Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour mars, 2015

KASOLA (Francisco) la première figure connue de la résistance et de la conscience nationale Koòngo

Posté : 19 mars, 2015 @ 11:08 dans Non classé | Pas de commentaires »

Kasola (Francisco) la première figure connue de la résistance et de la conscience nationale Koòngo

KASOLA prénommé Francisco est un jeune Mukoòngo né dans les années 1600. Son action de résistance et d’édification de la conscience nationale Koòngo apparaît durant l’année 1632, l’année durant laquelle, il crée une église kongolaise et indépendante vis-à-vis de l’église chrétienne vaticane installée sur le sol de ses ancêtres depuis 1488.

L’action de Mbuùta KASOLA intervient à une période où l’église chrétienne vaticane connaît un succès retentissant à Mbaànza Koòngo, la cité royale et dans certaines provinces et ce, sous l’impulsion des missionnaires comme le père Pero Tavares.

Mais qui est ce père Pero Tavares venu au Koòngo et dont l’action d’évangélisation connaît un succès retentissant ?

Le père Pero Tavares est originaire du Portugal, pays dans lequel, il naît en 1591 à Taveiro. Il étudie à l’université de Coïmbre au Portugal, entre au noviciat des Jésuites en 1621et, est ordonné prêtre en 1628. Il atterrit au Koòngo plus précisément dans la province de Bengo en 1629.

Dès que le père Pero avares arrive en 1629 à Mbaànza Koòngo, il se fait aider pour son action d’évangélisation par des élèves du collège de Luanda qui, outre les sciences de l’humanité, subissent, entre autres, la formation de catéchistes.

Préparé à la hâte et baptisé dans la religion catholique, Mbuùta KASOLA suit assidûment les réunions d’instruction religieuse du père Tavares qui porte essentiellement sur le christianisme.

A son propos, l’éminent koòngologue, le doyen Martial Sinda rapporte :

« Francisco Kassola était profondément religieux comme tous les autres Congolais. Tirant parti des connaissances nouvelles acquises au cours des réunions de fidèles, Francisco Kassola se proclama prophète avant de prendre son bâton de pèlerin pour apporter et prêcher la bonne nouvelle à ses frères de race…Alliant ses dons de magicien à sa connaissance du milieu, Francisco Kassola réussit à mettre sur pied un mouvement qui exerça sur ses compatriotes une extraordinaire fascination. Prophète noir s’adressant à des Noirs dans un langage simple et adapté, Francisco Kassola remporta un réel succès lorsqu’il déclara sur les rives de Dande et de la Lufine qu’il était fils de Dieu. Serviable, imbu d’une forte culture religieuse, Kassola avait souvent accompagné le père Tavares dans ses tournées pastorales ». [ Sinda (M) in « Le Messianisme Congolais et ses incidences politiques » Payot 1972 P.22.]

Mbuùta KASOLA est d’une part, défini comme un jeune Mukoòngo presque surdoué, intelligent, habile, fin connaisseur des plantes et d’autre part, il apparaît comme une sorte de « gardien du temple » des savoirs et connaissances de ses ancêtres sur lesquels, il entend bâtir une voie de libération et d’indépendance pour le Koòngo qu’il estime être sous le joug des étrangers.

Pour Mbuùta KASOLA, si le Christ est le Sauveur, le Libérateur, l’Ami des Hommes sur terre, tolérant, respectueux des valeurs des peuples comme le prétendent les missionnaires chrétiens, alors pourquoi ceux-ci s’en prennent-ils à des valeurs spirituelles des Koòngo et à leur Dieu lequel, est aussi défini comme un Dieu d’amour, de tolérance, de liberté et de respect, c’est-à-dire Nzaàmbi ya Lutoòndo Na Mpungu Lulendo.

Mbuùta KASOLA est tout simplement, ce qu’on appelle dans le jargon Koòngo, un véritable Nguùnza, c’est-à-dire, un homme des lumières, un prophète, un intellectuel, un sage absolument pétri de savoirs et connaissances de ses ancêtres qu’il estime, avant tout, être l’unique voie d’authenticité, d’autonomie et de libération du peuple Koòngo.

