Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

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LE MUNTUÏSME BASE DE LA PHILOSOPHIE DU ROYAUME KOÔNGO

Posté : 10 avril, 2014 @ 11:36 dans Non classé | Pas de commentaires »

Le Muntuïsme base de la philosophie du royaume Koongo

Un livre de Rudy Mbemba Dya-Bô-Bénazo-Mbanzulu

Dans son livre paru en Décembre 2013 aux Editions ICES, Rudy Mbemba « poursuit une fois de plus sa quête sur les origines des valeurs fondamentales et traditionnelles ayant marqué l’apogée du Royaume Koôngo ».

Docteur en droit, Avocat et Koôngologue, Rudy Mbemba est un passionné de la culture Koôngo dont il nous livre ici son quatrième ouvrage.

Pour le journal  » Mwinda « , nous lui avons posé quelques questions afin de comprendre le sens de cette quête.

C’est votre quatrième ouvrage consacré au Muntuïsme. Vous poursuivez donc avec abnégation l’étude de ce concept fondamental du Royaume Koôngo. A-t-on le droit de penser qu’il s’agit là d’un sujet inépuisable ?

LE MUNTUÏSME BASE DE LA PHILOSOPHIE DU ROYAUME KOÔNGO rudy1Le Muntuïsme est en effet et, ce me semble, une matière inépuisable dans la mesure où il est défini comme le code des principes qui régissent la vie de l’être ou du Muùntu dans toute sa globalité. L’application des valeurs du Muntuïsme commence dès les premières heures de la naissance de mwaàna ou l’enfant qui est appelé à croître, à se développer et à s’affirmer en tant que Muùntu, c’est-à-dire une personne adulte jusqu’à la mort. Le Muùntu est naturellement appelé à connaître trois événements à savoir : naître, vivre et mourir et l’objet du Muntuïsme est donc de promouvoir à l’échelle sociale toutes les valeurs qui concourent à la formation, au développement du Muùntu ainsi qu’à son épanouissement depuis sa naissance jusqu’à la mort.

Quels aspects du Muntuïsme avez-vous développé dans ce dernier livre et que vous n’aviez pas abordé dans les livres précédents ?

Si dans mon premier ouvrage portant sur le  » Muntuïsme : l’humanisme intégral africain  » , j’avais défini et présenté cette matière comme science, savoirs et connaissances à caractère humain, social, moral, politique et spirituel voire religieux, ma dernière publication apparaît comme une sorte de rétroviseur, à travers lequel, défilent toutes les applications et commandes dont Ntinu Wene, le héros fondateur du royaume de Koôngo Dya Ntootela avait nécessairement besoin pour parvenir à la réalisation de son Etat. C’est, somme toute, l’approfondissement du Muntuïsme politique qui, de l’examen de chacune des provinces ou états ayant constitué la grande fédération de Koôngo Dya Ntootela passe par l’écoute, le dialogue, la connaissance, la méthode, la justice, la diplomatie, le respect des particularismes locaux et la force de combativité?

  En quoi le Muntuïsme est-il la base de la philosophie du Royaume Koöngo et que signifie – t- elle précisément ?

Ici, le mot base doit être analysé et compris comme une dynamique des principes et usages ayant absolument été au centre du gigantesque projet d’édification et de construction de Koôngo Dya Ntootela dénommé  » Mbaànza Koôngo « 

Alors en quoi a consisté le projet de  » Mbaànza Koôngo  » ? 

En fait Mbaànza Koôngo n’est pas qu’une expression nominale d’une cité royale ou le nom de la capitale du royaume de Koôngo Dya Ntootela qu’on peut géographiquement situer sur la partie centrale du continent africain. Si en effet Mbaànza Koôngo évoque la cité royale, c’est-à-dire le lieu où résidaient tous les monarques de la société Koôngo, c’est aussi, conceptuellement parlant donc philosophiquement ou spirituellement  un lieu d’accomplissement de l’être ou du Muùntu. 

