Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour avril, 2011

La notion de  » Ngu  » dans la langue et la culture Koôngo

Posté : 29 avril, 2011 @ 8:05 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

En langue KOÔNGO, le NGU que contiennent certains mots n’est en réalité qu’ une extension du mot ou vocable NGA.

Le NGA est, peut-on dire une sorte de sonorité ou plus simplement un son consistant en une sensation auditive engendrée par une vibration sonore. Dans son expression intelligible et temporelle, le NGA se transforme pour devenir ou revêtir la dimension de NGU.

C’est à ce titre que le NGU apparaît comme étant la manifestation universelle de la puissance ou force extrêmement résonnante du NGA.

 

dicokongo

C’est ainsi que le Dieu des KOÔNGO NZAMBI MPUNGU est avant tout :

1. CONNAISSANCE qui est traduit par ZABA extrait verbal du mot NZAMBA, l’univers global au sein duquel l’être ou le MU-NTU est censé évoluer par l’acquisition de sa part des savoirs et connaissances qui, au final lui confèrent la qualité de NZAMBI.

2. AUTORITE OU FORCE ABSOLUMENT RESONNANTE qui est littéralement exprimée par l’emploi du mot MPU ( chapeau, couronne) auquel on associe le NGU (résonance, écho sous-entendu de la FORCE DE LA CONNAISSANCE)

Ceci dit, NZAMBI MPU-NGU, le Dieu des KOÔNGO et des populations BANTOUES en général est spirituellement ou théologiquement conçu comme étant FORCE INTELLIGIBLE ET ABSOLUMENT RESONNANTE, CONNAISSANCE ABSOLUE VOIRE AUTORITE SUPRÊME. IL EST, somme toute, VERITE ABSOLUE.

En tout état de cause, le NGU exprime chez les KOÔNGO toute idée de résonance qui se manifeste à la suite d’un fait ou d’une action donnée et peu importe que celle-ci soit constructive ou destructive. C’est à ce titre par exemple que la quasi-totalité des mots KOÔNGO contenant le vocable de NGU extension de NGA traduisent la gravité, la résonnance ou la puissance voire la force d’un fait, d’un acte, d’une chose ou d’une situation donnée voire une qualité.

Exemples :

Tableau du son  » NGU  » dans la langue KOÔNGO

MOTS SIGNIFICATIONS TRADUCTION PHILOSOPHIQUE ET THEOLOGIQUE
MPU-NGU Le tout puissant, le très haut L’Eternel, Dieu suprême
NGA-NGU Ingéniosité, intelligence, sagesse, subtilité, perspicacité Sage, Maître qu’on appelle aussi le forgeron, c’est-à-dire, le NGANGULA
AANGU Canne, bâton, baguette Prérogatives de l’ordre du pouvoir politique ou de l’autorité appelée KI-AANGULA en Koôngo
NTA-NGU Soleil, le temps Lumière, force, puissance, épanouissement
NSANGU Nouvelles, messages Joie, tristesse, bonheur, malheur
MIA-NGU Violence, méchanceté, colère Désordre, instabilité, danger, dysharmonie
BU-NGU-NGU Mensonge, calmonie, jalousie, diffamation, complot Mort relationnelle, sociale voire physique
MAKANGU (dérivé du mot BIKANGULU plus précisément du verbe KANGA et exprimant le fait par exemple d’être enchaînée pour une femme mariée en raison d’une liaison hors mariage entretenue par son mari ou inversement Adversité, rivalité, ennemi Menace, destabilisation, destruction
JI-NGU Destin, vie, existence ou force vitale Esprit, âme
NGU-NZA Prophète, érudit, sage La manifestation du verbe intelligible
MPA-NGU Travail, zèle L’ouvrier, le bâtisseur appelé le MPANGULA à l’instar du forgeron le NGANGULA

Ceci dit, définir le NGANGA en langue française comme étant une personne disposant d’un pouvoir magique (c’est-à-dire des fétiches) est inexacte du point de vue KOÔNGO.

A dire vrai, un NGANGA est simplement un fin connaisseur par exemple des vertus des plantes ou des végétaux voire de la nature qu’il met à la disposition des hommes pour leur bien être tant physique, matériel que spirituel.

De par son savoir faire, le NGANGA est censé être doté d’une certaine intelligence appelée NGANGU.

