Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour mai, 2012

Les paroles et des actes au Mbongui ou dans la vie quotidienne chez les Koôngo

Posté : 12 mai, 2012 @ 1:00 dans Non classé | Pas de commentaires »

Les paroles et des actes au Mbongui ou dans la vie quotidienne chez les Koôngo

 

 

 

 

 

 

Espace de diffusion et de transmission des connaissances ancestrales, le Mboôngi est aussi le lieu où les jeunes s’initient à l’art de la parole. C’est en ce lieu qu’ils apprennent les palabres du clan, les différentes manières de trancher les débats en saisissant, entre autres, la portée des mots ou des proverbes qu’ils emploient.

mbongui

En effet, dans leurs assemblées ou réunions publiques ordinaires ou extraordinaires, et peu importe l’objet ou la cause de celles-ci, les Koôngo sont habitués à entendre l’emploi du proverbe suivant :

L’intervenant déclare : NZAMBI WA BONGA (= Dieu prit !)

L’assistance répond : WA SA (= Dieu fit !)

L’intervenant reprend : E E NKASUKULU (= Sur ce,)

L’assistance réplique au final : E E TSIA (= que la lumière soit !)

Il s’agit là, d’une expression proverbiale fort populaire et qui, dans la tradition Koôngo, met Dieu NzaMbi’a MpuNgu au premier rang en matière de transmission de connaissances ou d’analyse d’une situation donnée.

A ce propos, force est de rappeler que, si cette expression proverbiale est récursive dans les assemblées publiques Koôngo comme autrefois dans les Mboôngi pour signifier la fin d’un propos ou celle de la tenue des assemblées elles-mêmes, ce n’est pas pour autant que son véritable sens philosophique soit clairement perceptible par le grand public.

En principe, l’expression proverbiale, Nzambi wa bonga wa sa ee nkasukulu ee tsia, que l’on a pour habitude de traduire par  » A bon entendeur salut !  » ou litérralement par  » Que Dieu s’en charge et que l’affaire est réglée  » est l’affirmation solennelle d’un des principes majeures en matière d’éducation, de formation et d’enseignement chez les Koôngo.

A dire vrai, si le dicton Nzambi wa bonga wa sa ee nkasukulu ee tsia tend à mettre Dieu NzaMbi MpuNgu au haut sommet de toutes connaissances et à le définir comme l’être le plus élevé qui soit capable de régler définitivement une affaire, il n’en demeure pas moins qu’il renferme un enseignement qui paraît être beaucoup plus subtile qu’il n’en dit.

kongo7L’étude sémantique et philosophique de cet adage est, en réalité, une consécration chez les Koôngo d’une règle d’or en matière d’éducation, de formation ou d’enseignement de façon générale.

Si naturellement certaines qualités sont exigées aux éducateurs ou aux enseignants, il y a lieu toutefois de relever, et non des moindres, que l’éducation ou la formation voire la transmission des savoirs et connaissances impose à ceux qui les reçoivent d’entretenir en eux une attitude de haute attention.

Condition si ne qua non de compréhension des lois ou des principes et usages existentiels, cette haute et particulière attention est, au travers de l’expression proverbiale, objet d’étude, formulée sous la forme d’une loi qui n’est autre que celle de  » la loi de double écoute « .

Ainsi, un néophyte est, chez les Koôngo, cette personne qui, dans le cadre de son apprentissage doit répondre à deux obligations qui, corrélativement la prédisposent à l’adhésion de la connaissance. Il faut qu’il soit dans le :

1. WA- BONGA :
Ici, les deux termes traduisent respectivement les idées d’écoute et de prise voire d’intégration de la connaissance objet de diffusion ou de transmission.

WA = Ecouter ; BONGA = Prendre

Ceci dit, pédagogiquement parlant l’écoute en matière d’éducation, de formation ou d’enseignement n’est véritablement significatif et efficace que si, au final elle est instructivement profitable à l’étudiant. Il faut qu’il s’enrichisse par la connaissance en réussissant à la dompter. Autrement dit, selon la tradition Koôngo, on doit en principe s’instruire de la connaissance qui est au coeur de l’écoute du néophyte ou de l’étudiant.