Mbaànza Koôngo est, d’après le Muntuïsme, le siège spirituel de la formation, du développement et de l’épanouissement du Muùntu.

Le génie du Père fondateur de Koôngo Dya Ntootela est celui d’avoir réussi le rassemblement d’un grand nombre d’habitants des villages en les associant dans son gigantesque programme de création de fédération en leur conférant de réels pouvoirs. C’est l’expression même de la philosophie de Mbaànza Koôngo qui passe par l’écoute, le dialogue, le respect des particularismes locaux, l’équité, le travail etc.

C’est à ce titre que le koôngologue Georges Balandier rapporte que Ntinu Wene est :  » le héros civilisateur, le roi symbolisant par excellence le pouvoir. Il est le roi forgeron dotant son peuple des armes de la guerre et des outils de l’agriculture  » ou bien encore comme le relève Randles dans son remarquable ouvrage sur  » L’ancien royaume du Congo des origines à la fin du XIXe siècle  » publié en 1968, la grande innovation de la conquête bakongo est le groupement de multiples petits royaumes en un grand Etat centralisé et gouverné par un monarque suprême résidant dans une capitale.

Pour quelles raisons le Congolais ou l’Africain d’aujourd’hui devraient-ils se sentir concernés par L’Histoire du Royaume du Congo ?

Le Congolais ou l’Africain d’aujourd’hui doit effectivement se sentir concerner non seulement par l’Histoire du Royaume de Koôngo Dya Ntootela mais également par celle des sociétés d’Afrique noire qui ont su s’organiser, par le passé et ayant connu une grande période de stabilité politique et sociale qui est une condition si ne qua non pour le développement. Au moment où l’Afrique connaît de nombreux maux qui la ronge et qui l’empêche d’aller paisiblement vers le développement, le projet dénommé  » Mbaànza Koôngo  » de Ntinu Wene me paraît plus que jamais d’actualité. Il est d’autant plus actuel qu’il porte en lui les principes mêmes de construction, d’avancement et de développement de l’Afrique de demain.

Un régime qui nie, par sa politique, ce qu’il y a lieu de plus précieux pour le Muùntu à savoir : la liberté, le respect de sa terre ou de ses particularismes locaux, ne peut ni réunir ni rassembler ni réussir. Toute dictature est inconciliable avec le Muntuïsme. 

A Mbaànza Koôngo, le pouvoir est l’expression du peuple qui le traduit, de façon élective et donc par une confiance qu’il a, en ses chefs locaux que sont les représentants légitimes du Ntootela, le roi fédérateur. Le conseil royal est parfaitement similaire au Mboòngi du village qui est un espace de dialogue qui sacralise la parole sous son aspect d’écoute et de débat contradictoire constructif. En ce lieu la force et la violence sont perçues comme la négation même de la paix et donc du  » savoir vivre ensemble « . Les [ Bi ]-Mpumbulu ou êtres incorrigibles voire les ennemis de la nation n’y ont aucune place car ils sont une grave menace ou un danger pour véritablement faire asseoir les valeurs de Ki-muntu ou du Muntuïsme.

Ne pensez-vous pas que cette Histoire du Royaume du Koôngo a été volontairement magnifiée dans une certaine mesure ?

Je ne pense pas que toute l’Histoire du Royaume de Koôngo ait été magnifiée par ce qu’il a connu aussi, comme toutes sociétés humaines, ses périodes troubles notamment après la bataille d’Ambwila de 1665 qui marque d’ailleurs le déclin du royaume. Tous les meilleurs rois de Koôngo Dya Ntootela l’ont été pour la plupart d’entre eux en raison de leurs qualités muntuïstes. C’est le cas du héros fondateur dudit royaume Nimi a Lukeni devenu Ntinu Wene au moment de son accession au trône, Nanga kia Ntinu Koôngo, Nkuwu a Ntinu, Nzinga Kuwu et Nzinga Mbemba (Alfonso 1er).