Il arrive parfois qu’un NGANGA accède à un niveau supérieur qui est celui du NGANGULA par une maîtrise parfaite de sa part d’un certain nombre de savoirs et connaissances du NZA ou de l’univers.

dicokongo1

C’est de lui dont parle le Koôngologue Georges BALANDIER quand il écrit :

« ….Le forgeron, maître du fer, du feu et de l’eau, créateur des armes et des outils, est détenteur d’un pouvoir qui l’assimile aux chefs ( et il peut être l’un des leurs), ainsi qu’aux prêtres et aux magiciens ( ce qu’évoque son titre de nganga lufu)….Il peut éloigner les menaces insidieuses comme les armes résultant de son industrie éloignent l’ennemi. Sa magie, nécessaire à tous et en premier lieu aux gardiens du pouvoir politique est bénéfique. Le terme courant qui le désigne – ngangula est issu de ngangu qui comporte des acceptions multiples: intelligence, don, adresse; et tous deux semblent avoir la même racine que le nom nganga appliqué au prêtre et au magicien, qui signifie étymologiquement: celui qui a la capacité de faire. »( BALANDIER in L’ancien royaume de Kongo du XVIè siècle, Hachette 1965 P.100.)

C’est à ce titre qu’il est, par ailleurs, comme le qualifie ( en parlant du sacre du MFUMU MPU) le vénéré cardinal Emile BIAYENDA  » l’ordonné ou prêtre de l’ORDRE DU MPU ». ( Emile BIAYENDA in Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville » Thèse 1968, Lyon Institut catholique Première partie P.33.)

En somme, extension du mot NGA, le NGU est chez les KOÔNGO et ce, à la fois FORCE ET RESONANCE qui se manifestent à la suite d’un fait, d’un acte bienveillant ou malveillant voire à la suite d’une initiation..

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (TATA N’DWENDA)
Avocat à la Cour
Koôngologue

Tableau du son  » NGU  » dans la langue KOÔNGO

MOTS SIGNIFICATIONS TRADUCTION PHILOSOPHIQUE ET THEOLOGIQUE
MPU-NGU Le tout puissant, le très haut L’Eternel, Dieu suprême
NGA-NGU Ingéniosité, intelligence, sagesse, subtilité, perspicacité Sage, Maître qu’on appelle aussi le forgeron, c’est-à-dire, le NGANGULA
AANGU Canne, bâton, baguette Prérogatives de l’ordre du pouvoir politique ou de l’autorité appelée KI-AANGULA en Koôngo
NTA-NGU Soleil, le temps Lumière, force, puissance, épanouissement
NSANGU Nouvelles, messages Joie, tristesse, bonheur, malheur
MIA-NGU Violence, méchanceté, colère Désordre, instabilité, danger, dysharmonie
BU-NGU-NGU Mensonge, calmonie, jalousie, diffamation, complot Mort relationnelle, sociale voire physique
MAKANGU (dérivé du mot BIKANGULU plus précisément du verbe KANGA et exprimant le fait par exemple d’être enchaînée pour une femme mariée en raison d’une liaison hors mariage entretenue par son mari ou inversement Adversité, rivalité, ennemi Menace, destabilisation, destruction
JI-NGU Destin, vie, existence ou force vitale Esprit, âme
NGU-NZA Prophète, érudit, sage La manifestation du verbe intelligible
MPA-NGU Travail, zèle L’ouvrier, le bâtisseur appelé le MPANGULA à l’instar du forgeron le NGANGULA

Des « ndo » et des « nto » dans la tradition Koôngo

Posté : 10 avril, 2011 @ 6:34 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

A titre de rappel, les NDO sont une production conséquente de la manifestation de NDA défini comme étant le principe moteur du MOUVEMENT. Elles sont censées être au coeur de la vie du MU-NTU d’après la conscience spirituelle KOÔNGO.

Comme cela a été vu dans une précédente étude, les ondes ou NDO régissent, entre autres, les domaines de l’amour, de la parole et des rêves ou NDOZI.

Dictionnaire et grammaire Kongo de 1894
kongo5En effet, les KOÔNGO considèrent que les rêves sont en étroite relation avec l’état-sommeil de l’être ou du MU-NTU. A ce propos, ils emploient un terme qui, à lui seul, renferme à la fois la notion de rêve et celle de sommeil. Il s’agit du mot LOTO qui, au final n’est qu’une extension du verbe LOTA (sous-entendu NDOZI) et qui veut dire rêver ou faire des rêves.

Si LOTO tend à décrire le fait de rêver, le même mot par application du principe philosophique KOÔNGO appelé KI-YINDULA (ou l’art d’inverser les mots à l’effet de saisir la réalité profonde des faits qu’ils décrivent) donne TOLO lequel terme désigne l’état-sommeil dans lequel se trouverait un être.

Autrement dit, le LOTO (ou LOTA) NDOZI est cette dimension qui permet à l’être de continuer à vivre sous forme de NDO, en l’occurrence sous forme d’ondes fluidiques et ce, au travers des rêves ou NDOZI.

