Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour janvier, 2011

Le cardinal Emile Biayenda et la notion du travail dans la tradition Koôngo

Posté : 22 janvier, 2011 @ 11:08 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

 » Il n’y a aucun doute, le travail n’est pas étranger, ni une chose nouvelle dans la société africaine. Mais comment se faisait l’apprentissage ?….C’est dès son jeune âge que l’enfant commence à s’initier aux travaux agricoles, aux diverses techniques en usage chez les hommes de sa tribu: tressage des nattes, construction des cases, tissage, pêche et chasse, etc… Le garçon s’instruit auprès des adultes et des vieux, tandis que la mère prend en main la formation pratique de ses filles. Ainsi les jeunes exercés à l’endurance, au courage et au dévouement faisaient leur entrée dans le cercle de  » ceux qui connaissent  » (adultes) sans aucun complexe  » (Emile Biayenda  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzavile  » Thèse Facultés catholiques Lyon 1968, deuxième partie, P.4.)

paysan2Le Cardinal Emile BIAYENDA souligne ce préalable avant d’examiner la notion de travail source de liberté dans la société noire africaine. Il procède ainsi à cause des préjugés et ce, à tort ,des européens colonisateurs sur les africains, lesquels  ont prétendu entre autres que :

 » le noir ne comprend pas encore la nécessité du travail, il ne s’est pas encore rendu compte que c’est grâce à ce travail que l’Européen est arrivé à augmenter son bien-être, à perfectionner sa vie : aussi est-il disposé à ne rien faire que ce qui lui est strictement commandé, et encore apportera-t-il à l’accomplissement de cette besogne sa paresse naturelle  » (Emile Biayenda, Thèse deuxième partie, P.3.).

A ce propos,  l’approche du vénéré cardinal sur le sens du travail dans le milieu africain diffère de celle des européens. Quand les Européens arrivent en Afrique, leur société (européenne) est depuis longtemps industrialisée, observe-t-il, et donc l’économie est en plein essor de rendement. Leurs unités de famille sont déjà réduites et se composent essentiellment du père, de la mère et des enfants. Chacun travaille avant tout pour subvenir au besoin de cette unité. Les besoins à couvrir sont nombreux, poursuit-il, et il faut de l’argent pour les satisfaire. Le travail mécanisé exige de l’homme plus de régularité à son poste de besogne. Il consomme beaucoup de matières premières. C’est alors que l’Occident fait une trouée vers de nouveaux continents pour y trouver ce qui manque à son économie.

L’entreprise de la Traite des Noirs, l’implantation des monocultures dans les colonies en sont les conséquences. La colonisation mettra moins l’accent sur l’assimilation que sur l’exploitation des pays conquis. La hâte à vouloir tout de suite récolter les fruits de son travail et suivant des processus déjà bien déterminés, ont pu, conclut-il, induire en erreur plus d’un colonisateur. D’où le manque d’attention, la pratique de la table rase, l’irrespect et l’injure quand l’africain a boudé ses initiatives. ( Emile Biayenda, Thèse deuxième partie, P.7.).
Ici l’analyse du cardinal est fort remarquable et permet effectivement d’élucider les contradictions européenne et africaine sur les motivations du travail.

Si pour l’européen colonisateur le travail est source d’accumulation de richesses, pour l’africain l’activité  est, de façon générale un moyen d’accomplissement ou de réalisation de sa personne et du groupe auquel il appartient.

A ce propos, une exploration linguistique chez les KOÔNGO permet en effet d’étayer de telles allégations.

Par exemple, si le travail est désigné par KISALU en langue KOÔNGO, ce mot dériverait du verbe SALA qui veut dire travailler, cultiver, fabriquer, être en activité.

Quant au verbe SALA, il dériverait du  terme NSALA (singulier LUSALA) et  désigne les plumes, les ailes qu’un oiseau a nécessairement besoin pour voler, aller loin dans l’espace.
Tout comme un oiseau usant de ses ailes pour voler dans les airs en passant d’un endroit à l’autre, le MU-NTU a recours à son intelligence par le travail pour accéder à une vie meilleure donc à la liberté.