rudy3Lorsque le père Van Wing rapporte que :

«  La principale prérogative du roi était celle de suprême justicier ou qu’il y aurait eu dans chaque région un juge royal et que le roi envoyait à l’occasion des commissaires dans les régions troublées, pour trancher les palabres voire que la justice royale s’exerçait surtout vis-à-vis des grands vassaux, et en appel vis-à-vis des autres chefs « , je ne pense que cela soit de la magnificence mais beaucoup plus de la réalité historique sur laquelle on peut réfléchir pour mieux institutionnaliser et bâtir les nouveaux-Congo que sont le Congo-Brazzaville, le Congo démocratique, l’Angola voire toute l’Afrique centrale. 

Il s’agit là d’une des illustrations du Muntuïsme politique.

Où trouvez-vous la documentation nécessaire pour écrire une Histoire qui s’est passée il y a plusieurs siècles ?

Parfois, je me pose la question qui est celle de savoir si j’aurai eu la même passion pour l’histoire de mes ancêtres que sont les Koôngo et les Bantous en général si j’étais resté dans mon pays d’origine, le Congo-Brazzaville. Je ne pense pas sincèrement ! Cette passion a été nourrie par une sorte de disposition à mon endroit d’une documentation non négligeable qu’on retrouve ici en Europe.

En effet, l’Europe a été le témoin de l’Histoire de Koôngo Dya Ntootela, elle a été son bibliothécaire pour reprendre l’expression du koôngologue Georges Balandier. Rome, le Portugal, la Hollande et l’Angola dans une certaine mesure se partagent cette précieuse documentation. Les récits de voyage et les relations des missionnaires, comme le relève à juste titre le précédent auteur, ont composé des tableaux plus ou moins détaillés de la société et de la civilisation Koôngo. 

Vous avez fait des études de Droit qui vous ont conduit au métier d’Avocat.Comment et surtout à quel moment l’étude  du Royaume du Koôngo s’est-elle imposée
à vous ?

Merci à vous de me poser cette question. Des années durant, je me la suis posée et j’avoue que je ne saurais vous donner une réponse bien précise. Par contre, ce que je sais est que mes lectures au Lycée à Toulouse sur le roi Nzinga Mbemba et Kimpa Vita ont fait naître en moi un vif intérêt sur la connaissance de l’Histoire de mes ancêtres que sont les Koôngo, et à travers eux, les Bantous en général. Et lorsque j’ai accédé à l’université des sciences sociales de Toulouse, je n’ai guère hésité dans la préparation du diplôme d’études approfondies en sciences criminelles (D.E.A.) de choisir comme sujet de mémoire  » La répression en matière de mœurs dans la société traditionnelle Koôngo « , un sujet que j’ai perfectionné dans le cadre de mes recherches doctorales. C’est à partir de là que l’étude du Royaume du Koôngo s’est naturellement imposée à moi. Par moment, j’ai le sentiment d’avoir été guidé par des auteurs remarquables ayant, avant moi, fait des études très enrichissantes sur les Koôngo, à l’instar du vénéré pasteur Emile Cardinal Biayenda ou Raphaël Batsikama voire des auteurs européens comme le père Van Wing et Georges Balandier.

Vous écrivez que le Muntuïsme est à la fois Science et religion du Muntu. Comment expliquez-vous la coexistence de ces deux domaines généralement opposés ?

Effectivement le Muntuïsme est, à la fois science et religion du Muùntu dis-je ! La coexistence de ces deux domaines généralement opposés peut sembler paradoxale. D’autant plus paradoxale que la science, contrairement à la religion est définie comme un ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d’objets ou de phénomènes qui obéissent à certaines lois et qui sont vérifiables par des méthodes expérimentales. 

 La coexistence entre ces deux domaines ne pose aucun problème avec le Muntuïsme.

 Comment et pourquoi ?

