumes en un grand Etat centralisé et gouverné par un monarque suprême résidant dans une capitale. (Randles Op.cit P.20).    Le principe de l’élection du roi visait à dégager de la masse une personnalité susceptible de représenter et d’harmoniser en sa personne les aspirations et les vœux de tous les éléments de la communauté. A travers la royauté, dont le roi est le symbole visible, le peuple se découvre, observe à juste titre W.G.L RANDLES, une identité collective et se reconnaît en tant que communauté solidaire et cohérente.

Le héros fondateur de l’ancien Congo est NIMI LUKENI qui en accédant au trône royale change de nom pour porter celui de NTINU WENE. Cette appellation est fort évocatrice car elle exprime et ce, à la fois crainte et révérence des sujets vis-à-vis du pouvoir royal.

NTINU est un dérivé du verbe TINA qui veut dire craindre et qui, en l’espèce n’est autre que la traduction du sentiment populaire dans l’adhésion des principes et coutumes qui définissent les prérogatives royales. C’est ainsi que le Muntinu doit exprimer crainte et respect doublé d’un profond sentiment populaire d‘une reconnaissance dans la personne du roi.

C’est à ce titre qu’il est aussi le NE ou NA KONGO, c’est-à-dire le grand chef ou le justicier suprême.

A dire vrai, le préfixe de NE ou NA est un diminutif du mot WENE qui, lui même dérive du terme WENA et qui exprime toute idée de devenir, de changement ou de transformation de l‘être du fait de l‘acquisition du pouvoir. Il est, somme toute, M’fumu ya nene, c’est-à-dire le chef suprême.    Dans l’idiome de l’ancien Congo, le roi est le M’fumu n’gâta, c’est-à-dire, celui qui rassemble ou qui par son intelligence apporte la tranquillité et la paix.

Nimi Lukeni

lukeniIci le n’gâta est fort évocateur dans la mesure où le mot exprime la forme du verbe intelligible qui finit par être sociale ( le n’gâ indiquant le lieu, l’endroit et le ta le verbe qui, en l’espèce prend la forme sociale).

Avec le n’gâta la parole ou le verbe intelligible prend corps pour revêtir une forme sociale qui n‘est autre que celle d‘un village ou d‘une nation.    C’est dans le même ordre d’idées que le Mfumu n’gâta est assimilé au Nto (rivière)-tela (du verbe ta et qui signifie parler, manifester ou exprimer), cette rivière des eaux parlantes.

Il s’agit là d’une analogie qui tend à montrer que le roi Muntinu ne peut véritablement l’être que par son intelligence et sa sagesse qu’il met au service de son royaume.

C’est ainsi que les Koôngo proclament haut et fort que : Ntu buzitu, Mpu buzitu, ce qui veut dire que le respect et le rayonnement de la couronne dépendent intimement de la personnalité et de la sagesse de l’être qui en est investi.

Le M’fumu n’gâta est le pacificateur, l’unificateur, le justicier, celui qui, par son verbe intelligible contribue à l’expansion et à la renommée de son village.    Le chef d’un « kibelo », c’est-à-dire d’un quartier résidentiel doit aussi comme l’est le M’fumu n’gâta le garant de la paix. Ce mot est un dérivé du verbe Bela qui, en l’espèce traduit le principe social du « vivre ensemble ».

Le « kibelo » ou le « n’gâta » est, peut-on dire, l’affirmation du contrat social par des hommes et des femmes qui s’engagent à vivre en bonne intelligence par l’organisation et le fonctionnement paisible de l’espace environnemental qu’ils occupent.

Ainsi le n’gâta ou kibelo apparaît comme un pacte social né du besoin ou de la nécessité de s’associer ou Bundana dans le but de mieux régler à l’échelle collective les divers problèmes de l’existence qui se posent à l’être ou au Muuntu.

C’est dans cette optique que dans le Kongo-dya-Ntotela ou le Congo ancien la vie en groupe n’est possible et effective que si l’on y consacre le verbe intelligible, celui qui concoure au respect et à la paix des relations humaines.

Chaque roi doit, écrit G.W.L RANDLES, imiter le geste du héros-fondateur et remodeler le monde selon l’exemple inventé par celui-ci… Il appartient à chaque roi de l’imposer de nouveau et de l’assurer pendant la durée de sa vie contre les forces du mal qui le menacent sans cesse…durant sa vie le roi doit représenter la force et la vitalité. Il doit être à la fois un « dieu » et un « homme », non pas un homme ordinaire. Mais un homme d’une perfection exemplaire sur les plans moral, physique et sexuel. (Randles P.29)
Rudy-MBEMBA-DYA-BENAZO-MBANZULU (Alias TAATA NDWENGA)

L’Abbé Alexis SAMBA-DIA-MASSENGO et son excellent livre intitulé « MANDALA »

Classé dans : Non classé — 6 août, 2012 @ 11:32
   
     «Mandala: prières et rites africains des temps en mouvement». Un livre estampillé l’abbé Alexis Samba-Massengo
   L’Abbé Alexis SAMBA-DIA-MASSENGO a eu à publier aux éditions  » la société des écrivains  » en 2010 un ouvrage portant sur les  » Mandala : prières et rites africains des temps en mouvement ».
     Mwinda press a souhaité en savoir plus sur cette publication en se rapprochant de son auteur par la réalisation d’une interview  dont la teneur est la suivante :

1 – Quels objectifs visiez-vous en écrivant ce livre de « prières et rites africains » ?

