Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour mars, 2011

Le nom et sa signification philosophique dans la tradition Koôngo

Posté : 18 mars, 2011 @ 9:34 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Dérivé du mot latin NOMEN, le NOM sert à désigner une personne, un animal ou une chose et à les distinguer des êtres de même espèce.

Lorsqu’il tient lieu de désignation d’une personne, le NOM peut acquérir une caractéristique familiale pour devenir, somme toute, un nom de famille. C’est ce nom qui est attribué par exemple aux enfants d’une même fratrie. Selon que celui-ci vienne du père ou de la mère, il porte respectivement le qualificatif de patronymique ou de matronymique.

kongoDans la société noire africaine, en l’occurrence chez les KOÔNGO, le NOM n’est pas une simple étiquette. C’est un élément constituant de la personnalité, il en est un symbole caractéristique et individualisant. Quand la personne change le nom doit changer; le nouveau nom imposé exprime la modalité nouvelle. Cependant, la nouvelle modalité reçue n’efface pas les formes antérieures, les noms subsistent (Van Wing  » Etudes Bakongo sociologie, religion et magie » 2iéme édition 1959 P.257).

C’est le mot NKUMBU que les KOÔNGO emploient pour désigner un NOM. Ce terme n’est en réalité qu’un dérivé du verbe KUMBULA qui signifie accueil, acclamation, approbation par exemple d’un heureux événement comme la naissance d’un enfant ou l’admission d’un individu à un degré supérieur dans la société. En d’autres termes KUMBULA est la traduction extérieure d’un sentiment de joie ou de gaieté que l’on manifeste à l’occasion d’un heureux évènement.

Cependant quand il n’est plus expression d’un tel sentiment la signification du verbe KUMBULA est toute autre et tend par conséquent en une désapprobation envers une personne par exemple.

C’est à ce titre que Heinrich Loth rapporte à juste titre que  » L’attribution solennelle du nom qui avait lieu au bout de quelques jours, était saluée de roulements de tambour, de danse et chants ». (Heinrich Loth  » La femme dans l’Afrique ancienne » édition Pierre Zech 1988 P.100).

Compte tenu de son importance tant spirituelle que sociologique le NOM ou NKUMBU n’était autrefois jamais attribué à l’enfant au moment de sa naissance chez les KOÔNGO.

L’attribution du NOM notamment au nouveau-né se faisait à l’occasion des festivités appelées MA-KUMBU. Lesdites festivités se confondaient avec celles de la première sortie de l’enfant au soleil trente ou quarante-cinq jours après sa naissance (autrement appelées festivités ou cérémonie de « DUKISA MWANA »).

Pour mieux comprendre cette approche attributive du nom personnel, il revient donc d’interroger la Tradition KOÔNGO qui, à ce propos révèle très clairement que:

 » Un nouveau-né n’est pas un mwana, un enfant. Il n’est encore qu’un kimpiatu (signifiant chenille ou chrysalide). Il lui manque un nom pour être un mwana complet « (Van Ving Op.cit P.220).

En fait, il existe quatre types de noms dans la Tradition KOÔNGO ayant chacun une signification bien précise. Il s’agit du:

1.    Nom de mémoire ou NKUMBU YA TOMBOLA, du verbe tombola et qui signifie faire remonter à la surface ou des profondeurs. Ce nom rappelle soit l’ancêtre dont l’enfant est censé posséder l’esprit tutélaire, la force dynamique, soit l’adulte qui veut transférer après sa mort ses valeurs au nouveau-né.

2.    Nom du destin ou NKUMBU YA NSÎLU (ou NSÎ-ULU voire SÎULU, le U se lisant OU) du verbe NSILA et qui veut dire destiner à, faire, entreprendre, réaliser.
A ce propos le doyen Martial SINDA considère que le nom de KIMPA VITA est un nom à signification (nkoumbou ya soulou). KIMPA signifie en Kikongo, écrit-il, fable, légende, devinette, mystère, caractère difficile d’une personne. S’agissant d’expliquer par exemple des problèmes difficiles comme ceux de la création du monde et de Dieu lui-même, les Bakongo-lari disent, observe-t-il, qu’il y a un  » kimpa », c’est-à-dire, un  » mystère » Quant à VITA, ce nom signifie, poursuit-il, embuscade, embûche, piège dans le cadre de l’organisation d’une guerre. Est-ce à dire que KIMPA serait née dans des conditions difficiles au moment où l’aristocratie du royaume traversait une crise? Son nom symboliserait-il les difficultés de la vie éprouvées par ses parents maternels ou paternels….Et pourtant, ce nom est, conclut-il, en relation avec un évènement (SINDA Martial  » Le messianisme congolais et ses incidences politiques » Payot 1972 P.42)

3.    Nom thérapeutique ou NKUMBU YA NKISI, c’est le nom qui fait référence à la thérapie suivie par exemple par une femme dans le but de vivre, dans les meilleures conditions, son état de grossesse. C’est ainsi que le nom WUMBA sera attribué à une fille née à terme grâce au  » fétiche » du même nom et qui empêche les avortements et les naissances prématurées.

4.    Nom d’initiation ou de parade ou NKUMBU YA N’GÂNDULU (du verbe N’GÂNDA et qui veut dire initier ou s’initier), c’est le nom-devise ou parade qu’on s’attribue à l’occasion d’une initiation. Tout initié chez les KOÔNGO est censé ne plus être la même personne, de la même manière qu’il a abandonné en quelque sa nature corporelle, il abandonnera son ancien nom. Un nom nouveau doit lui être attribué et correspondre notamment à sa personnalité nouvelle. Tel nom, telle personne.

L’initiation étant comprise comme une mort suivie d’une renaissance, écrit Pascal MAKAMBILA, l’enfant mourant pour renaître jeune homme, le nom ou les surnoms qu’il portait, reflet de sa personnalité antérieure, disparaissent et un nouveau nom vient confirmer son changement de personnalité. (MAKAMBILA Pascal « Croyances et Pratiques magiques des Kongo-Lari de la république populaire du Congo: Kindoki » Thèse Bordeaux 1976 P.126.)

En somme, le nom chez les KOÔNGO est bien plus qu’une appellation puisqu’il est censé être en étroite relation avec la personnalité de l’être qui le porte. Il est l’être même voire ce à quoi il doit tendre.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU ( TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour
Koôngologue

 

 

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