2. WA -SA :
Tout comme pour les précédents termes, ici, WA et SA veulent signifier le fait d’écouter et celui de faire.

WA = Ecouter ; SA = Faire

Autrement dit, un néophyte ou un étudiant qui en est digne ne peut véritablement l’être que, si l’ensemble des connaissances et savoirs qui lui ont été transmis sont non seulement intégrés par lui mais également font l’objet de sa part d’une application rigoureuse face aux différentes situations sociales auxquelles il peut être confronté.

On en arrive ainsi au principe effectif de  » la loi de double  » constituée d’une part de WA -BONGA et d’autre part de WA -SA.

kongo8Au final, d’après la tradition Koôngo, c’est la conjugaison par le néophyte du principe de WA-BONGA et de celui de WA-SA qui est la source directe d’une résonance en lui des savoirs et connaissances qui lui ont été transmis. Cela est d’autant plus remarquable que celui qui transmet n’est que, de par sa nature humaine, un être limité qui ne peut tout donner ni transmettre pour la bonne et simple raison qu’il n’est qu’un MUUNTU limité en dépit des connaissances dont il est porteur.

D’où le sens étymologique de l’expression EE NKASUKULU qui, en réalité n’est qu’une extention de SUKA qui, à son tour n’est qu’un extrait verbal du mot NSUKA et qui, dans le cas d’espèce exprime parfaitement la ou les limites de celui qui transmet, c’est-à-dire de l’enseignant qui, par cette intonation espère que le néophyte dans son art d’exploration personnelle saura compléter du moins en partie les connaissances manquantes.

Ce faisant, d’après la tradition Koôngo, la lumière au sens où elle est écho ou résonance des savoirs et connaissances ayant été intégrées chez le MUUNTU, c’est-à-dire le TSIA, n’est en réalité, qu’une combinaison chez ce dernier des principes de WA-BONGA et de WA-SA.

Cependant, en dépit de cette explication, les principes de WA-BONGA et de WA-SA ne remettent nullement en cause la conviction théologique du MUUNTU sur l’intelligence infinie de son Dieu créateur NzaMbi MpuNgu qui aura prit (WA BONGA) et mis à sa disposition (WA SA) les savoirs et connaissances nécessaires contribuant à son bonheur ou à son bien être.

En somme, NzaMbi est aussi, chez les Koôngo, l’art de savoir écouter dans le but de connaître, de savoir et par conséquent de vivre éventuellement dans l’univers de l’harmonie et de la paix. D’autant plus que les connaissances, chez le MUUNTU sont toujours limitées. C’est à ce titre qu’il a l’impérieux devoir d’apprendre et qu’enfin l’Absolu, c’est Dieu lui-même NzaMbi Mpungu, le détenteur par excellence de la connaissance absolue.

C’est dans cette optique que le proverbe Koôngo selon lequel, wa dia fwa yika dio, c’est-à-dire, l’héritage reçu, efforce-toi de l’accroître, semble être le corollaire du principe existentiel de wa bonga, wa sa ee nkasukulu ee tsia. Comme le rappelle si bien le vénéré cardinal Emile BIAYENDA, par héritage, on entend ici, les qualités, tous les dons, toutes les connaissances, tout le savoir légué par les ancêtres. Les héritiers ont l’impérieux devoir de faire fructifier leur patrimoine : malheur à qui enfouirait les talents des ancêtres.

Dans le même ordre d’idées, autrefois, les anciens, à l’effet d’inviter les plus jeunes à aller plus loin dans leurs entreprises, aimaient autrefois proclamer dans leurs assemblées l’expression suivante :

WE NA MESO KA MONE, WE NA MAKUTU KA WE, WE NA NGANGU KA SE, que celui qui a des yeux saisisse la réalité des faits ou choses qui lui sont soumises et que celui qui a des oreilles entendent nettement et qu’enfin l’homme sage puisse appliquer sa science correctement.

Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu ( Tata N’dwenga)
Avocat à la Cour
Koôngologue

Quarantième anniversaire du décès de l’abbé Fulbert Youlou

Posté : 5 mai, 2012 @ 6:10 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

A l’occasion du quarantième anniversaire du décès de l’abbé Fulbert Youlou : des mots et de la saveur de quelques idées politiques du premier président du Congo Brazzaville (1959-1963) mort exil à Madrid le 5 mai 1972

Sous l’ancien régime allant de décembre 1958 au mois d’août 1963, les convictions des hommes politiques congolais ne souffraient d’aucune ambiguïté. L’Homme était politique, l’exprimait, s’engageait parce que ses convictions fortement enracinées en lui étaient le moteur même de son action.

youlou0Ainsi, l’abbé Fulbert Youlou tout comme Jacques Opangault ou Félix Tchicaya, croyait en une action politique fondée sur des idéaux, des vraies valeurs qui sont à même de définir l’identité d’une nation. Et à ce titre, à mieux comprendre le sens des choix socio-politiques de ses gouvernants.

A ce propos, l’abbé Fulbert Youlou n’a jamais cru au communisme ou au socialisme africain qu’il va d’ailleurs qualifier de mirage.

Même s’il est de confession chrétienne plus précisément d’obédience catholique, l’abbé Fulbert Youlou est, peut-on dire, un véritable traditionaliste africain digne de ce nom.

En fait sur le plan spirituel, la démarche de l’abbé Fulbert Youlou est pratiquement identique à celle de ses prédécesseurs qui sont aussi ses anciens à savoir : Simon Kimbangu et André Grenard Matswa. En effet tout en restant en parfaite harmonie avec les croyances de leurs ancêtres, le prophète Simon Kimbangu et le vénéré Ngunza André Grenard Matswa ont aussi cru en la parole de l’évangile qui, selon eux est aussi source de libération et donc de respect des peuples.

C’est dans cette vision des choses que s’inscrit aussi l’action de l’abbé Fulbert Youlou qui croit avec force sur le plan politique que :

 » Le continent noir est profondément spiritualiste, traditionnaliste, attaché à ses coutumes, à sa terre, à ses chefs naturels. Il est démocrate et communautaire et il n’a pas attendu Marx pour mettre en commun ses ressources, mais il sait que rien de grand n’a été réalisé dans le monde en dehors de l’instinct naturel qu’ont les hommes de posséder, d’améliorer leur sort et d’enrichir.  » ( A.F.Y in  » J’accuse la Chine  » Edition La Table Ronde  » P.15 et s.).

Ainsi, l’abbé Fulbert Youlou est fort convaincu que le « christianisme kimbanguien ou matswaniste » apporte mieux une solution sociale aux problèmes posés aux peuples africains que ne le ferait le communisme ou le socialisme que certains fils d’Afrique vont qualifier béatement de scientifique.

youlou00L’échec total du socialisme scientifique dans les pays qui l’ont adopté vient, écrit l’abbé Fulbert Youlou, de la toute-puissance des intellectuels politisés qui ont substitués un dictatoriat de l’élite privilégiée à la démocratique autorité tribale, toujours basée sur le consentement populaire contre lequel aucun chef ne s’insurge. Le chef que le peuple se choisit librement et régulièrement est, ajoute le président-abbé, désigné parce que jugé assez fort pour juguler la nature africaine mais s’il lui arrive d’outrepasser ses pouvoirs, il est éliminé impitoyablement. Ne dirige pas qui veut en Afrique, conclut-il, mais qui le mérite.

A dire vrai, l’abbé Fulbert Youlou n’a jamais cru en l’application sur les terres africaines de la théorie de la lutte des classes qui est un crédo fort intéressant des « missionnaires du socialisme scientifique ».
A ce sujet l’abbé président déclare :

«  Les classes naturelles sont, pour la plupart, encore nécessaires à l’évolution de l’Afrique, comme l’aristocratie, la noblesse et la bourgeoisie l’ont été aux progrès de la civilisation. »

Pour étayer ses assertions, l’abbé Fulbert Youlou fait application d’un adage bantou d’après lequel :

 » Ce sont les racines profondes qui font les géants de nos forêts et l’arbre qui n’a pas de solides racines ne monte jamais bien haut  » ( A.F.Y in  » J’accuse la Chine  » P.44)

C’est à ce titre que l’abbé Fulbert Youlou formule un avertissement prophétique à l’endroit de ses frères Africains et Congolais intellectuels qui se laissent aller par des courants de pensée communiste ou marxisante.