A travers la publication de mon ouvrage, j’ai voulu en tant que prêtre mettre en lumière la christianité de certaines valeurs spirituelles africaines. Le CHRIST n’est pas une négation, me semble-t-il de toutes nos coutumes et traditions. Par exemple, ce que nous appelons chez nous le Ki-Muntu, ne me paraît pas forcément une négation du message chrétien. Bien au contraire ! Les valeurs de Ki-Muntu telles que les a examinées par exemple, Maître Rudy Mbemba dans son remarquable ouvrage sur le Muntuïsme me semble aller dans le même sens que celui du message chrétien. Le christianisme tout comme le Ki-Muntu aspire au bien être et à la paix des hommes.
Ainsi, les prières et rites contenus dans les Mandala sont pour moi une sorte d’élévation de notre Ki-Muntu au plan chrétien.
2 – Que signifie l’expression « Prières et Rites africains des temps en mouvement » qui
constitue en partie le titre de votre ouvrage ?
Ici l’expression « Prières et rites africains des temps en mouvement » doit être comprise comme une sorte d’aspiration de la raison éternelle du Mu-ntu vers la connaissance de l’inconnu, de son Dieu créateur NZAMBI A MPUNGU. Il s’agit en fait de cette haute espérance du peuple africain vers un lendemain meilleur qui a prévalu par le passé, qui est et qui sera certainement toujours. Ainsi, à travers ce livre, j’ai voulu mettre en lumière une certaine spiritualité ou religiosité de certains principes humains des temps anciens, nouveaux et à venir. Autrement dit, une spiritualité des temps en mouvement.
3 – Pouvez-vous nous expliquer le terme « Mandala » et que symbolise-t-il sur le plan religieux ?
Dans mon ouvrage, le mot « Mandala » ne doit surtout pas être pris dans son acception Boudhiste avec laquelle, il tend à désigner un cercle donné ou un diagramme géométrique dont les couleurs symboliques, les enceintes concentriques, figurent l’univers et souvent de support à la Méditation. Chez nous les Bantous, en l’occurrence les Kongo, le terme Mandala qui n’est en réalité que le pluriel du mot Lu-ndala désigne les palmes ou les palmiers. Cependant, les Mandala, renferment chez nous un symbolisme qui est tout aussi significatif et fondamentalement profond que dans le Boudhisme. Comme le souligne à juste titre TATA N’DWENGA, mon préfacier, le Koôngologue Maître Rudy MBEMBA, en effet depuis les temps les plus immémoriaux de l’histoire des populations africaines de l’aire Bantoue, en particulier Koôngo, les palmes ou palmiers ont toujours été au coeur de leur vie socio-culturelle et socio-spirituelle. Par exemple les palmes sont utilisées tant en matière d’habitation, de mobilier que vestimentaire. Le palmier est apparu très tôt aux yeux des Bantous tout particulièrement chez les Koôngo comme une plante-mère accompagnatrice et une plante-pierre. Il est non seulement présent dans leur environnement le plus immédiat, mais également en tant que matériau indispensable dans l’élaboration et la construction de leurs édifices, voire tout simplement dans leur existence de façon générale.
J’ai la tentation de penser que les palmes représentent chez nous le chemin de l’ilumination de l’être et catholiquement je dirai elles symbolisent la certitude de la résurrection éternelle en nous plaçant dans la vie avec plein d’espoir.
A mon humble avis, c’est sous l’ombre des palmiers que l’Afrique de demain connaîtra, comme du temps des commencements, des jours meilleurs.
4 – A travers ce livre, vous ne cachez pas votre penchant pour un catholicisme africain. Un tel « militantisme » ne vous met-il pas en contradiction avec votre hiérarchie ?
Le catholicisme africain ne peut être qu’une source d’enrichissement pour l’Eglise dans la connaissance des mentalités africaines sur des manières de prier autres que celles qui nous ont été importées. D’ailleurs dans son encyclique Summi Pontificatus du 28 novembre 1939, le pape Pie XII écrivait : « L’Eglise du Christ en fidèle dépositaire de la sagesse divine et en éducatrice des peuples ne peut penser et ne pense pas du tout à entamer ou à mésestimer les caractères particuliers que chaque peuple garde avec la piété jalouse et la légitime fierté que mérite un précieux patrimoine. Le but qu’elle se propose est l’unité surnaturelle de l’amour universel, conscient et mis en pratique, mais non l’uniformité qui reste exlusivement extérieure, superficielle, toujours et souvent affaiblissante. En parfait accord avec le pape Pie XII, je suis pour une Eglise catholique qui doit effectivement oeuvrer pour l’unité surnaturelle de l’amour universel. Dans ces conditions, je ne pense pas être en contradiction avec ma hiérarchie. De plus, lors du sacre du premier évêque congolais Monseigneur Théophile MBEMBA, le vénéré Abbé Fulbert YOULOU premier président du Congo-Brazzaville indépendant déclarait : « L’église, en devenant indigène, nous donne à espérer des lendemains meilleurs. En pénétrant ce monde profane, en façonnant ses structures, en s’assimilant sa pensée et ses principes d’action, l’Eglise peut, sans peine, lui inculquer ses impératifs de l’au-delà….La religion doit s’adapter aux situations profanes pour mieux jouer son rôle civilisateur et faire entendre son message. » C’est cette approche qui me permet de me définir, entre autres comme un prêtre afro-chrétien par ce que je veux rendre accessible le message chrétien dans les milieux profanes en cherchant à comprendre et à assimiler leur mode de pensée. C’est pourquoi, je suis en accord avec le cardinal SUHARD qui de son temps déclarait qu’il ne peut se faire de sérieux travail dans un milieu que par les hommes de ce milieu « Similibus curantur » . Et ce n’est que chose évidente que de dire seuls les prêtres ou pasteurs africains qui peuvent mieux comprendre les spiritualités non chrétiennes de chez nous mais qui, toutefois sont dignes de respect pour l’être humain. Je pense à ce propos à certaines assemblées NGUNZA de chez nous.
