Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour le 3 janvier, 2013

DE L’INTERDIT OU DU PRINCIPE DE L’EDUCATION CHEZ LES KOÔNGO : LE MÙ-LÒNGO OU N’LÒNGO

Posté : 3 janvier, 2013 @ 11:34 dans Non classé | Pas de commentaires »


DE L’INTERDIT OU DU PRINCIPE DE L’EDUCATION CHEZ LES KOÔNGO : LE MÙ-LÒNGO OU N’LÒNGO moyens-de-communications-traditionnels-zone-rurale-koongo8

 

De tout temps, chaque société humaine a toujours disposé des moyens ou modes d’initiation de la jeunesse pour la former, la modeler, somme toute, pour mieux l’éduquer. C’est sous cet angle que l’éducation apparaît en effet comme une technique, à la fois humaine et sociale, de formation, de développement et de préparation de la jeunesse à la vie adulte.

Si l’éducation est cette science ayant pour objet de former l’être ou le futur mùuntu par diverses techniques qui en sont la source, force est toutefois de remarquer que, certaines d’entre elles portent sur la notion même de l’interdit.

L’interdit en matière d’éducation chez les Koôngo est appelé le mù-lòngo ou n’lòngo.

A dire vrai, le mot n’lòngo n’est autre qu’un dérivé du verbe lònga ou lòngoka qui veut dire enseigner, instruire, étudier, examiner, éduquer etc.

C’est dire que ce mot, en l’espèce, n’est pas pris dans son acception qui équivaut à la volonté d’un homme et d’une femme qui s’engagent à vivre ensemble par le biais du mariage.

Ici, le n’lòngo est ordre, force de loi ou tsieno tendant à orienter le comportement social des êtres.

En effet en vertu de ce principe de n’lòngo l’enfant, quel qu’il soit, est astreint à son respect. Ce faisant, il lui est interdit de faire certaines choses ou de tenir telle ou telle autre attitude face à certaines situations ou circonstances.

L’interdit ou le n’lòngo devient, en ce cas d’espèce, la manifestation même du principe du non dit sans que cela soit clairement expliqué à l’enfant.

Par exemple, autrefois, il était interdit aux enfants d’uriner dans de l’eau. La violation de ce tabou ou n’lòngo est de nature, d’après les anciens à provoquer la colère de Wamba, le dieu des eaux ou qui vit sous l’eau. Partout où il se trouve l’enfant se doit ou est contraint de respecter cet interdit.

Dans le cas de violation d’un tel tabou, l’enfant ou la personne qui a uriné dans un ruisseau doit réciter la prière suivante :

 

«  Kinzienina, kinzienina,

Kamenako nsisidibo,

Ya wamba sidibo,

Baka ya wamba

We ku ntsia mamba ;

Dzubu “

 

En même temps que l’homme prononce cette prière, il tape du doit la surface de l’eau.

 

Traduction française :

 

Kinzienina : espèce de maladie vénérienne qui ronge le bout de l’appareil sexuel de l’homme.

 

« Kinzienina, kinzienina,

Ce n’est pas moi qui ai uriné dans l’eau.

C’est Wamba qui a souillé l’eau (ya : diminutif de yaya : frère ),

Attrape ya Wamba qui vit dans l’eau.

Dzubu (qu’il en soit ainsi)

(Pascal Makambila in « Croyances et pratiques magiques des Kongo-Lari de la République populaire du Congo : « Kindoki » Thèse Bordeaux 1976 P.121.)

 

Dans le même ordre d’idées, autrefois, il était interdit aux enfants de se rassembler le jour pour se raconter des fables ou légendes. Il s’agissait là pour eux, considère-t-on, d’une attitude gravissime de nature même à causer la perte d’un être qui leur est cher comme un parent direct. Aussi il leur était interdit de se comporter de la sorte et l’idéal étant d’accompagner les anciens dans leurs tâches quotidiennes.

Aussi banale que la lecture de ces récits peut paraître, n’empêche qu’ils avaient autrefois pour objet d’éduquer, de former les enfants en leur inculquant le principe de n’lòngo ou d’interdit voire du non dit.

Ainsi dans le premier récit, le n’lòngo ou l’interdit consistant à l’enfant ou aux enfants de ne pas uriner dans un ruisseau ou une rivière avait pour objet de leur inculquer la notion de respect et surtout d’hygiène de l’eau qui, chez les Koôngo tout comme dans la quasi-totalité des peuples bantous constitue le principe même de vie.

C’était une manière d’apprendre aux enfants l’importance et la tenue hygiénique des eaux comme celles des ruisseaux ou rivières  et qui outre le fait de s’y baigner pouvaient aussi servir d’eau potable.

Ainsi, par le jeu de l’interdit ou n’lòngo l’enfant est, sans le savoir, mis hors de danger dans l’usage des eaux qu’il aura par exemple lui-même polluer par ses propres urines ou par son inconscience.

Ici, le n’lòngo relève du domaine de l’hygiène, de la santé et de la salubrité. C’est en grandissant que l’enfant saura lui-même la profondeur du non dit de l’interdit et qui, en l’espèce a pour objet de le prévenir des méfaits de ses propres manquements ou insouciances. Il est un mùuntu en perpétuel devenir qui, à ce titre doit être conscient de ce qu’il est, entre autres, c’est-à-dire, un être biologique obéissant à ce titre à certains principes de vie et des éléments du nza ou univers qui l’entourent.

Dans le second récit, c’est implicitement la lutte par les anciens contre la paresse, l’inertie, l’oisiveté dont les enfants pouvaient faire preuve. Un groupement sans but réel des enfants en plein jour était jugé comme étant la porte ouverte à la passivité ou à l’inertie voire à la vie facile et donc à l’émergence d’une délinquance juvénile.

D’où la nécessité de les occuper, d’une manière ou d’une autre, à l’effet de favoriser par l’apprentissage ou le travail leur insertion sociale.

C’est dans cette optique que le vénéré cardinal Emile BIAYENDA rapporte que :

« C’était dans la société traditionnelle la méthode utilisée pour l’éducation et la préparation des jeunes, bref de l’homme pour son intégration dans la communautéQuant au mode d’initiation dans n’importe quel domaine, c’est non par des discours et des théories que l’on procède, mais par l’exercice de ce que l’on veut faire ou devenir. » (Abbé Emile BIAYENDA in « Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville » Thèse Lyon 1968 P.112.).

Dans le même ordre d’idées, Theodulos Auguste KOUNKOU-KUE relève dans son remarquable ouvrage portant sur le TSIKULU retour aux sources pour l’interculturel harmonieux  (Auto-éditeur, 2012-Paris Page 53.) que :

« Le respect des interdits dans tous les domaines de la vie est capital. Les rites n’ont pas forcément une interprétation rationnelle, mais de leur respect ou non peut dépendre la vie humaine. ».

En somme, le n’lòngo est aussi une technique d’initiation du mùuntu voire une élévation de son être à la dimension du sens de ses responsabilités et de son devenir existentiel. C’est le principe du non dit de l’interdit qui, autrefois faisait partie des modalités éducatives de la jeunesse dans la société Koôngo. Son objet principal étant celui de prévenir la jeunesse des méfaits ou conséquences de ses actes inconscients.

BENAZO-MBANZULU LE PHILOSOPHE DE MBANZA KOÔNGO (MBUTA N’DWENGA)

 

 

 

 

 

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