Ainsi de par son étymologie et ce, sous forme d’image SALA (extrait verbal du mot NSALA), le travail est par  définition ou par voie de conséquence LIBERTE chez les KOÔNGO. Celle-ci est d’ailleurs définie par le plus vieux dictionnaire Bantu des Pères Van Wing et Penders par le mot LU-SARILU (Van Wing (J) et Penders (S.J) le plus ancien dictionnaire Bantu Louvain 1928 initié en 1652 par le néerlandais Georges Gheel, P.145.)

C’est ainsi que SALA ou le (KI)-SALU est l’expression même du désir et donc de la volonté de l’ouvrier ou du travaileur appelé MPANGULA (lequel mot est à rapprocher de NGANGULA, le travailleur du fer  ou le forgeron chez les KOÔNGO).

biayenda4L’ouvrier chez les KOÔNGO appelé le MPANGULA et dont la cause existentielle est, entre autres le MPANGU (Van Wing (J) et Penders (S.J) le plus ancien dictionnaire Bantu Louvain 1928, initié en 1652 par le néerlandais Georges Gheel P.198), c ‘est-à-dire le travail qu’il manifeste très justement par ses efforts, le LUÛMPA (ce qui veut dire donner le meilleur de soi, fournir des efforts), est le travailleur ou l’ouvrier digne de ce nom dont la reconnaissance sociale en qualité donc de MBUTA lui confère le droit et la liberté d’acquérir sur le domaine foncier ancestral une portion de terre que les KOÔNGO désignent à juste titre par le qualificatif de LU-MPÂNGU, lequel mot exprime à la fois le travail et le mérite de l’ouvrier à savoir le MPANGULA ( Rudy MBEMBA  » Le Muntuïsme l’humanisme intégral africain « , Société des écrivains 2006, P.135.).

De plus, un ouvrier digne de ce nom doit être chez les KOÔNGO un MU-NTU avisé toujours en quête de quelque chose pour se mettre en valeur par le travail. Pour ce faire, il se met en situation de DÎNGA, d’exploration, de recherche. En réalité DÎNGA est un extrait verbal du mot NDINGA (NZINGA) dont la signification n’est autre que la PAROLE en langue KOÔNGO.

Ainsi dans sa phase de dynamisation par le travail, le MPANGULA ou autrement appelé MÂ-MPANGU passe du verbe à l’action en se mettant par voie de conséquence dans une situation de mouvement que l’on traduirait en langue KOÔNGO par l’emploi d’un participe passé du verbe DÎNGA à savoir : DINGIRI.

En somme, NDINGA est la désignation de la parole en langue KOÔNGO ; quant au mot DINGIRI, de nature participative, il est l’expression même de la parole en mouvement.

D’où la valorisation du travail  en langue KOÔNGO par des dictons ou proverbes comme:

•    Wa ba mumpala, zaba salu: bu nuna, ni kio dîla, le métier appris dans ta jeunesse te nourrira dans ta vieillesse.
•    Kisadi ni kidie, ne doit manger que celui qui travaille. L’ouvrier a droit à son salaire
•    Kimvuama ka ba ganda kio ko : mu sala ba sala kio, c’est le travail qui donne accès aux richesses et non l’initiation rituelle.
•    Bia nsala mu téo lulendo ; bia ndaba bunsana bi gana, la fierté récompense le travail : le voleur ne trouvera que chagrin et souffrance.
•    Ku dia bukundi, ku sala masembo, plein de gentillesse à table et de récrimination au travail. (Emile Biayenda Thèse, Annexes, P.71).

C’est à ce titre que le vénéré cardinal relève qu’en Afrique noire  » Le travail fait l’honneur de l’homme : il lui permet de prendre sa place dans la communauté et de contribuer à l’accroissement du patrimoine familial…. Le travail n’avait pour but ni le rendement, ni le profit, moins encore la rémunération ; il était d’abord et avant tout le moyen qui assurait la subsistance du groupe classique en vue de la continuité de la lignée et de la satisfaction de la vitalité corporelle et morale. »  (Emile Biayenda, Thèse deuxième partie, P.4.).