5 – Et que dit La Bible sur cette dimension spirituelle ancestrale ou africaine à laquelle vous tenez tant ?
Dans les évangiles, il nous est dit que dans le cadre de leur mission, les apôtres avaient vu une personne chasser les démons sans qu’elle soit des leurs. Les apôtres l’en empêchèrent  et en le rapportant à JESUS, il leur dit de ne pas procéder de la sorte car qui n’est pas contre eux est pour eux.
C’est dire qu’il n’y a aucune raison de bannir chez nous nos coutumes et traditions dans la mesure où elles ne sont guère en contradiction avec la doctrine fondamentale de JÉSUS-CHRIST. Pour moi, JÉSUS-CHRIST est le PRINCIPE MAJEUR de la COMPLÉMENTARITÉ dans la construction, la formation, le développement et l’épanouissement de l’être. Il n’est pas du tout la négation ou le rejet de nos pratiques traditionnelles. Certaines oui ! comme la polygamie mais pas toutes.
6 – Au fond, que peuvent apporter ces valeurs spirituelles africaines à L’Église Catholique dans son ensemble ?
Comme je vous l’ai déjà indiqué précédemment, les valeurs spirituelles africaines ne peuvent constituer qu’une richesse pour l’Eglise catholique dans son ensemble. Elle est universelle, alors la culture des uns et des autres ne peut contribuer que comme l’avait souhaité le pape Pie XII de son temps à son unité surnaturelle de l’amour universel. On évite ainsi l’uniformité qui reste exclusivement extérieure, superficielle, toujours et souvent affaiblissante. Si Dieu est aussi FORCE alors soyons unis dans le CHRIST en dépit de nos différences culturelles.
7 – Plus globalement, L’Église Catholique Africaine a-t-elle un message spécifique à transmettre au monde d’aujourd’hui ?
Le message de l’Eglise catholique africaine au monde d’aujourd’hui ne peut être que fraternel tout en précisant qu’elle ne peut évoluer en méconnaissant les mentalités des populations africaines auxquelles il est adressé. Partout où le CHRIST est passé pour annoncer la bonne nouvelle, il ne s’est guère imposé mais plutôt s’est adapté tout en étant bien évidemment fidèle à sa doctrine fondamentale. Il faut comprendre avant de juger et de condamner.
8 – Chacune des prières de votre livre est placée « sous les auspices » d’un personnage important de l’histoire africaine. Quel en est l’intérêt ?
Il est vrai que chacune des prières est placée « sous les auspices » d’un personnage important de l’histoire africaine. Par ce que les anciens objet de chacune des prières des Mandala sont des modèles chez nous et on les appelle des NGUNZA ou BAKULUNTU. Il s’agit là d’importantes appellations nominales chez nous. Les NGUNZA sont chez nous définis comme étant des femmes et des hommes de lumière qui ont apporté par leurs oeuvres leur pierre à l’édification d’un nouvel ordre social, moral et spirituel garant du respect et de la dignité de l’être et qui, en plus de cela pour ceux que j’ai retenu ont accepté CHRIST comme voie suprême de libération totale de l’être. C’est notamment le cas du vénéré André Grenard MATSOUA, le prophète Simon KIMBANGU ou les martyrs Ougandais comme Charles LWANGA. Quant aux BAKULUNTU, ils sont définis comme étant des modèles dans la structuration et le développement harmonieux de l’être dans le milieu dans lequel il évolue. Tel a été par exemple, le cas du vénéré cardinal Emile Biayenda dont la vie et les circonstances de sa mort poussent vraiment à réfléchir sur le chemin de la sainteté humaine. De facto, il est déjà saint dans notre culture même si le peuple de Dieu au Congo-Brazzaville est toujours en attente de sa béatification.
Au final, les prières ou mandala ont été conçues en ayant tenu compte du vécu des anciens et de leur impact dans la société congolaise.
9 – Vous vous définissez comme étant un « Prêtre Afro-chrétien ». Qu’est-ce que cela change par rapport à un Prêtre de L’ Église tout court ? L’habit ou le costume peuvent-ils constituer des éléments d’identification dans la vie d’un Chrétien?
Je reconnais volontiers que je suis avant tout prêtre avant de revêtir l’habit de prêtre afro-chrétien. Cette définition de prêtre afro-chrétien se justifie bien évidemment par mon désir et la volonté de vivre ma foi en JÉSUS-CHRIST en tenant aussi compte des valeurs spirituelles pré-chrétiennes qui ne sont nullement en contradiction avec le message chrétien ou christique. Par exemple on pourrait réfléchir sur la manière de travailler le vin de palme en lui conférant une coloration rougeâtre à l’effet de symboliser le sang du CHRIST au moment de la célébration eucharistique. A ce que je saches, le vin de palme est certainement la boisson la plus autochtone qui soit chez nous et dommage qu’il ne soit pas l’objet d’une valorisation qu’il mériterait d’ailleurs compte tenu de son importance historique dans les sociétés Bantoues en particulier Koôngo.
C’est en cela que l’habit ou le costume peuvent constituer des éléments d’identification dans la vie d’un Chrétien sans que cela bien évidemment soit discriminatoire ou méprisant vis-à-vis de l’autre.
10 – que pouvez-vous dire à tous ceux croyants ou non ont été un jour déçus devant le silence de Dieu? Ils se posent souvent la question de l’efficacité de la prière….
C’est vrai qu’il est difficile de continuer à prier si bien évidemment on n’a pas les réponses sur des demandes formulées auprès de Dieu. Je pense toutefois qu’avec la foi, cette espérance ou forte croyance en la manifestation de la puissance de Dieu est source de libération. Je veux dire par là qu’avec la foi on peut obtenir des réponses si bien évidemment les demandes sont licites et non égoïstes. Parfois le silence ou l’absence de réponse par Dieu n’est en réalité qu’une traduction de notre ignorance sur les connaissances et savoirs qui doivent nous permettre de se mettre en relation digne et efficace avec Dieu.Si Dieu est bon il convient toutefois de souligner que sa bonté passe par la justice car il est aussi un Dieu de justice, d’amour, de respect et de fidélité.

