Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour octobre, 2011

Cardinal Emile Biyenda et les douze clefs de la conscience socio-culturelle des (ba)-Koôngo

Posté : 13 octobre, 2011 @ 6:12 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Si éduquer est l’art de former l’esprit de quelqu’un ou de développer ses aptitudes physiques, intellectuelles et morales, dans la société Koôngo, il donne lieu par ailleurs au développement de sa conscience tendant en une connaissance profonde du milieu dans lequel il évolue, c’est-à-dire sa famille.

Et ce n’est pas chose blasphématoire que de dire autrefois, chez les Koôngo, la famille était une question fondamentale, SAMU WA NENE, SAMU WA LA ou SAMU WA NDA, c’est-à-dire une affaire grave d’importance capitale et qui, de surcroît est immensément vaste.

biayenda4A l’intérieur du clan ou KANDA, les relations familiales prennent véritablement de l’ampleur ou de la hauteur en partant des plus proches parents jusqu’à un certain degré dans les liens d’appartenance « supra-environnemental ».

D’où, entre autres, son appellation de KANDA, un nom comportant le vocable de NDA qui exprime, à ce titre, toute notion de largeur ou de profondeur. C’est la marche (MWE-NDOLO MWANA MUNTU du verbe WE ou YE-NDA qui veut dire marcher), peut-on dire, de l’être ou du MUNTU sur le sentier de la connaissance des liens qui le rattachent tant avec le monde des vivants que celui des morts.

C’est ainsi que la famille, cellule de base de toute société en général et de la société Bakongo en particulier implique, comme l’écrit le vénéré cardinal Emile Biayenda, une très large ouverture quant aux individus qui la composent. Elle comprend non seulement le père, la mère, les enfants et les grands parents immédiats, mais tous ceux que lie ensemble la parenté de sang à n’importe quel degré en y ajoutant également tous ceux que peut rapprocher de cette entité toutes les affinités par alliance. (Emile Biayenda in «  Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Thèse Facultés catholiques Lyon 1968 Première partie P.21.)

En effet comme le rappelle Georges Balandier, la pièce essentielle du système social chez les Koôngo reste la kâda (ou nkâda); c’est-à-dire le clan sous la forme de ses diverses implantations locales. (Georges Balandier in  » Sociologie actuelle de l’Afrique noire : Changements sociaux chez Ba-Kongo  » Presses universitaires de France 1971 P.305).

Le père Van Wing rapporté par Georges Balandier définit le clan comme étant  » la collectivité de tous les descendants par filiation utérine, d’une Aïeule commune, et qui portent le nom de cette collectivité. Il comprend tous les individus des deux sexes qu’ils vivent en dessous ou au-dessus de la terre…les défunts et les vivants. » (Balandier Ibidem)

Dans le même ordre d’idées, le précédent auteur ajoute :  » … la  » tête  » du clan est toujours reportée au temps du séjour à Kôgo dya Ntotila, lieu devenu mythique…Le clan se caractérise par un nom particulier (commençant par le préfixe Ki), par la possession d’une devise (rappelée lors des circonstances solennelles, quelquefois utilisée pour calmer l’enfant qui pleure), par sa liaison avec un animal-emblème (notamment le léopard, ngo) et par l’imposition de certains interdits alimentaires… » (G. Balandier Ibidem)

Au final, le clan est la parenté essentielle et fondamentale qui domine et ordonne toutes les relations des Koôngo avec leurs semblables. C’est ainsi qu’ils sont répartis en une multitude de Makanda (famille) qu’on aurait de la peine à distinguer les uns des autres, observe à juste titre le vénéré cardinal Emile Biayenda, si l’esprit ingénieux des Patriarches n’avaient créé tout un système de repères appelés  » mvila  » (lignées). (Emile Biayenda in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Op.cit. Première partie P.22.).

Le nom MVILA ou lignée dérive du verbe VILA qui veut dire lier, attacher, nouer (J. Van Wing & C. Penders in «  Le plus ancien dictionnaire Bantu  » Louvain 1928 P.339.).

C’est à ce titre qu’il est aussi défini par ailleurs comme étant un ensemble de clans traditionnellement alliés.

Mais par principe les mvila sont les branches du clan, des groupes comprenant tous les individus rattachés par filiation utérine à l’une des mères du clan.

