Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Des « ndo » et des « nto » dans la tradition Koôngo

Classé dans : Non classé — 10 avril 2011 @ 6 h 34 min

 

A titre de rappel, les NDO sont une production conséquente de la manifestation de NDA défini comme étant le principe moteur du MOUVEMENT. Elles sont censées être au coeur de la vie du MU-NTU d’après la conscience spirituelle KOÔNGO.

Comme cela a été vu dans une précédente étude, les ondes ou NDO régissent, entre autres, les domaines de l’amour, de la parole et des rêves ou NDOZI.

Dictionnaire et grammaire Kongo de 1894
kongo5En effet, les KOÔNGO considèrent que les rêves sont en étroite relation avec l’état-sommeil de l’être ou du MU-NTU. A ce propos, ils emploient un terme qui, à lui seul, renferme à la fois la notion de rêve et celle de sommeil. Il s’agit du mot LOTO qui, au final n’est qu’une extension du verbe LOTA (sous-entendu NDOZI) et qui veut dire rêver ou faire des rêves.

Si LOTO tend à décrire le fait de rêver, le même mot par application du principe philosophique KOÔNGO appelé KI-YINDULA (ou l’art d’inverser les mots à l’effet de saisir la réalité profonde des faits qu’ils décrivent) donne TOLO lequel terme désigne l’état-sommeil dans lequel se trouverait un être.

Autrement dit, le LOTO (ou LOTA) NDOZI est cette dimension qui permet à l’être de continuer à vivre sous forme de NDO, en l’occurrence sous forme d’ondes fluidiques et ce, au travers des rêves ou NDOZI.

A dire vrai, c’est l’état-sommeil ou TOLO qui fait naître chez l’individu les spasmes ou BI-NDO-TELA en langue KOÔNGO. Mais ceux-ci ne sont pas forcément des spasmes. Il arrive parfois que les KOÔNGO les conçoivent comme étant une voie de communication de l’être avec le monde invisible ou fluidique.

De ce point de vue, les (BI)-NDO-TELA relèvent du domaine des songes, c’est-à-dire des rêves qui, en réalité, n’en sont nullement puisqu’ils permettent à l’être de saisir une certaine réalité humaine certes invisible mais tout à fait vivante et dynamique.

Ici, l’examen du  mot BI-NDO-TELA est source d’enseignement dans la culture KOÔNGO. Tout d’abord, ce mot est un pluriel qui, au singulier s’écrirait KI-NDO-TELA.

La traduction étymologique de cette expression donne : les ondes parlantes ou qui font parler (sous-entendu l’être).

BI = les et pluriel de KI (le) ; NDO = ondes ; TELA = du verbe TA et qui veut dire parler, exprimer, manifester, etc.

Autrement dit, le KI-NDO-TELA ou BI-NDO-TELA (au pluriel) est ce que le MU-NTU-A-KOÔNGO conçoit comme étant la rivière des ondes fluidiques qui provoquent chez l’être au cours de son sommeil un  » état spasmique » qui le place corrélativement dans un état inconscient d’expression verbale.

C’est dans le même ordre d’idées que la rivière ou le torrent des ondes ou NDO sont au coeur de la résonnance et surtout de la puissance du verbe.

A titre d’exemple, les ondes maléfiques ou nuisibles appelées NTO-NTOLO en langue KOÔNGO peuvent être déclenchées à l’occasion d’une séance de LOKA qui n’est autre que l’art de transmission de NDOKO ou malédiction contre une personne au titre d’une revendication, par exemple d’un droit méconnu.

De plus, le mot NTO-NTOLO ou NTO-YA-NTOLO dont la signification étymologique n’est autre que la rivière des ondes qui font dormir est une contraction nominale qui en dit long par son analyse.

Ici le  NTO est la quantification ou la constitution d’une masse d’éléments d’où la signification par exemple des expressions comme:

NTO- MAZA = la source d’eau,

NTO-NDO = la rivière des ondes,

NTO-NDOLO =  la rivière tourbillonnaire ou orageuse,

NTO-TELA = la rivière des eaux parlantes, une des caractéristiques analogiques qui fait référence au monarque, le roi de KOÔNGO dont l’autorité passe avant tout par sa perspicacité et la persuasion de son verbe, d’où le fondement même de sa légitimité. Autrement dit, KOÔNGO DIA NTO-TELA est le KOÔNGO ou le pays du roi, de celui du verbe qui s’impose par son intelligibilité et son sens d’organisation des êtres et des choses,

NTO-(N) TO = la terre qui, chez les KOÔNGO est aussi perçue comme étant une masse océanique.

kongo3Elément indispensable pour son devenir, le MU-NTU  est naturellement appelé à transformer ou à travailler la terre, à se la rendre bénéfique par son travail, d’où le verbe TÔTA  qui veut dire travailler, récolter, ramasser (J.VAN WING C. PENDERS S.J.,  » Le plus ancien dictionnaire Bantu », Louvain 1928, P.312)

Ainsi dans le NTO-NTOLO, le NTO ou la rivière voire le torrent dont il est question est du type ondulatoire et vibratoire.

Quant au mot (N) TOLO, en dépit de sa signification d’ondes soporifiques, il est en réalité un dérivé du verbe TÔLA qui veut dire parler ou tenir des propos en l’occurrence malveillants  à l’encontre d’une personne, notamment en son absence.

En somme, c’est dans le TÔLA, c’est-à-dire dans l’univers  de la parole qui, en l’espèce est dynamiquement néfaste, que naît la rivière des ondes soporifiques ou NTO-NTOLO, d’où la signification, entre autres, du verbe TONTOLA qui veut dire se refroidir, geler (J.VAN WING C. PENDERS S.J.,  » Le plus ancien dictionnaire Bantu », Louvain 1928, P.312).

C’est dire que la langue KOÔNGO est l‘une des plus riches de la planète, et à ce titre, l‘une des pistes de recherche approfondie sur les populations bantoues en général car elle porte en elle la rationalité des mots et des principes vitaux qu’elle véhicule.

En somme, KOÔNGO est bien plus qu’une langue au sens instrumental de moyen de communication entre les membres appartenant à une même communauté. Elle est vie et en même temps élément révélateur fortement caractéristique de l’évolution et de la mentalité des populations qui la pratiquent.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour
Koôngologue

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