Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

DE LA DEFINITION DU PRINCIPE DE PARDON DANS LA CULTURE KOÔNGO : Le LEMVUKA

Classé dans : Non classé — 19 mars 2015 @ 21 h 59 min

De la définition du Principe de pardon dans la culture koôngo : Le le-mvuka (ou l’une des sages pistes du véritable chemin d’avenir congolais)

Le pardon est, peut-on-dire, un état d’esprit, une manière voire une disposition humaine qui consiste pour une personne à présenter ses regrets ou excuses, à la suite d’un fait ou d’un acte commis par elle de façon volontaire ou involontaire et ce, à l’encontre d’une autre personne.

De la définition de Principe du pardon dans la culture koôngo : Le le-mvuka (ou l’une des sages pistes du véritable chemin d’avenir congolais)
Il s’agit d’une attitude transcendantale qui fait appel à la conscience de son auteur qui, par le fait de se remettre en cause reconnaît sa faillibilité et le bon sens exprimé par l’autre objet d’offense.

Le loòmba lemvu est l’expression que les Koôngo utilisent pour traduire le fait de demander pardon à quelqu’un. Ici, le loòmba traduit la demande et quant au mot lemvu, il exprime le pardon proprement dit.

A dire vrai, lemvu n’est qu’un dérivé du mot le-mvuka lequel définit le principe de l’unité sous un angle, à la fois, étymologique et sémantique qui, selon les Koôngo s’avère être, peut-on-dire, la condition si ne qua non du principe de pardon.

Autrement dit, sans aucune démarche d’unification des êtres ou des personnes qui sont au centre d’un contentieux, le pardon ne peut être ou n’a lieu. Le pardon est, chez les Koôngo, une démarche de réconciliation, de conformité existentielle qui passe par la réunification des êtres donc par l’harmonie.

Il y a pardon, chez les Koôngo, lorsqu’il y a, rupture, scission, discorde, mésentente ou désaccord et l’acte de pardon doit être bilatéral en ce qu’il exige fondamentalement l’assentiment et la réunification par exemple des protagonistes qui sont au cœur d’un conflit.

Ce qui veut dire que, toute demande de pardon, pour être effective et décisive doit être acceptée par la personne à laquelle elle est formulée. Dans l’hypothèse contraire elle serait vaine ou sans fondement dépourvue par conséquent de ce que l’on appelle par exemple en droit du principe de l’autorité de la chose jugée.

D’où la signification du verbe vuka qui, en l’espèce n’est autre que le dérivé du mot mvuka lequel terme exprime toute idée d’unité, de rassemblement ou d’association des êtres.

C’est ainsi que, le le-mvuka apparaît, dans une certaine mesure, comme une attitude de communion ou un acte de rassemblement voire d’union spirituelle des êtres qui leur permet de repartir sur des nouvelles bases d’entente et donc d’harmonie existentielle.

Il s’agit en effet d’un état d’esprit lequel par son expression récuse toute rigidité spirituelle ou intellectuelle. C’est l’union spirituelle des êtres qui passe par l’ouverture des cœurs des uns envers les autres et inversement.

D’où l’expression par exemple en koôngo de fungu-(na) ou (la)muntima ou fongola motema en lingala.

C’est dans ces conditions aussi que répond l’institution de fungu-(na)ou(la)masumu ou de confession des péchés.

Ici, le mot funguna ou fungula signifie confesser, avouer.

Il s’agit donc d’un verbe qui définit le fait pour une personne d’ouvrir son cœur par des aveux portant sur des faits ou contentieux dont elle estime avoir été victime de la part d’un des membres de sa famille et qu’il convient de traiter pacifiquement.

Le but étant de créer toutes les conditions favorables de guérison d’un membre de la famille qui serait au centre d’un conflit.

Ayant pour objet la délivrance d’une personne mourante victime des manœuvres de kindoki ou de sorcellerie au sein de sa famille, le funguna masumu est une institution qui est tenue par les membres d’une famille et ce, sous la présidence d’un expert dénommé nganga masumu.

Le nganga masumu a pour fonction, au cours d’une cérémonie de funguna masumu, de libérer des cœurs des hommes et femmes tous membres d’une même famille de toutes ces rancœurs qui les divisent et qui, au final ont un impact sur la santé d’un des membres de la famille.