Aussi, j’exhorte tous les croyants chrétiens ou autres pratiquants d’avoir la foi, de croire surtout que Dieu ne peut être silencieux si nos demandes lui sont formulées intelligemment et justement.
Sur ce je tiens à vous remercier du temps que vous avez bien voulu me consacrer à l’occasion de la publication des Mandala qui, j’espère apporteront une satisfaction spirituelle à mes frères et sœurs qui s’intéressent aussi à la christianité des valeurs africaines. Merci pour tout !
Propos reccueillis par Marc TALANSI
17/05/2010

 

Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu »: Le père fondateur du Muntuïsme pluriel

Classé dans : Non classé — 15 juillet, 2012 @ 3:26
« Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu »: Le père fondateur du Muntuïsme pluriel
Lorsqu’on fait une datation historique le concept (et non le mot) du Muuntu trouve sa genèse dans les vallées des chefs Bantous, en l’occurrence des rois du Royaume Koôngo où les éminents sages de ces temps immémoriaux ont inventé le muuntuïsme. Avec eux cette célébrissime notion sera propulsée sur le devant de la scène et trouvera au milieu des chefferies son ampliation dans les débats houleux et discussions à bâtons rompus. C’est dans ces huttes de palabres incessantes et répétées que les notables d’antan et les Koôngologues anciens ont découvert l’éternel modèle de l’Homme «muuntuïsé». Ou initié dans les cavernes des ancêtres par le verbe d’en haut et les symboles sacrés. En effet, ce sont ces grands «Ngunza» de l’époque, ces mystiques célèbres du royaume Koôngo qui ont insufflé au roi mythique «Nimi a Lukeni » cette expression communément admise pour atteindre l’illumination.

« Alors qui sont ces Ngunza ?

Il s’agit des hommes et des femmes qui sont fondamentalement épris d’un idéal de justice sociale et de paix ou qui sont investis par une haute conscience »( Page. 19).

Fils des lumières, Matsoua André Grenard fut le premier chantre incontesté de cet héritage millénaire qui durant ses nuits profondes en compagnie des sages d’antan était initié aux vertus du Muntuïsme spirituel. Avec Tata Malanda mâ Croix Coma le Muntuïsme détaché des ondes de négativité «Ndoki» devient le Muntuïsme déifié dans sa fusion avec la vision christique. Chez l’Abbé Youlou Fulbert le Muntuïsme intègre la sphère politico-religieuse et s’enrobe de lumière et s’enkyste et se fonde sur ce qu’il appellera lui-même le Muntuïsme humain. Mais avec le bien-aimé Cardinal Emile Biayenda cette Terminologie s’habille d’arcane suprême et s’inspire des livres saints des Evangiles et accouche une nouvelle vision intégrale humaine. C’est le fameux Muntuïsme sacré. A l’instar de la vulgate Vaticane telle qu’elle est professée aujourd’hui par le souverain Pontife Benoit XVI.