Mbuùta KASOLA était, rapporte le père Tavares, un féticheur de renom dans le pays et un excellent connaisseur des plantes médicinales, et que son intelligence était aussi vive que celle d’un Portugais…Ce jeune Mukongo était, observe-t-il, un garçon dynamique qui savait tirer profit de ses dons. Cherchant à frapper l’imagination de ses compatriotes et voulant consolider par là-même le mouvement qu’il venait de fonder, Kassola suçait les plaies infectées et les guérissait d’ailleurs complètement, ce qui ne manqua pas de décupler son prestige lorsqu’il s’imposa comme fondateur d’une nouvelle religion qui apporterait l’âge d’or aux Noirs.

Quant au doyen Martial Sinda, il relève que :

« Rompu au maniement des prêches de l’Eglise catholique, Kassola eut un grand succès parmi les Bakongo qui le considéraient déjà comme un libérateur de la race. Fort de ce consensus national, le prophète ambulant alla bientôt de village en village pour opérer ses miracles….Ce mouvement connut un succès extraordinaire : des foules composées tant de chrétiens que de personnes qui refusaient d’adhérer à l’Eglise catholique accouraient de partout vers le thaumaturge.

Le bruit selon lequel Kassola accomplissait des miracles se colportait de bouche à oreille et s’amplifiait ainsi démesurément dans les villages et sur les marchés. Des hommes, des femmes ou même des enfants ayant eu l’insigne honneur d’approcher, de toucher ou de serrer la main du prophète se disaient privilégiés, guéris, miraculés.

Le prophète opérait ses miracles selon les usages Bakongo : ainsi disait-on, il faisait apparaître toutes sortes de choses dans les maisons où il n’y avait rien (vin de palme, ignames, fruits, etc…). Ces miracles qui émerveillaient ses compatriotes renforçaient incontestablement la réputation de Kassola. » [ Sinda (M ) « Le Messianisme Congolais et ses incidences politiques » Ibidem.]

En fait Mbuùta KASOLA, ne s’en est jamais pris à la doctrine proprement dite du Christ sur laquelle d’ailleurs rien ne nous est rapporté sur le plan de son action. Par contre sa virulence afférente à son enseignement ou à son discours était tournée contre « le comportement dévoyé des missionnaires et leur autoritarisme au regard des coutumes africaines. Comment, prêchait-il, un peuple qui a ses croyances et ses modes de pensée propre, pouvait-il les annihiler au profit d’une culture étrangère ? » [ Sinda (M) « Le Messianisme Congolais et ses incidences politiques » Ibidem.]

KASOLA est, peut-on dire, le précurseur ou à l’avant-garde des doctrines autochtones comme le Kimpa-vitisme, le kimbanguisme ou le matsouanisme, c’est-à-dire de ces courants de pensée propres à la société Koòngolaise et qui consistent, d’une manière ou d’une autre, en une réhabilitation ou restauration des valeurs identitaires et qui, à ce titre sont la voie même d’autonomie et d’indépendance voire de libération.

Pour les leaders et les partisans de ces courants de pensée, les valeurs universelles ne doivent pas être un piège, une voie de perdition identitaire. L’ouverture de la société Koòngolaise vers le monde extérieur ne doit nullement être une cause de son affaiblissement mais plutôt celui de son enrichissement par le biais du principe d’intégration qui, au final doit faire ressortir l’Homme Intégral, le Muùntu, l’Homme équilibré ou renforcé parce qu’il est, à la fois, lui-même et en même temps ouvert et réceptif à l’évolution du monde tel qu’il est en perpétuel devenir.

Tout comme semble l’indiquer son nom, Mbuùta KASOLA« wasola nzila koòngo », c’est-à-dire, avait fait son choix sans aucune ambiguïté, celui du maintien identitaire en se positionnant pour la Cause et le Parti du Koòngo, cette Cause de restauration de toutes les valeurs sociales, morales, politiques et spirituelles qui définissent l’identité de la Nation-Koòngo. C’est ainsi que, de par son discours, il parvint à bâtir la conscience même de libération du peuple Koòngo qui, selon son entendement, passait, entre autres, par une réhabilitation et une profonde restauration des savoirs et connaissances de ses ancêtres.

En somme, par son action et, en dépit d’une redoutable campagne contre sa personne et son enseignement par les missionnaires européens, en l’occurrence Portugais qui, par ailleurs souhaitaient ou tenaient vivement à son arrestation, Mbuùta KASOLA avait réussi à poser les germes d’un patriotisme ardent qu’allait incarner un siècle plus tard KIMPA VITA ou Dona Béatrice et plus près de nous des fils Koòngo comme le prophète Simon KIMBANGU ou André Grenard MATSOUA.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (TAÀTA N’DWENGA)

Koôngologue

Ce texte est dédié à mon aîné, à l’apôtre de la non-violence, le poète de « la tendre nostalgie » Yves Nkodia Mantséka « Yaàya Nkodia » qui n’est plus depuis déjà un an (10/2013-/10/2014).

