Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

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Le cardinal Biayenda et le rite d’intronisation du M’pfumu Mpu

Posté : 17 mars, 2012 @ 8:05 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Le cardinal Biayenda et le rite d’intronisation du M’pfumu Mpu ou du chef à couvre-tête chez les Bantous : le cas de Koôngo

L’élection ou l’intronisation d’un chef à couvre tête ou d’un chef couronné fut l’un des rares évènements les plus importants de la vie quotidienne dans le Congo ancien.

Le M’PFUMU MPU ou le chef qui est étendu sur la peau du léopard ou sur la peau de l’antilope Kimpiti est, peut-on dire, le dernier grand héritier politique des institutions représentatives telles qu’elles ont pu exister dans le pays du roi NTINU WENE à savoir : le KOÔNGO-DYA-NTOTELA.

biayenda4Après le déclin de l’ancien Congo, les (BA)-KOÔNGO ont vu progressivement une importance de quatre espèces de chefs que sont : le chef de la lignée, du clan, du village et le chef couronné.

Longtemps durant, un clan jouissant d’une grande renommée avait un chef couronné ou M’PFUMU MPU. Et à côté de celui-ci pouvait aussi être instituée une cheffesse dont les attributions étaient essentiellement religieuses et qu’on appelle la NDONA NKENTO, la dame-chef.

Le M’PFUMU MPU et la NDONA NKENTO étaient toujours désignés ou investis dans les mêmes circonstances. Celles-ci étant, entre autres, justifiées  par le besoin de la communauté d’être ordonnée et donc d’être dirigée par une autorité certes humaine mais toutefois bénéficiant de l’agrément de Dieu NZAMBI MPUNGU et  de celui des mânes des ancêtres.

Ceci dit, le choix d’un futur M’PFUMU MPU ou d’une NDONA NKENTO était fait sur des enfants ayant un âge compris entre 12 et 14 ans. La charge dudit choix incombait  aux anciens que sont les chefs de lignées, de clans, de villages et le chef couronné lui-même en exercice.

Ici, le futur chef est, quelque peu, candidat à la candidature pour prétendre à l’investiture proprement dite du M’PFUMU MPU.

C’est ainsi que le choix de la désignation du futur chef  s’accompagnait toujours d’une grande préparation éducative qui, autrefois était assurée par le chef couronné lui même et son conseil.

Ce faisant, par principe, le chef couronné et son conseil étaient chargés de l’éducation du jeune garçon-candidat tout comme la Ndona Nkento se devait s’occuper de celle de la fille.

A ce propos, le père VAN WING rapporte que :

 » Ce qu’ils cherchent à obtenir avant tout de leurs élèves, c’est l’égalité d’humeur et la douceur, – un coeur apaisé, comme ils disent. Ils doivent éviter tout éclat de colère ou de passion. La brusquerie des gestes, même tout empressement dans la démarche. On leur apprend à parler posément. Outre les fonctions et les rites de leur futur charge, on enseigne aux candidats toutes les traditions du clan. Le garçon apprend aussi la langue et les proverbes des palabres. Pendant un ou deux mois, qui précèdent l’investiture, le garon ainsi que la fille, et un ou deux jeunes gens ajoutés en guise de témoins-surveillants, se retirent dans la forêt et y demeurent cachés dans une hutte bâtie pour eux. Pendant le jour ils y restent couchés sur une peau d’antilope kimpiti. » ( Etudes BAKONGO Sociologie-Religion et Magie par J. Van Wing, S.J. Deuxième édition 1959 P.109.)

biayenda3Le père VAN WING qui est un missionnaire belge ayant longtemps vécu avec les KOÔNGO du Congo-Kinshasa notamment avec ceux de la localité de Kisantu ou les (BA)-Mpangu depuis les années 1920 (autrement appelés les (BISI)-MPANZU chez ceux du Congo-Brazzaville) fait un descriptif des futurs candidats tels qu’il les a connus lui-même personnellement.

A ce propos, il écrit :

 » Les deux candidats, que j’ai rencontrés et qui pouvaient avoir quatorze ans, étaient d’une réserve et d’une gravité…Paroles, gestes, attitudes exprimaient une certaine dignité et en même temps une modestie remarquable. Ils étaient aussi plus propres et mieux habillés que les autres garçons. Ils n’avaient pas la mobilité des yeux, qui distingue les Bakongo de leur âge. Ils tenaient les regards baissés ou les fixaient longuement et posément sur leur interlocuteur. Ils semblaient rêveurs et mélancoliques. Les deux vieilles ba ndona, que j’ai vues, se distinguaient entièrement de leurs congénères par leur air grave et leur démarche imposante. » (Le père VAN WING Ibidem)

A dire vrai, la désignation ou l’investiture d’un M’PFUMU MPU ou d’un chef à couvre-tête comporte, d’après le vénéré cardinal Emile BIAYENDA, trois étapes essentielles et qui sont de portée initiatique :