Pour la bonne et simple raison que, le Muntuïsme a cette particularité d’être un ensemble de savoirs et connaissances afférents aux faits, objets ou phénomènes qui obéissent au code des lois de la vie en général dont on considère être une manifestation transcendantale du Dieu créateur Nzaàmbi Mpungu.

Etant entendu que, d’après le Muntuïsme, Nzaàmbi, extension du mot Nzaàmba dont on extrait le verbe ZABA, est la connaissance absolue, l’autorité suprême voire la vérité absolue. La vérité étant conçue comme la manifestation de ce qui va ou marche ( tsiele ou tsiele-ka) n’admettant à ce titre aucune contradiction. 

C’est d’ailleurs sous cet angle que Nzaàmbi Mpungu est considéré par les Koôngo comme Nzaàmbi ya ma-tsiele-ka, c’est-à-dire le Dieu de vérité ou des vérités (sous-entendu le Dieu des savoirs et connaissances ou des principes qui sont vérifiables).

Le Muntuïsme est science parce qu’il accepte en son sein la connaissance qui doit être vérifiable par des méthodes expérimentales. Il est aussi religion parce qu’il définit, entre autres, le rapport du Muùntu avec le sacré à travers par exemple le culte des esprits bienfaisants des ancêtres, le  » nzo bansita  » ou la corbeille des ancêtres.

Le Royaume du Koôngo a-t-il un équivalent en Afrique ?

L’œuvre du héros fondateur du royaume de Koôngo Dya Ntootela présente quelques similitudes avec le règne de Soundiata Keita roi du Mali à partir de 1230. Le génie de ce dernier c’est d’avoir réunit des populations issues de différentes ethnies comme les Bambaras, Ouolofs, Toucouleurs, Malinkés qui, avant lui ne coexistaient toujours pas en bonne intelligence. Soundiata Keita, en son temps mettra sur place une véritable organisation politique, administrative et militaire qui contribuera d’ailleurs à la gloire de son empire. Tout comme Ntinu Wene, le Ntootela, le Maàni, le Mpfumu-tsi, Soundiata Keita s’était proclamé  » Mansa « , c’est-à-dire le roi des rois, un titre faisant de lui un haut dignitaire incontestable et incontesté, de par son charisme, comme le sera d’ailleurs l’un de ses successeurs Kankan Moussa. Son règne tout comme celui de Ntinu Wene est celui d’une grande période de gloire de son empire.

 Dans quelle(s) direction(s) comptez-vous encore poursuivre ce travail ?

Comme je viens de vous l’indiquer, le champ définitionnel du Muntuïsme est immensément vaste regroupant des aspects de dimension humaine, sociale, morale, spirituelle, économique et autre. Partant de là, mon rêve demain, c’est de faire du Muntuïsme une matière d’enseignement dans nos écoles secondaires et universitaires. Là, je rejoins le vénéré pasteur Emile Cardinal Biayenda qui, de son temps se plaignait d’un manque de valorisation des valeurs africaines dans le système éducatif congolais ou africain. Notre enseignement n’a pas été suffisamment  » patriotique « , observait-il en son temps, dans ses méthodes de formation et d’éducation. Il devra faire, concluait-il, de sérieux efforts de présentation et de diffusion des voies qui orientent et visent la mise en valeur du pays. Au niveau des matières enseignées ( apprendre à lire, écrire, calculer et parler français) : un enseignement abstrait, livresque basé sur des choses dépourvues de rapport et l’intérêt pour la vie qui avait été vécue jusque là. On ne fait ni l’histoire de son pays, on ne favorise aucune réflexion sur lui, presque rien pour le connaître d’une manière un peu plus scientifique…C’est un enseignement extraverti, tourné abusivement vers l’extérieur, dépendant de l’extérieur et conçu en fonction de l’extérieur……[ Abbé E. Biayenda  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville » Thèse doctorat Lyon 1968 Première partie P. 116.   

Propos recueillis par Marc TALANSI. 

 

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