Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

MAFUTA et la cause féminine de « mwinda wa koòngo »

Classé dans : Non classé — 16 janvier 2014 @ 11 h 24 min

Mafuta et la cause féminine de « Mwinda wa Koòngo » ou de la conscience nationale de libération dans l’ancien Congo au XVIIIième siècle

 

MAFUTA est une femme Mukoòngo qui s’est révélée, la soixantaine passée, à la suite de la bataille d’Ambwila d’octobre 1665 dont elle avait été un témoin oculaire. Une guerre ayant opposé les Koòngo aux Portugais. Cette bataille marque le déclin de l’ancien Congo. En effet, après octobre 1665, le Koòngo connaît une grande période d’anarchie, d’instabilité pour avoir perdu sa caste dirigeante à Mbaànza bwila. Divers chefs vont se proclamer, ici et là, soutenus par des habitants de leurs villages ou des membres de leurs clans.

MAFUTA et la cause féminine de Le pouvoir royal affaibli par cette défaite ne retrouvera plus, écrit le chanoine Louis Jadin rapporté par G. Balandier, jamais sa splendeur…Les factions se disputeront le trône et les prétendants ruinés par les engagements de leur campagne électorale n’auront qu’une autorité précaire [Balandier (G) « La vie quotidienne au royaume de Kongo du XVIè au XVIIIè siècle » Hachette 1965 P.260].

Il s’agit en effet d’une période douloureuse de la société royale Koòngo qui se caractérise donc par l’effondrement du pouvoir et une généralisation de la misère du fait des guerres civiles qui multipliaient les ruines.

Cependant, comme le relève à juste titre le capucin Bernardo da Gallo, les Congolais désiraient retourner dans leur ville principale appelée S. Salvador, déjà détruite depuis de nombreuses années à cause des guerres avec les Portugais. Ils désiraient, observe-t-il, la paix de leur royaume avec sa totale restauration [Jadin (L) « Le Congo et la secte des Antoniens, Restauration du royaume sous Pedro IV et la « saint Antoine » congolaise (1694-1718) » in Bulletin de l’Institut Historique belge de Rome Bruxelles P.492.

C’est ainsi qu’une initiative associant la mystique et le réalisme provoquera le réveil de Kongo. Une religion révélée naît en même temps que se prépare, écrit G. Balandier, sous l’impulsion de ses fondateurs, la renaissance de l’unité politique. L’audace de quelques visionnaires stimule le sentiment national et entretient l’espoir d’un avenir meilleur. Le christianisme leur a donné les moyens d’une libération et d’une restauration du royaume ; il devient l’instrument d’un salut qui n’est pas celui que son enseignement annonce.[ Balandier (G) « La vie quotidienne au royaume de Kongo du XVIè au XVIIIè siècle » Hachette 1965 P.261].

C’est l’éveil même de la conscience de « mwinda wa Koòngo », de cette conscience de résistance et de libération nationale en dénonçant les pratiques d’asservissement de l’être ou du Muùntu introduites par les forces étrangères sur le sol Koòngo.

C’est dans ce contexte d’exaltation et d’effervescence du sentiment national de restauration qu’apparaît NKAÀKA MAFUTA (= la grand-mère MAFUTA). Effectivement NKAÀKA MAFUTA avait retenu quelque chose du christianisme en ce qu’il pouvait être un instrument de libération ou/et d’édification de la conscience nationale donc de restauration du royaume.

Le discours de NKAÀKA MAFUTA est fortement imprégné des valeurs chrétiennes. Depuis le mont Kimbangou où s’est installé le roi Pedro IV Agua Rosada dit le pacifique, NKAÀKA MAFUTA prétend que la Vierge ou la Madone lui est apparue en lui exprimant l’indignation du Christ à cause de nombreux maux qui minent le Koòngo en l’affaiblissant.