L’amorce d’une nouvelle vision

A l’inverse de ces grandes figures historiques Congolaises, l’universitaire Rudy Mbemba se situe dans le prolongement et le droit fil de ce grand mouvement des Ngunza du siècle. Ainsi dans ses travaux pionniers particulièrement de son Mémoire de DEA en 1994 et plus tard en 2000 avec sa thèse de Droit, il posait les jalons de son singulier concept. Mais, tout compte fait, il faut «rendre à césar ce qui appartient à césar»…Car la contribution à la richesse, à l’épanouissement, à la progression de ce concept ancestral est prodigieuse avec Maître Rudy Mbemba à partir de 2006. Est sans conteste et fort manifeste dans son expansion, son amplification aujourd’hui dans l’ère moderne.

Ainsi, en expurgeant le Muntuïsme des pages purement conceptuelles, Rudy Mbemba amorce une rupture épistémologique d’avec ses anciens mentors. Il intègre magistralement les notions d’anthropologie, d’analyse juridique pour féconder la doctrine du Muntuïsme en tant que science à caractère humaniste, social, moral, politique, religieux. Telle est l’essence et la quintessence de l’idéologie du Muntuïsme scientifique chère à Maître et Koôngologue contemporain, Rudy MBEMBA DYA-BÔ-BENAZO-MBANZULU alias Tata N’DWENGA.

C’est cette science de l’unité qui est au cœur même de ce Koôngolgue affirmé qui développe cette pensée à travers ses ouvrages connus tels que: « Le Procès de kimpa Vita : la Jeanne d’Arc congolaise; Le cardinal Emile Biayenda et sa vision du développement intégral du Congo-Brazzaville; Plaidoirie pour l’abbé Fulbert Youlou; Le Muntuïsme-Essai d’un code pénal des sociétés Bantoues; le Muuntu et sa philosophie sociale des nombres ». Elle s’apparente à la vision platonicienne de l’âme qui fait de lui le philosophe contemporain de l’âme Koôngo dans sa pure conception du monde des ancêtres.

Avec lui le concept de l’humanisme intégral de Jacques Maritain est imbibé de spiritualité. Un humanisme théocentrique, tourné vers dieu, l’Homme c’est le Christ. C’est un Muntuïsme défini comme une parcelle doctrinale de la religion du Muuntu, c’est-à-dire de celle de l’Homme qui, par sa philosophie existentielle, aspire à l’état suprême de l’élévation de la nature et de la condition humaine.

Un caractère humain dominant

C’est suivant ce cloisonnement institué par le déterminisme scientifique que Rudy Mbemba va structurer sa pensée Muntuïenne par ces diverses ramifications caractérielles qui cimentent l’arbre du Muuntu. Avec lui le Muuntu est la somme d’être qui doit incarner et symboliser toutes ses valeurs humanistes, morales, sociales, politiques et religieuses. Explicitement il doit porter ces caractères et véhiculer ces vertus au stade suprême de kimuuntu. C’est l’ultime étape d’humanisation élevée de l’âme renaissante que le Muntuïsme dans sa conception et philosophie même cherche à transmettre à travers ses Ngunza.

Mais avec le Muntuïsme scientifique à caractère humaniste, l’auteur met l’accent sur la portée et la considération de l’éducation et la formation pour atteindre le sommet de la pyramide du Muuntu accompli. Le penseur décrit que l’on nait jamais Muuntu mais on le devient. L’initiation commence dès la naissance et s’achève à l’âge adulte. Ainsi dans la pure tradition Koôngo, le chemin initiatique va de Mwana à Mbuta. Cette voie de renaissance, de la régénération et de la sublimation totale que le père fondateur de Muntuïste scientisé conseille vivement dans son livre pour devenir celui qui est.

D’après l’école scientifique et spirituelle de Rudy Mbemba en filiation avec d’autres penseurs de l’âme, le pouvoir formateur de la mère reste primordial pour donner à ses progénitures les germes fécondateurs de son esprit. Tout est pensée…cette force créatrice qui modèle et façonne l’enfant à l’image de la déité. C’est ce travail spirituel que les mères Muntuïstes concevaient avec la procréation sous l’influence cosmique, des dieux de la nature et du monde des aïeux.

Les valeurs sociales et religieuses

Avec Rudy MBemba le Muuntu est être social. C’est la socialisation outrée de l’homme que l’auteur développe dans sa thèse scientifique du Muntuïsme au prisme scintillant des valeurs qui modèle l’humanisme intégral africain. Pour lui : la pièce essentielle du système social du Muuntu reste le Nkânda, c’est-à-dire le clan (page. 60). Il célèbre donc la force des clans dans les villages qui soudent les liens de privautés. C’est cette valeur conviviale traditionnelle qu’il exalte sans fin pour faire du Muuntu attaché aux vertus familiales un être généreux, tolérant et fraternel. Le Mboôngui est alors ces lieux de rassemblement. La vision de l’hospitalité dans le donner et le recevoir que l’être changé heureux manifeste dans son rôle de Mfumu mpu. Mais avant tout la sagesse de Muuntu exige que l’être incarné doit avoir une reconnaissance absolue envers le dieu créateur et une vénération totale au culte des anciens. C’est ce point nodal et sur la loi de solidarité, le respect sans faille de l’intégrité clanique que le Muuntu renaissant magnifique peut atteindre l’équilibre socio-cosmique et naviguer joyeux dans l’océan d’amour universel. La finalité de kimuuntu dans son élément divin transcendant.