Le  » luvila  » (autre appellation de mvila mais au singulier) ou lignage est, rappelle le vénéré Cardinal tout comme le père Van Wing, une chose sacrée. Il n’est prononcé qu’avec respect et dans des rares circonstances. On le dit pour éviter la consanguinité en cas de projet de mariage. On se le dit pour vite établir les relations dès que des individus se rencontrent ou veulent entreprendre quelque chose ensemble. On le dit pour un serment solennel où alors les ancêtres défunts sont pris à témoins, une maman, un père, supplie son enfant de se conduire dignement au nom du clan. Quand des individus se l’entendent dire, ils le saluent par un battement de mains.

Dans ses remarquables travaux de recherches doctorales sur les coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville, le vénéré cardinal Emile Biayenda rapporte les noms des clans ou des douze clefs de la conscience socio-culturelle transmises par les pères fondateurs de Koôngo dia Ntotela. Il s’agit de :

1.            Kimbembe – Kindunga -  Kisumba.

2.            Kingoyi – Makondo – Kimbanda.

3.            Kisundi – Kimbueya.

4.            Kimpandzu – Kibuendé.

5.            Kikuimba – Kiloza – Fumu.

6.            Kivimba – Kinkala – Kinsaku.

7.            Kindamba – Kifuma.

8.            Kimpaya – Kahunga – Kingoma,

9.            Kimbuzi – Manene – Kimbanza.

10.          Kindunga – Kinsembo.

11.          Kingila – Kimazinga.

12.          Kisengele – Sengele.

Eminent spécialiste de tous ces (ma)-kanda, le Nkuluntu, le Ngunza, le vénéré Cardinal Emile Biayenda ajoute :  » Chaque nom du clan fut porté par leurs premiers patriarches. »

A titre d’exemple pour le clan de Kimpandzu c’est Mpandzua Deka, l’oncle de Bueta-Mbongo qui fixa son groupe dans une forêt riche en bois de fer et dont le fruit est appelé  » mpandzu « , qui, dès qu’il est sec, éclate avec bruit pour libérer les graines.  » Deka  » signifie, en effet éclater. Tout le clan devint Bissi-Mpandzu a Deka. Ils sont tous appelés aussi les Bissi-Buende.

Quant au patriarche du clan Mbembe, il fut un véritable boute-en-train qui réussit à apprivoiser une antilope au collet de laquelle il attacha une clochette. Il avait en outre la manie de toucher à tout, d’où  » Bemba « . On le surnomma  » Mbemba » et son clan  » Bissi-Mbembe « . (Emile Biayenda in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Op.cit. Première partie P.22 & 23.).

Ainsi chez les Koôngo un homme libre par le passé devait avoir et savoir obligatoirement ses quatre appartenance au clan auquel il appartenait et ce, en qualité de :

1.)          musi par exemple V, c’est-à-dire celui qui est issu de la lignée V de la branche gauche de sa mère.

2.)          mwana ou enfant issu de la lignée par exemple X de la branche droite de son père.

3.)         m’tekolo Y, c’est-à-dire le petit fils issu de la lignée Y, de la branche droite de sa mère.

4.)          m’tekolo Z, c’est-à-dire le petit fils issu de la lignée Z, de la branche gauche de son père.

Ainsi grâce à ce système les liens de parenté si éloignés soient-ils sont, écrit le cardinal Emile Biayenda vite repérés et les relations vite rétablies entre individus : une sauvegarde très précieuse pour le respect et le maintien des bonnes mœurs. (Emile Biayenda in  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Op.cit. Première partie P.24 & 25.).

C’est en vertu de ces principes d’organisation et de fonctionnement familial  que le MFUMU’A KANDA ou dans certaines circonstances le MBUTA KANDA, le chef  ou l’ancien de la famille dispose du pouvoir de KA-NDIKA (dérivé de KANDA), c’est-à-dire celui de veiller jour et nuit sur l’intégrité spirituelle et morale du tissu familial en le protégeant inexorablement contre les attaques du monde visible et invisible.

Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu (alias Tata N’dwenga)

Musi Mbembe, Mwana Mpandzu, M’tekolo Kwimba, M’tekolo Mpandzu

Avocat à la Cour

 

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