DE LA DEFINITION DU PRINCIPE DE PARDON DANS LA CULTURE KOÔNGO : Le LEMVUKA

Posté : 19 mars, 2015 @ 9:59 dans Non classé | Pas de commentaires »

De la définition du Principe de pardon dans la culture koôngo : Le le-mvuka (ou l’une des sages pistes du véritable chemin d’avenir congolais)

Le pardon est, peut-on-dire, un état d’esprit, une manière voire une disposition humaine qui consiste pour une personne à présenter ses regrets ou excuses, à la suite d’un fait ou d’un acte commis par elle de façon volontaire ou involontaire et ce, à l’encontre d’une autre personne.

De la définition de Principe du pardon dans la culture koôngo : Le le-mvuka (ou l’une des sages pistes du véritable chemin d’avenir congolais)
Il s’agit d’une attitude transcendantale qui fait appel à la conscience de son auteur qui, par le fait de se remettre en cause reconnaît sa faillibilité et le bon sens exprimé par l’autre objet d’offense.

Le loòmba lemvu est l’expression que les Koôngo utilisent pour traduire le fait de demander pardon à quelqu’un. Ici, le loòmba traduit la demande et quant au mot lemvu, il exprime le pardon proprement dit.

A dire vrai, lemvu n’est qu’un dérivé du mot le-mvuka lequel définit le principe de l’unité sous un angle, à la fois, étymologique et sémantique qui, selon les Koôngo s’avère être, peut-on-dire, la condition si ne qua non du principe de pardon.

Autrement dit, sans aucune démarche d’unification des êtres ou des personnes qui sont au centre d’un contentieux, le pardon ne peut être ou n’a lieu. Le pardon est, chez les Koôngo, une démarche de réconciliation, de conformité existentielle qui passe par la réunification des êtres donc par l’harmonie.

Il y a pardon, chez les Koôngo, lorsqu’il y a, rupture, scission, discorde, mésentente ou désaccord et l’acte de pardon doit être bilatéral en ce qu’il exige fondamentalement l’assentiment et la réunification par exemple des protagonistes qui sont au cœur d’un conflit.

Ce qui veut dire que, toute demande de pardon, pour être effective et décisive doit être acceptée par la personne à laquelle elle est formulée. Dans l’hypothèse contraire elle serait vaine ou sans fondement dépourvue par conséquent de ce que l’on appelle par exemple en droit du principe de l’autorité de la chose jugée.

D’où la signification du verbe vuka qui, en l’espèce n’est autre que le dérivé du mot mvuka lequel terme exprime toute idée d’unité, de rassemblement ou d’association des êtres.

C’est ainsi que, le le-mvuka apparaît, dans une certaine mesure, comme une attitude de communion ou un acte de rassemblement voire d’union spirituelle des êtres qui leur permet de repartir sur des nouvelles bases d’entente et donc d’harmonie existentielle.

Il s’agit en effet d’un état d’esprit lequel par son expression récuse toute rigidité spirituelle ou intellectuelle. C’est l’union spirituelle des êtres qui passe par l’ouverture des cœurs des uns envers les autres et inversement.

D’où l’expression par exemple en koôngo de fungu-(na) ou (la)muntima ou fongola motema en lingala.

C’est dans ces conditions aussi que répond l’institution de fungu-(na)ou(la)masumu ou de confession des péchés.

Ici, le mot funguna ou fungula signifie confesser, avouer.

Il s’agit donc d’un verbe qui définit le fait pour une personne d’ouvrir son cœur par des aveux portant sur des faits ou contentieux dont elle estime avoir été victime de la part d’un des membres de sa famille et qu’il convient de traiter pacifiquement.

Le but étant de créer toutes les conditions favorables de guérison d’un membre de la famille qui serait au centre d’un conflit.

Ayant pour objet la délivrance d’une personne mourante victime des manœuvres de kindoki ou de sorcellerie au sein de sa famille, le funguna masumu est une institution qui est tenue par les membres d’une famille et ce, sous la présidence d’un expert dénommé nganga masumu.