C’est un Muntuïste humaniste mais pétri d’intelligence et de sagesse. Que l’écrivain expose dans sa démarche de non rejet de l’altérité….nécessaire pour faire entrer le Kimuuntu dans les dimensions supérieures de l’être sans tête. Cette vision sublime de l’homme qui dans la vacuité bouddhique atteint l’élévation voire l’illumination totale.

A l’instar des Muntuistes spirituels, Rudy Mbemba condamne la sorcellerie et toutes manœuvres ténèbres qui éloignent l’être dans la quête de sa nature véritable. Il adhère aux idéaux nobles de Kundu tels qu’ils sont exaltés par les devanciers et d’autres Muntuïstes chanteurs comme Sammy Massamba qui parlent du fameux Kundu dia mama ou d’autres penseurs qu’évoquent le Kundu dia Mayela. Ainsi il banni dans sa doctrine religieuse du Muntuïsme, le Kindoki ce monde nébuleux du satanisme rampant porteur de malédiction.

Sous l’angle de la religion éclairante, l’auteur enfante dans la lumière des anciens le concept du muntuïsme divinisé. L’être dépouillé des scories ténébreuses et engloutissantes épouse la puissance céleste et s’élève dans l’au delà en continuant à travailler sur terre aux œuvres constructives de Dieu ou Tata Nzambia Mpungu.

Pour atteindre ce paradis, l’être doit suivre le sentier qui mène à la connaissance. Par la voie de sà Mbila. Ainsi sà Mbila selon le Muntuïsme est le chemin qui mène vers la connaissance, c’est-à-dire vers Dieu… » (page.108). Le Muntuïste selon lui doit connaitre, savoir: Zaba ou Zebi pour parvenir à accéder dans le NZamba cet univers global – A titre de rappel, NZamba désigne l’univers global ou Dieu lui-même – (page.108).

En somme, le NZamba dans la conception doctrinale de Maitre Mbemba n’est plus ou moins que cette forêt intérieure de l’homme qu’il doit pénétrer pour devenir lui-même. Cette antériorité incommensurable où l’être déifié navigue sans fin en communiant jour et nuit avec les contrées célestes.

Les vertus morales et politiques

Les postulats de base de la doctrine Muntuïste en tant que science repose sur les valeurs morales. Cette vulgate de l’épanouissement de l’être humain est fondée sur le rejet en bloc de la magie noire. Ces pensées négatives qui ligotent l’homme dans son ascension vers l’au delà supérieur. Dans la recherche du graal l’être pensant doit faire preuve des valeurs morales, religieuses qui améliorent l’âme, des valeurs politiques qui aiguisent l’esprit et les valeurs sociales qui unissent les corps des peuples. C’est l’idéal élevé où ces valeurs morales du Muntuïsme pluriel façonnent le Kimuuntu dans la fusion avec l’âme du monde. En abhorrant la sorcellerie, cette philosophie vante l’amour du prochain, le respect des biens d’autrui et dénonce le scandale de la haine cultivée par les Ndoki. Dans leur antre macabre où ils se nourrissent du sang des frères et de leurs âmes aimantes. Ce faisant, il conseille vivement de faire du travail la valeur fondamentale du Muntuïsme. Car, il libère l’esprit, il contribue au développement et à l’épanouissement de l’être. La tradition ancestrale Koôngo, telle que l’explicite clairement l’auteur, la paresse est à bannir et le travail reste un expédient à l’enrichissement et au perfectionnement moral. Le travail ne serait une corvée. Mais bien un labeur consistant à obéir aux ordres du créateur. Ainsi par l’activité, le Muuntu est lié au Nzambia Mpungu et demeure en syntonie avec lui.

Le caractère politique du Muntuïsme est compris à la lumière du rôle incontesté que joue le Mfumu mpu dans la société orientée par les normes Koôngolaises. Le Muuntu né devient au fil des vies graduées un chef couronné. Un sage qui symbolise l’unité et force le respect et la considération de ses sujets. Il doit faire montre d’une exemplarité totale et d’un comportement irréprochable dans sa vie courante. Appelé à être le garant des principes, ce chef du village dirige le peuple sur le plan moral, économique, social et politique.

Enfin, la philosophie du Muuntu donne à l’écho du verbe son caractère sacré. C’est cette sacralisation de la parole qui est mis en avant par ce chantre du Muntuïsme scientifique dans l’insertion de l’homme dans l’universalisme pluriel. Avec l’arbre sacré le Nsaanda, Rudy Mbemba prône la voie de la connaissance et du savoir. De ce monde et des dieux par l’écoute. On ne peut accéder à la connaissance sans écouter l’autre qui n’est autre que nous-même. Ce faisant, il préconise le dialogue avec le prochain et la tête avec nous-même. C’est le fameux «connais-toi, toi-même» que l’auteur développe en filigrane dans sa vision transcendantale du Muntuïste élevé. Car comme le précise le dicton Koôngo qui énonce très clairement le principe selon lequel : « Yala bwa yala nsanda »: grandis, développe-toi, deviens puissant et de caractère inébranlable comme le n’sanda (page.125).