1. LE DIATA MPU (ou piétiner, marcher sur la couronne)

A ce stade du processus initiatique, le candidat, considéré comme un «  malade  » est, écrit le vénéré cardinal, invité à s’asseoir sur une natte devant la porte de sa case. Ensuite, il sera entouré par les  » Bala-ba-M’bouta  » et les  » Ba-tekelo » ; ceux-ci, à tour de rôle, viennent lui passer la plante de leur pied droit barbouillé des cendres, sur tout le corps, depuis la face jusqu’aux jambes, en frôlant le thorax, les bras et les cuisses. Ce piétinement systématique est accompagné des paroles… » (Emile BIAYENDA Cardinal in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville Thèse Lyon 1968)

La philosophie de cette épreuve initiatique consiste en une prise de conscience qu’il convient de susciter chez le futur M’PFUMU MPU sur la gravité des fonctions qu’il aura à assumer en tant que chef proprement dit d’autant plus que  » Muntunga gâta wa lungu « , c’est-à-dire qu’un chef, chez les KOÔNGO, doit se résigner à vivre dans les tracas ou  » Mfumu kia kanda, ndandu mayuma « , un chef de famille n’aura d’autres récompenses que les récriminations.

2. LE KOTA MPU (Ou rentrer dans, être invité à)

C’est à l’occasion de cette retraite que l’homme, appelé à devenir M’PFUMU’A KANDA est, écrit le vénéré cardinal Emile BIAYENDA, méticuleusement initié aux devoirs et aux pouvoirs inhérents au métier de Seigneur du clan. Compte tenu de cela, le candidat est enfermé durant presque une dizaine de jours dans une case spécialement conçue pour l’événément.

3. LE BIALA MPU (Ou être définitivement investi)

C’est la troisième et dernière étape de l’intronisation, une phase durant laquelle le candidat est investi de tous les pouvoirs de M’PFUMU’A'KANDA.

Il devient ainsi, comme l’écrit le vénéré cardinal Emile BIAYENDA,  » l’ordonné ou le prêtre de l’ordre de MPU sous les auspices des Mânes du clan « . Divers insignes attachés à la fonction lui sont remis comme le N’soungoua-a-N’kampa, brassard fait d’un morceau de tapis rouge qui symbolise la charge de l’investi.

biayendaLe sens caché de ce symbole est, d’après le vénéré cardinal Emile BIAYENDA :

 » Sagesse et Force pour le clan. Un coeur léger ne peut être sage, juste et fort. Ces qualités sont absolument requises pour conserver la dignité au clan « .

C’est dans cet état d’esprit de haute conscience politique, spirituelle et sociale que les KOÔNGO croient dur comme du fer que :

 » le respect et le rayonnement de la couronne, dépendent intimement de la personnalité et de la sagesse de l’être qui en est investi « .

C’est ce qu’ils expriment en langue KOÔNGO par le dicton d’après lequel :

 » NTU BUZITU, MPU BUZITU « .

A la lecture de tous ces principes qui régissent l’exercice d’une autorité dans l’Afrique de nos ancêtres, l’histoire et le bon sens exigeraient que nos représentants politiques d’aujourd’hui, à quelque niveau où ils se trouvent, puissent remplir certaines caractéristiques  » d’ordre public  » comme la tempérance, la bonté, la sagesse, le respect, le sens de l’équité et de la justice dans la gestion des affaires étatiques ou nationales.

Il s’agit là d’une perspective de réflexion qui, au final permettrait d’éviter des choix parfois trop hasardeux des hommes et des femmes investis dans leurs structures partisanes pour assumer les plus hautes fonctions de l’Etat sachant pertinemment qu’ils n’en ont  aucune compétence ni le profil requis.

Ici, la politique serait perçue comme une formation anticipativement ciblée des hommes et des femmes à l’effet de mieux les préparer dans la prise des responsabilités électives ou gouvernementales.

D’ailleurs c’est à ce titre que l’Abbé Fulbert YOULOU proclamait en son temps haut et fort que :

 » Ce sont les racines profondes qui font les géants de nos forêts et l’arbre qui n’a pas de solides racines ne monte jamais bien haut  » ( A.F.Y in  » J’accuse la Chine «   édition la table ronde 1966 P.44), en ajoutant, entre autres,  » Ne dirige pas qui veut en Afrique mais qui le mérite « .

En somme, toute vie politique, chez les Bantous, ne donnant initialement lieu à aucune formation appropriée, est la porte ouverte à la médiocratie, c’est-à-dire à l’avènement au pouvoir des hommes et des femmes dépourvus de toute conscience humaine, sociale et spirituelle. C’est, peut-on dire, l’expression même d’un rendez-vous manqué d’un mieux-être des citoyens ou d’un véritable destin NATIONAL.

Rudy MBEMBA-Dya-bô-BENAZO-MBANZULU (Alias TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour

 

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