A dire vrai, c’est l’état-sommeil ou TOLO qui fait naître chez l’individu les spasmes ou BI-NDO-TELA en langue KOÔNGO. Mais ceux-ci ne sont pas forcément des spasmes. Il arrive parfois que les KOÔNGO les conçoivent comme étant une voie de communication de l’être avec le monde invisible ou fluidique.

De ce point de vue, les (BI)-NDO-TELA relèvent du domaine des songes, c’est-à-dire des rêves qui, en réalité, n’en sont nullement puisqu’ils permettent à l’être de saisir une certaine réalité humaine certes invisible mais tout à fait vivante et dynamique.

Ici, l’examen du  mot BI-NDO-TELA est source d’enseignement dans la culture KOÔNGO. Tout d’abord, ce mot est un pluriel qui, au singulier s’écrirait KI-NDO-TELA.

La traduction étymologique de cette expression donne : les ondes parlantes ou qui font parler (sous-entendu l’être).

BI = les et pluriel de KI (le) ; NDO = ondes ; TELA = du verbe TA et qui veut dire parler, exprimer, manifester, etc.

Autrement dit, le KI-NDO-TELA ou BI-NDO-TELA (au pluriel) est ce que le MU-NTU-A-KOÔNGO conçoit comme étant la rivière des ondes fluidiques qui provoquent chez l’être au cours de son sommeil un  » état spasmique » qui le place corrélativement dans un état inconscient d’expression verbale.

C’est dans le même ordre d’idées que la rivière ou le torrent des ondes ou NDO sont au coeur de la résonnance et surtout de la puissance du verbe.

A titre d’exemple, les ondes maléfiques ou nuisibles appelées NTO-NTOLO en langue KOÔNGO peuvent être déclenchées à l’occasion d’une séance de LOKA qui n’est autre que l’art de transmission de NDOKO ou malédiction contre une personne au titre d’une revendication, par exemple d’un droit méconnu.

De plus, le mot NTO-NTOLO ou NTO-YA-NTOLO dont la signification étymologique n’est autre que la rivière des ondes qui font dormir est une contraction nominale qui en dit long par son analyse.

Ici le  NTO est la quantification ou la constitution d’une masse d’éléments d’où la signification par exemple des expressions comme:

NTO- MAZA = la source d’eau,

NTO-NDO = la rivière des ondes,

NTO-NDOLO =  la rivière tourbillonnaire ou orageuse,

NTO-TELA = la rivière des eaux parlantes, une des caractéristiques analogiques qui fait référence au monarque, le roi de KOÔNGO dont l’autorité passe avant tout par sa perspicacité et la persuasion de son verbe, d’où le fondement même de sa légitimité. Autrement dit, KOÔNGO DIA NTO-TELA est le KOÔNGO ou le pays du roi, de celui du verbe qui s’impose par son intelligibilité et son sens d’organisation des êtres et des choses,

NTO-(N) TO = la terre qui, chez les KOÔNGO est aussi perçue comme étant une masse océanique.

kongo3Elément indispensable pour son devenir, le MU-NTU  est naturellement appelé à transformer ou à travailler la terre, à se la rendre bénéfique par son travail, d’où le verbe TÔTA  qui veut dire travailler, récolter, ramasser (J.VAN WING C. PENDERS S.J.,  » Le plus ancien dictionnaire Bantu », Louvain 1928, P.312)

Ainsi dans le NTO-NTOLO, le NTO ou la rivière voire le torrent dont il est question est du type ondulatoire et vibratoire.

Quant au mot (N) TOLO, en dépit de sa signification d’ondes soporifiques, il est en réalité un dérivé du verbe TÔLA qui veut dire parler ou tenir des propos en l’occurrence malveillants  à l’encontre d’une personne, notamment en son absence.

En somme, c’est dans le TÔLA, c’est-à-dire dans l’univers  de la parole qui, en l’espèce est dynamiquement néfaste, que naît la rivière des ondes soporifiques ou NTO-NTOLO, d’où la signification, entre autres, du verbe TONTOLA qui veut dire se refroidir, geler (J.VAN WING C. PENDERS S.J.,  » Le plus ancien dictionnaire Bantu », Louvain 1928, P.312).

C’est dire que la langue KOÔNGO est l‘une des plus riches de la planète, et à ce titre, l‘une des pistes de recherche approfondie sur les populations bantoues en général car elle porte en elle la rationalité des mots et des principes vitaux qu’elle véhicule.

En somme, KOÔNGO est bien plus qu’une langue au sens instrumental de moyen de communication entre les membres appartenant à une même communauté. Elle est vie et en même temps élément révélateur fortement caractéristique de l’évolution et de la mentalité des populations qui la pratiquent.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour
Koôngologue

 

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