Ici, le mot funguna a pour synonyme le-mvuka et traduit le fait pour un individu d’ouvrir son cœur en abandonnant les griefs ou les fautes qu’il reprocherait à l’un des membres de sa famille et qui, pour cela tomberait malade au point même de perdre la vie.

En fait, le le-mvuka est, dans la culture Koôngo, l’art de savoir édifier ou construire les ponts dans les relations humaines à l’effet d’une meilleure organisation et d’un bon fonctionnement social.

Le le-mvuka est une invitation des êtres au rassemblement à l’effet de créer toutes les conditions requises d’une meilleure entente entre eux.

D’où d’ailleurs même la signification du mot kia-mvu qui tend à désigner un pont en langue koôngo.

A dire vrai, le mot kia-mvu est un diminutif du mot kia-mvuka lequel mot dans la langue koôngo traduit toute idée d’union ou de rassemblement dans les relations socio- humaines, comme mu-mvuka (= association), vuka temo (= organiser une tontine), vuka bantu (= l’union des êtres) mvuka muntu (= l’opportunité d’être sauvé ou libéré de quelque chose).

C’est dire que l’union des êtres après une rupture est conçue par les Koôngo comme une manière de vivre ou un art de vivre consistant à construire des ponts spirituels destinés à favoriser la circulation et donc la rencontre et l’union des hommes et des femmes ayant été en rupture, à la suite d’un conflit ou litige.

Ainsi, d’un point de vue caricatural, le le-mvuka apparaît comme une invitation au voyage en partance du pays de la rupture du fait des actes malveillants ayant été commis par les uns et les autres envers leurs semblables et à destination de celui de la réconciliation, du fait de l’ouverture des cœurs ou de l’apaisement donc de la paix.

C’est ce qui a manqué par exemple, lors de la Conférence Nationale Souveraine de 1991 au Congo-Brazzaville. En effet si cette conférence à amener le Congo vers un régime démocratique avec l’élection d’un président de la république au suffrage universel direct, il n’est pas pour autant vrai qu’elle ait été véritablement une occasion de Réconciliation Nationale. L’absence de clarté dans la recherche de la vérité sur des faits de discorde nationale, l’avidité de certains conférenciers dans la prise de pouvoir à tout prix en s’alliant avec « le diable » et le manque de sincérité des personnes mises en cause n’ont pu aboutir à la construction d’un « kia-mvu », c’est-à-dire d’un véritable pont d’unité nationale.

Le bu-lemvu ou bu-lemvo est fondamentalement expression du muntuïsme ou est, à la fois, art d’humanisation et de socialisation des êtres qui, après rupture conviennent toutefois d’entretenir de très bons rapports relationnels.

Ici, le bon sens, la sincérité, l’humilité ou ki-nkatu restent les éléments moteurs de bu-lemvu.

A dire vrai, le le-mvuka est un voyage librement consenti par les parties prenantes à un contentieux lesquelles par « la traversée d’un pont ou ki-amvu » et donc au nom du principe de le-mvuka entendent sceller un accord d’un nouveau départ dans les relations humaines, sociales, morales et spirituelles qu’elles entretiennent.

Autrement dit, le le-mvuka est bien plus qu’un acte de reconnaissance des fautes commises par une personne envers son semblable, c’est-à-dire le funguna ou fungula.

En somme, il est un art de vie en société d’expression aussi muntuïste consistant en une union des êtres qui sont en situation de rupture « compréhension elle » mais qui toutefois parviennent à édifier« des ponts » d’ententes cordiales, peut-on dire et qui les placent corrélativement sur le terrain de la rencontre fraternelle et de la paix ou ki-ôngo en langue koôngo.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU
Koôngologue

Je dédie ce texte à ma mère « mama BENAZO mama wa koòngo », pour son anniversaire. Ma très chère maman tu es à mes yeux et tu le resteras toujours, la « Ngudi’a kaànda », c’est-à-dire, un de mes précieux témoins de la sagesse ou Nzila Koòngo. Tes petits enfants Widdy, Yéla, Morgane-Zolana et Kiézi-Diany se joignent à moi pour te dire affectueusement « joyeux anniversaire mamie ».

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