Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Le Muuntu et sa philosophie sociale des nombres

Classé dans : Non classé — 3 janvier 2012 @ 11 h 29 min

 

Un livre de Rudy Mbemba-Dya-bô-BenazoMbanzulu

… « Le nombre est chez les Koongo, bien plus qu’une numérisation des choses. Il traduit le développement et le devenir de l’être certes dans son processus physiologique, cosmique mais également de socialisation et d’humanisation (…). L’objectif de Rudy Mbemba, au-delà de la présentation des nombres dans la société Koongo est de tenter de dégager la profondeur, mieux l’âme que les nombres portent à la fois dans leur essence sociale, spirituelle et religieuse… » (Mgr Anatole MILANDOU, préface).

« Avocat et Docteur en droit, le koongologue Rudy MBemba-Dya-bô-Benazo-Mbanzulu poursuit ici sa quête sur les origines des traditions qui ont forgé l’identité des sociétés bantoues, en l’occurrence celle des Koongo ».

rudyPourquoi vous êtes-vous intéressé à la science des nombres dans la culture koongo ? Le nombre y aurait-il une signification particulière ?

Je me suis intéressé à la science des nombres dans la culture Koongo à la suite, ce me semble, d’une prise de conscience du nombre VWA ou neuf. Celui-ci est pratiquement présent dans tous les contes afférents à la genèse de la société Koongo. Je me suis toujours posé la question suivante : pourquoi ce nombre revient-il aussi souvent dans ces contes ? Pourquoi celui-ci et pas un autre ? Tel a été le déclic en cette matière. Par exemple pourquoi MA-ZINGA la mère originelle ou légendaire des Koongo est-elle présentée comme une mère aux neuf seins ? Ou pourquoi les pères fondateurs de Koongo-dya-Ntotela lors de leur départ pour  » ce pays » étaient-ils en possession de neuf bâtons et de neuf caravanes ?

Au final, j’ai pu constater que ce nombre neuf semblait revêtir une signification particulière. Grosso modo, au-delà d’une numérisation des choses, le nombre apparaît en plus de cela comme une traduction du développement ou du devenir de l’être. Une traduction existentielle notamment dans son processus physiologique, cosmique, dans celui de socialisation et d’humanisation. C’est ce que nos ancêtres ont appelé le BU-MUNTU, la voie perpétuelle de socialisation et d’humanisation de l’être.

Quand vous dites par exemple que «  le nombre tanu ou 5 est celui du discernement « , sur quoi vous appuyez-vous pour affirmer cela ? En d’autres termes, quels sont vos instruments d’analyse et d’interprétation ?

Le nombre TANU ou cinq est celui du discernement parce qu’il représente, par exemple chez l’enfant en bas âge, le début même d’une muuntu1appréciation globale de ses facultés que sont : l’ouïe, la vue, l’odorat, le toucher et le goût.

A ce propos, l’éminent Koongologue Ferdinand NGOMA rapporte, dans sa remarquable thèse sur  » L’initiation Bakongo et sa signification  » soutenue à la Sorbonne en 1963, que :

 » Avant les cinq ou six ans, la coutume laisse la garde de l’enfant à la mère. Ce n’est qu’à partir d’alors, que le père lui apprendra ce qu’un homme doit connaître : la fabrication des outils de pêche, de chasse, de labour ; le nom des plantes, des herbes et leur emploi…L’enfant apprendra de son père également le nom des bêtes et l’observation de leurs mœurs. Il devra reconnaître les animaux dangereux, les végétaux vénéneux. »

C’est dire que, chez les Koongo, la division en matière d’éducation intervient à l’âge de 5 ans qui est l’âge d’ouverture d’esprit pour l’enfant en bas âge dans la connaissance de soi-même et du milieu socio-environnemental dans lequel il évolue. Par ailleurs, le mot TANU est un dérivé du verbe TANUNA qui veut dire séparer, diviser en langue Koongo.

Pourquoi votre étude se contente-t-elle des chiffres 1 à 10 et ne prend pas en compte les nombres au-delà ?

Effectivement mes recherches ont consisté en une analyse approfondie des chiffres allant de 1 jusqu’à 10 plus exactement de 1 à 9. Pourquoi ? Parce que les neuf premiers nombres si vous me le permettez (au lieu de m’exprimer en termes de chiffres) constituent tous ces principes divers et variés qui permettent au MUUNTU de promouvoir en lui l’humanité. Au-delà l’être devient un NKULU (du verbe KULA qui veut dire croître, grandir, germer), c’est-à-dire un ancêtre, un intercesseur entre NZAMBI et les vivants d’où la conséquence du nombre 10 qui est attribué à l’Être suprême lui-même NZAMBI MPUNGU. Etymologiquement parlant le terme KÛMI est un dérivé du verbe KUMISA qui décrit le fait de transmettre ou d’être autorisé à. On peut y voir aussi le mot NKUMA qui veut dire conseil, ordre et commandement. Nkuma za ba Mbuta n’gâ Mbongi ba longokelaka zo, c’est au conseil des anciens qui est le Mbongi que l’on apprend les proverbes donc la sagesse.

En d’autres termes, le nombre KÛMI est la manifestation de la gloire, de l’élévation de l’être au haut sommet pyramidal des principes d’humanité chez les Koongo. C’est dire qu’au-delà de 10 ou KÛMI, les nombres ne semblent, à priori, qu’être une reproduction multiforme ou quantitative des neuf premiers principes.

Qu’en est-il du chiffre zéro chez les Koongos ? A-t-il lui aussi un sens ?

