Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour avril, 2013

La paix constructive en Afrique

Posté : 4 avril, 2013 @ 11:45 dans Non classé | Pas de commentaires »

La paix constructive en Afrique photo_1087_article_897

Statue de la paix à Lomé, Togo

La paix, c’est la guerre des idées», disait l’écrivain et poète français Victor Hugo. Cette maxime est, de nos jours, bien loin des stratégies et des politiques africaines dans leur vision de construction et de conception du développement. Le constat actuel illustre cet état de fait consternant et suscite de multiples interrogations pour sortir de ce lancinant problème.

En effet, les guerres multiformes qui désagrègent le continent africain sont des luttes tribales, interethniques, des frontières et des territoires. Ces conflits armés mettent en avant la primauté qu’accorde l’homme à son intérêt personnel de dominer l’autre devenu l’ennemi à battre. Et à faire disparaître. La vie devient une lutte perpétuelle, et non un moment de joie, de plaisir, d’entente, de convivialité, ces valeurs faisant germer le bien vivre ensemble d’une communauté ou d’un peuple dans un but commun. Dans ce sillage, la solidarité et l’entraide forment les socles de la fraternité donnant à la nation souveraine la sérénité et la tranquillité des esprits.

L’éclosion de l’unité indivisible

C’est cette unité d’ensemble qui engendre dans un état libre et indépendant le calme et le silence. Ainsi, la paix habite la nation fondée sur ces piliers brillants qui donnent à la population le bonheur et l’amour. Ces sentiments meilleurs découlent du tréfonds de l’âme du peuple, là où son esprit vit dans la sphère de beauté et de la félicité. Ce monde de plénitude réside dans l’antre intérieur de l’homme. Ainsi, la vraie paix existe dans l’âme du peuple pétri de sentiments et pensées sublimes qui habitent dans les abysses du cœur imbibé d’amour. C’est cette vision étincelante que le politique africain doit appréhender, apprivoiser et appliquer pour générer partout l’ère de la paix intérieure, entrainante et rayonnante, laquelle viendra ouvrir large le champ des possibles où poussent l’espérance, le développement et la croissance tant attendue.

Reconstruire les cavernes d’amour

La haine nous habite tous, frères africains, sur le radieux chemin qui nous pousse à bâtir l’Afrique Une. Le chacun pour soi dicte les idées destructives. Cet individualisme effréné emprisonne dans l’antichambre de l’évolution et du progrès. Les projets et les décisions de l’homme sous l’empire de ces idéaux négatifs construisent les châteaux de ruines et de désunion, avec à la clé le refus manifeste de l’autre considéré comme un renégat, un traître. Chassé de la communauté et du village, il devient le banni de la tribu. C’est par ce rejet du frère de sang que la nation civilisée commence à se disloquer, à se déchirer et à se séparer. Les ethnies proches et les tribus frontalières s’éloignent et se distancient en quittant les terres de conciliation et de jonction. On ne peut construire le pays en refusant l’autre, son prochain. L’Afrique souffre de ce mal congénital. De ce mal sont nées les multiples guerres qui rongent et abîment ses terres de fraternité.

Longtemps, l’Afrique fut un continent où les vertus de solidarité et d’unité gouvernaient les villages, les campagnes et les villes. Ces valeurs noyées dans la division et la dislocation n’existent plus. Elles ont disparu de la vie associative où elles prévalaient et orientaient les chefs dans leur dessein sociétal commun : construire un même village où vivent un seul peuple et un seul idéal. Ainsi, la sortie des guerres intestines passe par le retour à la case départ : il s’agit de reconstruire les cavernes intérieures d’amour, détruites par la haine viscérale qui régente tout. C’est en restant à l’intérieur de ces cases personnelles que l’homme africain retrouvera l’intelligence, la sagesse et la fraternité perdue. Ces flammes jadis alimentaient et dirigeaient les buts ultimes des nations. Avec cette exaltation de l’âme placée dans les effluves d’amour, de générosité et de partage, l’africain élevé et régénéré trouvera sa voie majestueuse ouverte par les anciens chefs qui ont laissé à la postérité les vestiges et les patrimoines brillants. C’est en scrutant ce passé de l’histoire que l’africain initié aux vertus de respect, de confiance, de tolérance, de la morale et de l’éthique deviendra l’héritier de la paix sociale cultivée par les ancêtres.

Concilier les forces intérieures

De nos jours, l’Afrique est touchée par les multiples guerres claniques et frontalières. Ces dominantes guerres des hommes et des territoires. Avec ces luttes armées, l’Afrique devient le terrain de peur, de douleur et de souffrance. Implicitement ou explicitement, l’Africain est responsable des tueries et massacres perpétrés sans cesse sur ses terres d’hospitalité légendaire et d’histoire mirifique. Il est l’artisan de sa propre ruine et de la déchéance des nations.