Aussi, n’hésite-t-il point à leur rappeler et même à l’endroit des européens qui sont leurs complices que :

 » Chez nous, quand un piroguier tombe dans le Congo, instinctivement il lutte contre le courant, car il sent que s’il se laisse aller là où le flot le charrie, il est perdu. Le  » sens de l’Histoire », c’est un peu l’affaire du piroguier et il me paraît aberrant que des hommes intelligents, cultivés se placent au milieu des rapides qui les emportent vers l’univers totalitaire et athée. » ( A.F.Y in  » J’accuse la Chine  » P.45.)

Aux termes de cette analyse fort pertinente, l’abbé-président en arrive à une conclusion d’après laquelle  » Voilà qui nous mène loin du Congo et de ses drames. Eh bien ! Non, car j’ai la conviction que les ennemis de la civilisation préparent, de mon Congo occupé par les barbares, non seulement l’investissement de l’Afrique, mais celui des esprits, des cœurs et des âmes.  »

A cela le prophète-abbé ajoute avec solennité :

 » Il faut que mon exil, mes épreuves, celles de mon peuple éclairent les Français, les Européens, les Américains et tous les hommes libres. Il fallait peut être cette extrémité pour que je confie à la feuille blanche mes angoisses et mes certitudes, mes larmes et mes colères. » (  » J’accuse la Chine  » P.46.).

youlouabbe2Ainsi partisan d’un christianisme africain respectueux des valeurs des peuples, l’abbé Fulbert Youlou croyait très fort que :

 » L’Afrique réaliste est celle qui a le courage de reconnaître et de considérer l’acquit de la colonisation comme partie organique de l’Afrique indépendante et non d’avoir retardé son évolution. Ce qui ne veut pas dire que cette Afrique entend copier ou imiter les Occidentaux, mais affirmer, en collaboration avec l’Occident…sa vocation, sa culture, ses coutumes, sa fécondité d’invention; l’Afrique qui sait que sa jungle et sa savane monstrueuses peuvent, si les Africains se laissent aller à l’indolence de l’indépendance, recouvrir et annihiler ce qui a été réalisé « . (  » J’accuse la Chine  » P.43.)

Ceci dit, l’abbé Fulbert Youlou va s’ériger en missionnaire démocrate-chrétien mais toutefois traditionnaliste africain en croyant avec force, à l’instar de Matswa ou du prophète Kimbangu en :

«  L’Afrique consciente du potentiel de ses richesses du sol et du sous-sol qui doivent lui permettre d’assurer sa subsistance, d’améliorer les conditions de vie de chaque Africain, non comme le prétendent les  » missionnaires  » du socialisme par des révolutions intérieures, mais par la loi naturelle de l’effort, de la compétition dans la liberté d’entreprendre. » (  » J’accuse la Chine  » P.43.)

Avec les pensées prophétiques du visionnaire abbé Fulbert Youlou, il est plus que jamais nécessaire et en même temps urgent, de rappeler que le développement et l’autonomie de l’Afrique de demain passeront par une conscience-lumière de ses dirigeants qui sauront puiser ce qu’il y a de mieux et surtout de meilleur dans cette dynamique de la culture africaine.

En somme, avec le visionnaire, le Ngunza, l’abbé Fulbert Youlou  » Le vouloir vivre libre et indépendant  » n’est pas que l’art de la contestation. Outre le fait de préserver son identité et sa dignité, c’est aussi l’art de prévoir et d’anticiper sur la manière de faire et d’être face aux divers obstacles auxquels on peut être confronté et qui, par conséquent sont susceptibles d’entraver la liberté d’entreprendre et d’autonomie existentielle.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU ( alias Tata N’DWENGA)
Avocat à la Cour

 

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