Alors, les Koòngo doivent, selon NKAÀKA MAFUTA, se tourner vers des choses célestes, celles qui élèvent la pensée de l’être ou du Muùntu, c’est-à-dire, qui le transforment en le conduisant inexorablement, vers un mieux-être mais qui, toutefois ne sont accessibles que, si les Koòngo admettent intégralement le fait que toute libération quelle qu’elle soit et d’où qu’elle vienne est, avant tout, spirituelle. Toute libération n’est possible et effective que, si elle accepte en son sein une transformation de l’être ou du Muùntu dans son for intérieur. Ce faisant, il faut qu’elle intègre, outre la transformation spirituelle de l’être, une dimension d’action et de sens de diverses initiatives voire de mouvement pour parvenir à la réalisation finale de son dessein.

La libération pour NKAÀKA MAFUTA est la cause d’accession à une vie meilleure qui s’inscrit inexorablement dans le respect de soi, de recherche d’autonomie et d’indépendance et qui, en définitive, est soumise à la marche du Muùntu (ou mwe-ndolo wa mwaàna muùntu) sur les sentiers qui en sont la source. Cela est d’autant plus véridique pour elle que « la Madone lui était apparue pleine de sueur, à cause de la fatigue supportée à être restée prosternée et à prier son fils, fort indigné contre ceux de chibango. Il était indigné, tant pour leur méchanceté, qu’également parce qu’ils ne voulaient pas descendre du Mont et se mettre en route vers S. Salvador. Il était principalement indigné contre le roi. [Jadin (L) « Le Congo et la secte des Antoniens, Restauration du royaume sous Pedro IV et la « saint Antoine » congolaise (1694-1718) » in Bulletin de l’Institut Historique belge de Rome Bruxelles P.495. ».

Ici, force est d’indiquer que, de par son action, NKAÀKA MAFUTA porte l’habit de la mère légendaire des [Ba] Koòngo, MAÀMA ZINGA, la mère aux  neufs seins qui, de surcroît est la fondatrice de Koòngo-Dya-Ntootela. Elle est ZINGA ou NZINGA, parce qu’elle porte en elle, ce verbe libérateur des contraintes existentielles qui, à ce titre, est, à la fois, constructif, inventif, organisationnel et surtout émancipationel ou libérationnel

Par ailleurs, elle incarne l’Esprit de« MAÀMA WA NDOÒMBI », ce Grand Esprit tutélaire d’assistance, d’accompagnement et de confiance dans les initiatives de lutte ou de libération, d’après la cosmogonie des [Ba]-Koòngo.

C’est, par exemple, sous le patronat de ce Grand Esprit de « MAÀMA WA NDOÒMBI » qu’André Grenard Matsua s’était engagé, en son temps, dans son action à l’effet de dénoncer les injustices et les inégalités subies par les siens et instituées sur le sol de ses ancêtres par le colonisateur français.

Pour le capucin Bernardo da Gallo, MAFUTA est une vieille dame, superstitieuse qui raconte des sottises. Ses sottises sont, à ses yeux, d’autant plus abominables que MAFUTA prétend avoir trouvé « …une pierre dans le fleuve Ambriz. Elle disait que cette pierre était la tête du Christ, toute déformée par les coups de couteaux de la méchanceté des hommes et par les coups de houe des femmes, qui travaillaient les jours de fête. » [Jadin (L) « Le Congo et la secte des Antoniens, Restauration du royaume sous Pedro IV et la « saint Antoine » congolaise (1694-1718) » in Bulletin de l’Institut Historique belge de Rome Bruxelles Ibidem. »  

En fait pour n’avoir pas certainement mieux saisi les subtilités de la langue Koòngo, le père capucin Bernardo da Gallo ne se rendit guère compte de la profondeur de NKAÀKA MAFUTA qui, en s’inspirant des textes évangéliques aspirait, entre autres, à un anoblissement ou un enrichissement universel de son message de libération.

Ainsi, à l’instar du Christ qui, en s’adressant à Pierre dans les évangiles, lui dit que :« tu es pierre et que c’est sur cette pierre que je bâtirai mon église », NKAÀKA MAFUTA, va comparer le Koòngo à une pierre qu’il convient de bien scruter, de bien travailler finement, habilement, intelligemment et sagement à l’effet de la rendre plus brillante, plus glorieuse et donc plus édifiante et plus sécurisante pour tous ses enfants comme le firent leurs ancêtres par le passé.