L’étranger jugé diviseur, destructeur, fossoyeur n’est plus aujourd’hui l’être à jeter l’anathème. L’imprécation vient du peuple piétinant les règles communes de la souche familiale africaine. Elle est l’œuvre achevée par l’africain lui-même dans le refus manifeste de ces lois qui gouvernaient sa vie d’autrefois. C’est cette absolue réfutation qui a renversé irrésistiblement l’Afrique dans la marche vers l’émergence d’un continent développé. En plus de la modernité que l’Afrique doit accepter dans son évolution et son développement, elle doit également concilier les forces intérieures qui ont fait d’elle le continent singulier et authentique. L’identité africaine est forgée par les croyances dans les valeurs millénaires des anciens qui adoraient, vantaient les cultures, les us, les coutumes, les traditions, ces bases qui forment leurs nature et image propres.

L’Afrique en guerre est loin de vivre dans la paix constructive qui façonne les mentalités et unit les hommes. L’absence des guerres des idées a laissé la place aux luttes des classes, des personnes,… Le dialogue et l’échange, qui faisaient le lit de la démocratie et de la liberté de parole, sont évincés dans les discussions et débats infructueux. L’Afrique est victime des rivalités, des mésententes entre les peuples vivant au nord et au sud du même pays. Ces pensées minent les terres africaines et amplifient les guerres fratricides qui éludent la paix positive entre les ethnies.

Tendre la main à l’autre

C’est le choix néfaste de l’esprit négatif vers les palabres stériles et actions destructrices que l’Afrique, sortie des chefferies des connaissances et savoirs sublimes, traverse, cette phase noire des guerres tribales. L’Afrique indépendante doit rester maitresse de sa destinée sans être l’exécutrice des ordres. La véritable paix réside à l’intérieur d’une âme détachée de tout assujettissement et toute contrainte extérieure. La paix constructive habite l’homme qui dit non à la guerre et tend la main à l’autre. Son frère de sang. C’est cette forme de modèle unissant et de stratégie sociale qui feront de l’Afrique une âme noble et humaine. Cette belle humanité exaltée placera le peuple, mû par l’intérêt général, dans le champ de l’unité indivisible et sur le terrain de la maison commune.

L’Afrique réunie gagnera en mettant en application ce geste supérieur, élogieux et méritoire. Une attitude positive qui donnera au peuple éveillé une scintillante vision de l’Afrique en gestation. Le continent meilleur germera sous ce feu intérieur venu du cœur ardent et inondé des belles et nobles idées qui forgent une rayonnante guerre de paix. Cette paix contagieuse, partageuse et lumineuse est une œuvre de longue haleine. Elle se construit pierre après pierre au fond du cœur du peuple où l’unité avec le tout donne la force et la puissance de produire cette captivante sérénité qui donne à l’humanité joyeuse le ferment d’entente, d’harmonie et d’amour universel. Ces vertus cardinales qui fondent le village pour tous. De nos ancêtres éclaireurs.

Yves Makodia Mantseka

Source:  Magazine   Le Nouvel Afrique numéro 53 du 02/03/13

Sens et tradition chez Cardinal Emile Biayenda dans la constitution et le fonctionnement d’un (ki)-teemo

Posté : 4 avril, 2013 @ 9:25 dans Non classé | Pas de commentaires »

Est appelée tontine toute association de personnes qui versent de l’argent dans un fonds commun lequel, est reversé à tour de rôle à chacune d’elles.

Il s’agit là d’une institution qui, longtemps durant, a été pratiquée par les populations de l’aire bantoue. Ce type d’association est appelé Ki-teemo chez les Koòngo.

 Sens et tradition chez Cardinal Emile Biayenda dans la constitution et le fonctionnement d’un (ki)-teemo tontine

 

 

 

 

 

 

 

Le sociologue et koòngologue français Georges BALANDIER voit à travers le teemo, une sorte d’aménagement de relations pacifiques et commerciales entre éléments jusqu’alors antagonistes. C’était une manière de s’obliger réciproquement et de s’associer ; constituant selon lui, l’une des premières tentatives, peut être l’une des plus anciennes, faites pour rompre l’isolement des lignages et de donner aux relations avec l’extérieur un caractère autre qu’agressif ou occasionnel. (Balandier (G) in «  Sociologie actuelle de l’Afrique noire. », changements sociaux chez les Bakongo du Congo P.U.F 2ième édition 1971. P.347.

Emile Cardinal BIAYENDA rapporte que :

«  Le Kitemo, synonyme de « Nkulu » a désigné d’abord dans l’idiome ( la langue) du pays, des souches d’arbres durcies au soleil ; puis un genre de panier qu’on tressait avec une herbe appelée « Makaka ». Munis d’un couvercle, ces paniers servaient à garder des objets précieux. Par association d’idées, ce nom a par la suite désigné le nouveau système d’épargne et signifia : apport en retour. » (Biayenda (Abbé E.) in « Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo Brazzaville » Thèse Lyon 1968 Deuxième partie P.36.

Cette définition que donne le Cardinal BIAYENDA est d’autant plus remarquable qu’elle permet aussi sur le plan de l’étymologie de mieux cerner la philosophie d’un teemo.