Le nganga masumu a pour fonction, au cours d’une cérémonie de funguna masumu, de libérer des cœurs des hommes et femmes tous membres d’une même famille de toutes ces rancœurs qui les divisent et qui, au final ont un impact sur la santé d’un des membres de la famille.

Ici, le mot funguna a pour synonyme le-mvuka et traduit le fait pour un individu d’ouvrir son cœur en abandonnant les griefs ou les fautes qu’il reprocherait à l’un des membres de sa famille et qui, pour cela tomberait malade au point même de perdre la vie.

En fait, le le-mvuka est, dans la culture Koôngo, l’art de savoir édifier ou construire les ponts dans les relations humaines à l’effet d’une meilleure organisation et d’un bon fonctionnement social.

Le le-mvuka est une invitation des êtres au rassemblement à l’effet de créer toutes les conditions requises d’une meilleure entente entre eux.

D’où d’ailleurs même la signification du mot kia-mvu qui tend à désigner un pont en langue koôngo.

A dire vrai, le mot kia-mvu est un diminutif du mot kia-mvuka lequel mot dans la langue koôngo traduit toute idée d’union ou de rassemblement dans les relations socio- humaines, comme mu-mvuka (= association), vuka temo (= organiser une tontine), vuka bantu (= l’union des êtres) mvuka muntu (= l’opportunité d’être sauvé ou libéré de quelque chose).

C’est dire que l’union des êtres après une rupture est conçue par les Koôngo comme une manière de vivre ou un art de vivre consistant à construire des ponts spirituels destinés à favoriser la circulation et donc la rencontre et l’union des hommes et des femmes ayant été en rupture, à la suite d’un conflit ou litige.

Ainsi, d’un point de vue caricatural, le le-mvuka apparaît comme une invitation au voyage en partance du pays de la rupture du fait des actes malveillants ayant été commis par les uns et les autres envers leurs semblables et à destination de celui de la réconciliation, du fait de l’ouverture des cœurs ou de l’apaisement donc de la paix.

C’est ce qui a manqué par exemple, lors de la Conférence Nationale Souveraine de 1991 au Congo-Brazzaville. En effet si cette conférence à amener le Congo vers un régime démocratique avec l’élection d’un président de la république au suffrage universel direct, il n’est pas pour autant vrai qu’elle ait été véritablement une occasion de Réconciliation Nationale. L’absence de clarté dans la recherche de la vérité sur des faits de discorde nationale, l’avidité de certains conférenciers dans la prise de pouvoir à tout prix en s’alliant avec « le diable » et le manque de sincérité des personnes mises en cause n’ont pu aboutir à la construction d’un « kia-mvu », c’est-à-dire d’un véritable pont d’unité nationale.

Le bu-lemvu ou bu-lemvo est fondamentalement expression du muntuïsme ou est, à la fois, art d’humanisation et de socialisation des êtres qui, après rupture conviennent toutefois d’entretenir de très bons rapports relationnels.

Ici, le bon sens, la sincérité, l’humilité ou ki-nkatu restent les éléments moteurs de bu-lemvu.

A dire vrai, le le-mvuka est un voyage librement consenti par les parties prenantes à un contentieux lesquelles par « la traversée d’un pont ou ki-amvu » et donc au nom du principe de le-mvuka entendent sceller un accord d’un nouveau départ dans les relations humaines, sociales, morales et spirituelles qu’elles entretiennent.

Autrement dit, le le-mvuka est bien plus qu’un acte de reconnaissance des fautes commises par une personne envers son semblable, c’est-à-dire le funguna ou fungula.

En somme, il est un art de vie en société d’expression aussi muntuïste consistant en une union des êtres qui sont en situation de rupture « compréhension elle » mais qui toutefois parviennent à édifier« des ponts » d’ententes cordiales, peut-on dire et qui les placent corrélativement sur le terrain de la rencontre fraternelle et de la paix ou ki-ôngo en langue koôngo.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU
Koôngologue

Je dédie ce texte à ma mère « mama BENAZO mama wa koòngo », pour son anniversaire. Ma très chère maman tu es à mes yeux et tu le resteras toujours, la « Ngudi’a kaànda », c’est-à-dire, un de mes précieux témoins de la sagesse ou Nzila Koòngo. Tes petits enfants Widdy, Yéla, Morgane-Zolana et Kiézi-Diany se joignent à moi pour te dire affectueusement « joyeux anniversaire mamie ».

 

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