Dans son Lexique Français-Kikongo de 1914 Henri GALLAND rapporte que le chiffre zéro ou le néant est désigné par le mot NKATU. Il s’agit là d’un mot que les Koongo utilisent même de nos jours pour signifier un manque, une absence. Est-ce que c’est pour autant qu’il est le terme requis pour traduire le chiffre zéro ou exprimer ce qui n’existe pas ? A ce propos, je suis quelque peu réservé. Pour ma part, le chiffre ou le nombre zéro qu’il convient d’emblée de définir comme une absence de quantité dans le rang qui peut être celui des unités ou des dizaines est, ce me semble, inexistant chez les Koongo. C’est comme si chez les Koongo, le zéro est, en quelque sorte, un semblant d’absence qui est à la fois constituée et entourée de présence ou comme le dirait l’un de mes anciens professeurs, le professeur Henri Louis CANAL, une présence d’absence. Autrement dit, l’absence n’est qu’une autre forme de présence mais qui, malheureusement n’est pas humainement perceptible.

En tout état de cause, il n’existe pas, du moins à ma connaissance, un terme précis pour signifier le chiffre zéro. Par contre, un trou ou le vide est signifié par le mot WUNDU ou BULU qui n’est que le diminutif du verbe BULUMUKA et qui exprime toute idée d’anéantissement ou d’effondrement. Au final, le zéro comme élément de l’ensemble N des entiers naturels est difficilement concevable avec la philosophie des nombres chez les Koongo.

La numérologie a-t-elle une place importante chez les Koongos ?

muuntuLa numérologie au sens où elle est définie comme une analyse numérique des caractéristiques telles que le nom, le prénom, la date de naissance n’existe pas ou du moins n’existe qu’en filigrane à travers ce que j’ose appeler non pas la sémiotique mais plutôt  » signologie « . Celle-ci étant la science des signes révélateurs à partir desquels la vie ou la personnalité d’un MUUNTU peut être définie ou caractérisée. C’est ainsi que le sens du nom et d’autres signes sont d’une importance capitale chez les Koongo. Ainsi, en parlant par exemple de l’abbé Fulbert YOULOU, l’on dirait qu’il avait un nom prophétique dérivant du verbe YULA (dans certaines contrées Bakoongo, YOULOU serait une autre transcription du mot ZULU qui signifie ciel, lequel terme dérive du verbe ZULA synonyme de décoder, décrypter, saisir) et qui veut dire interroger, demander à l’effet de savoir et dont la vie a été marquée par le nombre 9 ou VWA qui est celui de la possession, en l’occurrence du savoir et de la connaissance.

Avec une telle approche, la numérologie apparaît comme une analyse non pas principale mais plutôt incidente.

Finalement, que devons-nous retenir sur l’enseignement des nombres dans la philosophie koongo ?

Ce qu’il faut retenir des nombres dans la philosophie Koongo est que, rien d’essentiel ou d’important n’a été entrepris par nos ancêtres Koongo ou Bantous en général sans qu’ils se soient référés à la loi de  » la table des nombres  » d’autant plus que chez eux Dieu NZAMBI MPUNGU est aussi Nombre, en l’occurrence UN, c’est-à-dire NZAMBI KU-BATSIKA ou NZAMBI MUSHI (ou MOSI), le Dieu unique ou le Dieu de commencements.

Au-delà de leur réalité mathématique, les nombres sont, chez les Koongo, la manifestation même de l’idéal du MUUNTU sur tous les aspects de son existence. C’est, peut-on dire, le tracé même de son destin sur terre avant de pouvoir le quitter.

Dans quelle(s) direction(s) comptez-vous poursuivre ce travail dans l’avenir ?

Tout d’abord, je souhaiterais poursuivre ce travail en cherchant à mieux comprendre l’usage de la  » table des nombres  » par nos ancêtres dans toutes leurs entreprises. Et comme le rappelle si bien le vénéré Cardinal Emile BIAYENDA, wa dia fwa yika dio, c’est-à-dire qu’il incombe aux bénéficiaires de l’héritage des ancêtres d’en faire bon usage en le fructifiant. Alors mon rêve est celui, demain,  d’apporter ma pierre à l’édification d’un nouvel ordre social, humain et spirituel en Afrique, en l’occurrence en Afrique centrale où il fait bon vivre. Le domaine de l’éducation me paraît être,  me semble-t-il, le terrain idéal d’expérimentation ou de l’application de la  » table des nombres  » car il n’y a pas de nation sans espoir ni d’avenir sans changement ni de changement sans la jeunesse et jeunesse sans éducation ne vaut.

Sur ce, je tiens à vous remercier de l’occasion que vous avez bien voulu m’offrir pour parler de ma toute dernière publication portant sur  » Le MUUNTU et sa philosophie sociale des nombres « .

Que l’année 2012 soit celle du renouveau pour le MUUNTU, donc pour l’Afrique, en particulier pour le CONGO et tous mes vœux les meilleurs pour Mwinda et pour ses lecteurs.

Propos recueillis par Marc TALANSI

NB : Livre paru chez l’Harmattan en 2011

2 commentaires »

  1. Tindou kia Ngoma dit :

    Bonjour,
    je suis heureux de découvrir votre blog, j’ai pu lire avec joie vos différents articles à travers le site Mwinda, je crois pouvoir vous lire et mieux comprendre votre pensée Toutefois, je vous remercie pour vos recherches et votre grand désir de partage et de défense de notre patrimoine.
    A très bientôt.

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