A dire vrai, l’expression Ki-teemo ou teemo dérive du verbe TA qui veut dire régler, parler, exprimer, manifester, trouver une réponse sous entendu aux problèmes qui se posent.

biayendaVu sous cet angle l’objet d’un teemo paraît plus clair et va donc au-delà d’un simple versement de l’argent entre membres qui le composent pour le reverser à tour de rôle à chacun d’entre eux.
Ceci dit, l’objet d’un teemo consiste en un règlement des besoins divers et variés et plus ou moins immédiats des personnes qui en sont membres.

C’est pourquoi la signification du mot teemo exige qu’il soit associé à un autre terme à savoir : maàmbu

Maàmbu est un pluriel du mot diaàmbu qui veut dire différend, litige, affaire, problème, contentieux etc. Ainsi, de par son objet, le teemo aspire au règlement des affaires ou problèmes des membres qui le constituent.

En d’autres termes, l’expression « ki-teemo maàmbu » (sous une autre forme on dirait maàmbu mò ta mò) signifie du point de vue de son étude à la fois étymologique et sémantique, parler, traiter, régler les affaires et, plus extensivement résoudre les problèmes humains en leur apportant des solutions financières, économiques, fraternelles et affectives.

D’où la signification linguistique de l’expression « vuùka teemo », sous-entendu vuùka bantu, taà ou yidikaà maàmbu, c’est-à-dire, procéder à la constitution d’un groupe associatif (composé d’hommes et de femmes) à l’effet de les accompagner dans la gestion de leurs problèmes quotidiens.
C’est ainsi que le synonyme de teemo que rapporte Emile Cardinal BIAYENDA prend toute sa signification à savoir : le nkuùlu qui n’est autre qu’un dérivé du verbe kuùla qui veut dire grandir, germer, se développer, croître.

Autrement dit le teemo est chez les Koòngo, à la fois, sens et tradition consistant en un règlement à l’échelle associative des problèmes sociaux tout en aspirant avec force à l’harmonie des relations humaines et, somme toute, à la tranquillité et à la paix des personnes qui en sont membres.

En fait par principe, le teemo est une illustration de la science de NDU ou KU-NDU, qui a, entre autres, pour objet de rassembler des hommes et des femmes dans l’unique but d’une amélioration des conditions de leur existence.

Aspirant tous au bien être des uns et des autres, devenant ainsi des frères et sœurs bien aimés, c’est-à-dire des NDUKU par application du principe de Ki-yindula, les membres d’un ki-teemo véhiculent entre eux, le sens de l’amitié, de l’altérité et de l’amour fraternel. C’est dans cette optique qu’Emile Cardinal BIAYENDA relève à juste titre que :

« le kitemo favorise réellement l’épargne et procure à ceux qui le pratiquent des ressources sérieuses susceptibles de les mettre à l’abri des nécessités urgentes. Les adhérents relèvent presque tous d’un seul groupe ethnique…Des liens solides d’estime et d’amitié réciproques se créent entre les membres en même temps que chacun s’efforce de trouver sa quote-part durant l’intercession ; donc à travailler, à chercher à vendre pour se procurer l’argent. Chez les citadins ce système d’épargne qui est souvent de rythme mensuel leur permet d’améliorer notablement leur niveau de vie et de se procurer des biens que leur salaire ne leur permettait d’un seul coup. » (Biayenda deuxième partie P.35.)

Effectivement des liens solides d’estime et d’amitié réciproques se créent entre les membres d’un teemo si bien que ce qui les lie est, par principe fondé sur des valeurs sûres que sont : le respect d’autrui, l’engagement et celui de la parole donnée, la discipline, la volonté, le sens de la responsabilité et l’amour au sens propre du terme.

Enfin, l’organisation et le fonctionnement d’un teemo est assuré par un chef appelé ngudi teemo, c’est-à-dire la mère de cette institution. Elle est donc sous le signe, comme le relève à juste titre le koòngologue BALANDIER de la « féminité », qui est celui de la fécondité et la pacification.

Le ngudi teemo reste une pièce maîtresse dans la constitution et le fonctionnement du groupement. Ayant sous sa responsabilité les « Bana ba teemo », les enfants de teemo, de son sens de l’organisation dépend sérieusement la survie de celui-ci. C’est à ce titre qu’il doit être un fin juge et un conciliateur avéré dans les litiges ou conflits qui sont susceptibles de menacer la cohésion et l’harmonie de l’association.

La responsabilité de ngudi teemo est immense puisqu’il peut être amené, à titre personnel, à supporter les insuffisances des membres défaillants. Sa responsabilité est d’autant plus immense qu’il lui est reconnu toutefois la faculté d’infliger des amendes aux membres défaillants qui, par leurs actes, ont sérieusement porté atteinte à la tranquillité, l’harmonie et la paix au sein de l’institution.
On lui doit tellement pour la bonne marche de l’association que le membre qui touche, écrit le Cardinal BIAYENDA, le montant des versements lui remet une certaine somme. Il offre également une ou deux dames-jeannes de vin de palme aux membres du cercle.

Rudy Mbemba alias TAÀTA N’DWENGA

 

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