Conclusion :

Au regard de ce qui vient d’être développé, il importe de souligner que la doctrine Mbembaïenne du Muntuïsme est un tout qui englobe tout, elle est globalité, globalisante et totalité, totalisante. En partant de l’analyse scientifique, il a «Muntuïsé» l’Homme aux multiples vertus. C’est une vision Muntuïste socialisée, politisée, moralisée et divinisée. L’auteur en exhumant les arcanes anciens a inventé une doctrine transcendantale qui restera dans les annales universitaires et historiques. Un bien précieux ouvrage qui condense l’histoire éclatante de notre riche tradition Koôngolaise. Une lumineuse page est ouverte dans les fanums ancestraux, ces «Mboôngui» d’alors où demeurent encore les dédales de connaissances de notre chère Koôngologie(1).

Avec lui, l’humanisme intégral africain repose sur le Muntuïsme « scientisé » et déifié. Un muntuïsme scientifique spiritualisé. Il a réussi un savant mélange entre la science et le sacré sous les prismes scintillants du droit, de la sociologie et de l’anthropologie. Ces rayons qui éclairent et illuminent sa pensée….et élèvent sa doctrine issue du monde archétypique des dieux. Sa philosophie du «Muntuïsme scientisé» enfantée à l’aube du monde contemporain est une œuvre monumentale qui intègre les lumières des Ngunza d’autrefois et amorce une nouvelle page de l’humanisme pluriel et cosmique. Un éclaireur dans ce dépassement et cet aggiornamento qui font de lui un Ngunza d’un autre genre dans la nation Congolaise d’aujourd’hui….et un koôngologue convaincu et muntuïste intègre. Qui laissera, avec cet ouvrage de référence et de qualité, dans ce monde passant et l’autre renaissant, une lumière qui dans l’obscurité éclaira la route du pèlerin.

Yves Mâkodia Mantseka
ynkodia.unblog.fr

Les paroles et des actes au Mbongui ou dans la vie quotidienne chez les Koôngo

Classé dans : Non classé — 12 mai, 2012 @ 1:00

Les paroles et des actes au Mbongui ou dans la vie quotidienne chez les Koôngo

 

 

 

 

 

 

Espace de diffusion et de transmission des connaissances ancestrales, le Mboôngi est aussi le lieu où les jeunes s’initient à l’art de la parole. C’est en ce lieu qu’ils apprennent les palabres du clan, les différentes manières de trancher les débats en saisissant, entre autres, la portée des mots ou des proverbes qu’ils emploient.

mbongui

En effet, dans leurs assemblées ou réunions publiques ordinaires ou extraordinaires, et peu importe l’objet ou la cause de celles-ci, les Koôngo sont habitués à entendre l’emploi du proverbe suivant :

L’intervenant déclare : NZAMBI WA BONGA (= Dieu prit !)

L’assistance répond : WA SA (= Dieu fit !)

L’intervenant reprend : E E NKASUKULU (= Sur ce,)

L’assistance réplique au final : E E TSIA (= que la lumière soit !)

Il s’agit là, d’une expression proverbiale fort populaire et qui, dans la tradition Koôngo, met Dieu NzaMbi’a MpuNgu au premier rang en matière de transmission de connaissances ou d’analyse d’une situation donnée.

A ce propos, force est de rappeler que, si cette expression proverbiale est récursive dans les assemblées publiques Koôngo comme autrefois dans les Mboôngi pour signifier la fin d’un propos ou celle de la tenue des assemblées elles-mêmes, ce n’est pas pour autant que son véritable sens philosophique soit clairement perceptible par le grand public.

En principe, l’expression proverbiale, Nzambi wa bonga wa sa ee nkasukulu ee tsia, que l’on a pour habitude de traduire par  » A bon entendeur salut !  » ou litérralement par  » Que Dieu s’en charge et que l’affaire est réglée  » est l’affirmation solennelle d’un des principes majeures en matière d’éducation, de formation et d’enseignement chez les Koôngo.

A dire vrai, si le dicton Nzambi wa bonga wa sa ee nkasukulu ee tsia tend à mettre Dieu NzaMbi MpuNgu au haut sommet de toutes connaissances et à le définir comme l’être le plus élevé qui soit capable de régler définitivement une affaire, il n’en demeure pas moins qu’il renferme un enseignement qui paraît être beaucoup plus subtile qu’il n’en dit.

kongo7L’étude sémantique et philosophique de cet adage est, en réalité, une consécration chez les Koôngo d’une règle d’or en matière d’éducation, de formation ou d’enseignement de façon générale.

Si naturellement certaines qualités sont exigées aux éducateurs ou aux enseignants, il y a lieu toutefois de relever, et non des moindres, que l’éducation ou la formation voire la transmission des savoirs et connaissances impose à ceux qui les reçoivent d’entretenir en eux une attitude de haute attention.