Ici, la Nationaliste NKAÀKA MAFUTA, considère, peut-on dire, le Koòngo comme une promesse, c’est-à-dire, « koòngo tsilulu », un but à atteindre à la sueur de son front ou « tsia-futa » comme le sous-entend, entre autres son nom, un gigantesque programme ayant une dimension christique et, qui n’est accessible ou possible que, si les filles et fils Koòngo mettent de l’ordre dans leur mode de vie, de penser et de faire en y associant notamment le principe de l’unité ou luvila ou ngwisani.

Cette Ambition Nationale qui, aux yeux de NKAÀKA MAFUTA est noble, nécessite inexorablement, une certaine façon d’être et de faire ou ki-nsaku (du verbe sakula et qui décrit le fait de débarrasser un terrain, une culture des mauvaises herbes). Les mauvaises herbes étant, en l’espèce, constituées par la méchanceté  des hommes comme les vieilles querelles entre les familles claniques, les démêlés sur les choix des chefs, toutes sortes de rancœurs interminables mettant le projet perpétuel de la nation Koòngo dans une impasse et qui, au final profitent à l’étranger avide et cupide de ses richesses.

Pour NKAÀKA MAFUTA une méthodologie spirituelle ou ki-nsaku s’impose ou doit être associée à l’œuvre de restauration que l’on peut parfaitement renforcer à Mbaànza Koòngo où jadis, était situé, entre autres, le siège de Maàni Nsaku Ne Vunda, le Chef spirituel de la religion originelle Koòngo qui, selon les chroniqueurs européens séjournant dans cette cité royale, est l’homologue du Souverain Pontife de l’Eglise vaticane.

D’où pour la prophétesse NKAÀKA MAFUTA, une vive exhortation en direction du peuple Koòngo en lui demandant de descendre vers San Salvador ou Mbaànza Koòngo, la cité royale, qui est par excellence son lieu même d’unification politique, sociale, morale et spirituelle.

Mbaànza Koòngo est, pour NKAÀKA MAFUTA, tout comme pour son alliée et disciple Yaàya Kimpa Vita, une sorte de parlement ou de Mboòngi National voire un Centre National de règlement de conflits de tous genres et donc le lieu même de restauration intégrale des valeurs qui définissent la Nation Koòngo.
Au mois d’août 1704, le bruit se répand que la « vieille est une sainte » qui opère des guérisons miraculeuses, écrit le doyen Martial Sinda. Profitant de sa position de prophète, Mafouta combattait les fétiches et les autres pratiques magiques. Beaucoup de gens accouraient vers elle et même la reine avait foi en ses prophéties lorsque Mafouta proclamait que le mont Kibangou serait anéanti par le feu si les Congolais persistaient dans leur refus d’écouter le message du Christ. Les missionnaires cherchèrent à l’arrêter mais le roi et la reine, qui croyaient beaucoup en ses prophéties, continuèrent à la protéger contre l’inquisition.

Déçu par ce qu’il croyait être une attitude équivoque du roi et de la reine, le Père Bernardo da Gallo usa, poursuit Martial Sinda, de représailles en fermant les portes de l’église aux fidèles. L’affaire Mafouta Apollonia Fumaria dit « Vieux Siméon » eut de profondes répercussions dans le peuple, quoiqu’elle n’inquiétât pas sérieusement le missionnaire capucin. Celui-ci pensait que les « sottes » prophéties de Mafouta tomberaient d’elles-mêmes et que les positions de l’Eglise menacée seraient rétablies sans difficulté. Malgré cet espoir, les événements en décidèrent, conclut-il, autrement : l’affaire que les missionnaires cherchaient à étouffer connut soudainement des rebondissements imprévus et percutants lorsque la vieille Mafouta se fait l’alliée de Dona Béatrice. [ Sinda (M) « Le Messianisme congolais et ses incidencespolitiques » Payot 1972 P.40.]

En somme, de par son action et son enseignement qui connaissent un grand retentissement auprès du peuple Koòngo, NKAÀKA MAFUTA devient pour Kimpa Vita maàma Ndona ou Dona Béatrice, le modèle, l’exemple à suivre. Tout comme elle et, à l’instar de la Jeanne d’Arc la française, elle va se donner pour mission de remédier aux malheurs du royaume

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (TAÀTA N’DWENGA)

Avocat à la Cour

Koongologue

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