Condition si ne qua non de compréhension des lois ou des principes et usages existentiels, cette haute et particulière attention est, au travers de l’expression proverbiale, objet d’étude, formulée sous la forme d’une loi qui n’est autre que celle de  » la loi de double écoute « .

Ainsi, un néophyte est, chez les Koôngo, cette personne qui, dans le cadre de son apprentissage doit répondre à deux obligations qui, corrélativement la prédisposent à l’adhésion de la connaissance. Il faut qu’il soit dans le :

1. WA- BONGA :
Ici, les deux termes traduisent respectivement les idées d’écoute et de prise voire d’intégration de la connaissance objet de diffusion ou de transmission.

WA = Ecouter ; BONGA = Prendre

Ceci dit, pédagogiquement parlant l’écoute en matière d’éducation, de formation ou d’enseignement n’est véritablement significatif et efficace que si, au final elle est instructivement profitable à l’étudiant. Il faut qu’il s’enrichisse par la connaissance en réussissant à la dompter. Autrement dit, selon la tradition Koôngo, on doit en principe s’instruire de la connaissance qui est au coeur de l’écoute du néophyte ou de l’étudiant.

2. WA -SA :
Tout comme pour les précédents termes, ici, WA et SA veulent signifier le fait d’écouter et celui de faire.

WA = Ecouter ; SA = Faire

Autrement dit, un néophyte ou un étudiant qui en est digne ne peut véritablement l’être que, si l’ensemble des connaissances et savoirs qui lui ont été transmis sont non seulement intégrés par lui mais également font l’objet de sa part d’une application rigoureuse face aux différentes situations sociales auxquelles il peut être confronté.

On en arrive ainsi au principe effectif de  » la loi de double  » constituée d’une part de WA -BONGA et d’autre part de WA -SA.

kongo8Au final, d’après la tradition Koôngo, c’est la conjugaison par le néophyte du principe de WA-BONGA et de celui de WA-SA qui est la source directe d’une résonance en lui des savoirs et connaissances qui lui ont été transmis. Cela est d’autant plus remarquable que celui qui transmet n’est que, de par sa nature humaine, un être limité qui ne peut tout donner ni transmettre pour la bonne et simple raison qu’il n’est qu’un MUUNTU limité en dépit des connaissances dont il est porteur.

D’où le sens étymologique de l’expression EE NKASUKULU qui, en réalité n’est qu’une extention de SUKA qui, à son tour n’est qu’un extrait verbal du mot NSUKA et qui, dans le cas d’espèce exprime parfaitement la ou les limites de celui qui transmet, c’est-à-dire de l’enseignant qui, par cette intonation espère que le néophyte dans son art d’exploration personnelle saura compléter du moins en partie les connaissances manquantes.

Ce faisant, d’après la tradition Koôngo, la lumière au sens où elle est écho ou résonance des savoirs et connaissances ayant été intégrées chez le MUUNTU, c’est-à-dire le TSIA, n’est en réalité, qu’une combinaison chez ce dernier des principes de WA-BONGA et de WA-SA.

Cependant, en dépit de cette explication, les principes de WA-BONGA et de WA-SA ne remettent nullement en cause la conviction théologique du MUUNTU sur l’intelligence infinie de son Dieu créateur NzaMbi MpuNgu qui aura prit (WA BONGA) et mis à sa disposition (WA SA) les savoirs et connaissances nécessaires contribuant à son bonheur ou à son bien être.

En somme, NzaMbi est aussi, chez les Koôngo, l’art de savoir écouter dans le but de connaître, de savoir et par conséquent de vivre éventuellement dans l’univers de l’harmonie et de la paix. D’autant plus que les connaissances, chez le MUUNTU sont toujours limitées. C’est à ce titre qu’il a l’impérieux devoir d’apprendre et qu’enfin l’Absolu, c’est Dieu lui-même NzaMbi Mpungu, le détenteur par excellence de la connaissance absolue.

C’est dans cette optique que le proverbe Koôngo selon lequel, wa dia fwa yika dio, c’est-à-dire, l’héritage reçu, efforce-toi de l’accroître, semble être le corollaire du principe existentiel de wa bonga, wa sa ee nkasukulu ee tsia. Comme le rappelle si bien le vénéré cardinal Emile BIAYENDA, par héritage, on entend ici, les qualités, tous les dons, toutes les connaissances, tout le savoir légué par les ancêtres. Les héritiers ont l’impérieux devoir de faire fructifier leur patrimoine : malheur à qui enfouirait les talents des ancêtres.

Dans le même ordre d’idées, autrefois, les anciens, à l’effet d’inviter les plus jeunes à aller plus loin dans leurs entreprises, aimaient autrefois proclamer dans leurs assemblées l’expression suivante :

WE NA MESO KA MONE, WE NA MAKUTU KA WE, WE NA NGANGU KA SE, que celui qui a des yeux saisisse la réalité des faits ou choses qui lui sont soumises et que celui qui a des oreilles entendent nettement et qu’enfin l’homme sage puisse appliquer sa science correctement.

Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu ( Tata N’dwenga)
Avocat à la Cour
Koôngologue

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