C’est dire que le travail est, chez les Bantous, en l’occurrence les KOÔNGO la voie même de la LIBERTE. Cependant, cette voie de LIBERTE n’est accessible que, si elle admet en son sein et ce, fondamentalement et inexorablement, le principe de l’éducation LU-SANSU (du verbe SA-NSA et qui veut dire éduquer, élever, nourrir) un principe cardinal auquel tenait le vénéré NGUNZA Emile BIAYENDA.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour
Koôngologue

Le Muntuïsme et la vision socio-humaine des pères fondateurs de la Cité royale de Mbanza Koôngo

Posté : 9 janvier, 2011 @ 2:00 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

D’un point de vue géo-historique, MBANZA KOÔNGO est le nom de la cité royale de l’ancien Congo. Celui-ci, selon certains auteurs rapportés par Georges Balandier, aurait été fondé vers 1275 (Balandier, in  » La vie quotidienne au royaume de Kongo du XVIIe au XVIIIe siècle « , Hachette 1965, Page 22.). C’est NIMI LUKENI, plus connu sous le nom de NTINU WENE, qui en est le héros fondateur.

Avec la christianisation dans les années 1488 par les missionnaires Portugais, la cité royale MBANZA KOÔNGO change d’appellation pour devenir San Salvador.

Ruines de Mbanza Kongo
mbanzakongoAu-delà de toute considération d’ordre historique et sociologique, MBANZA KOÔNGO est, en réalité, d’après la vision des Pères fondateurs de cette cité, une œuvre de construction sociale, humaine, spirituelle et morale.

Linguistiquement ou koôngologiquement parlant, MBANZA, est par excellence, le lieu d’évolution et de transformation de l’être, c’est-à-dire du MU-NTU, l’être intelligible. Cette évolution ou cette transformation s’opère par une sorte d’ébullition ou dynamisation voire dilatation chez l’être des principes qui le définissent et ce, en union parfaite avec l’environnement dans lequel il évolue à savoir : le NZA.

A dire vrai, le mot MBANZA comporte deux vocables qui, en les analysant traduisent nettement les aspirations profondes des bâtisseurs de l’ancien Congo ou de la cité royale MBANZA KOÔNGO.

Si le MBA exprime l’idée de grandeur ou de profondeur, comme le relèvent les linguistes MERLO et VIDAUD dans  » Unité des langues négro-africaines » (Maisonneuve (G.P) et Larose, Paris 1967, P.86, ce même mot désigne le feu en langue Koôngo (appelé plus précisément MBAU,  le U se lisant OU).

Quant au terme NZA, il désigne l’univers de sorte qu’étymologiquement parlant,  MBANZA est la traduction même de l’univers du feu.

Vu sous cet angle, MBANZA est certes l’univers du feu mais également et surtout le lieu d’évolution et de transformation de l’être par une sorte de dynamisation chez l’être des éléments de la nature, donc du NZA qui en sont la cause.

Ainsi, l’expression MBANZA KOÔNGO qui, historiquement et sociologiquement désignerait sans doute la cité royale de l’ancien Congo serait en plus de cela la voie, le chemin qui mène vers la connaissance de l’univers global à savoir : le NZAMBA.

Comme on peut le remarquer, le mot NZAMBA n’est autre qu’un nom du principe philosophique de KI-YINDULA (un principe qui a déjà  été examiné dans une précédente étude) l’inverse du mot MBANZA.

A titre de rappel, le KI-YINDULA est une méthodologie réflexive et opérationnelle qui passe par une inversion des mots et qui, en même temps permet de prendre conscience de leur portée en langue Koôngo par la réalité des faits qu’ils décrivent.

C’est sous cet angle que MBANZA et NZAMBA sont un seul et unique mot qui, par l’effet de KI-YINDULA se scinde en deux termes pour décrire en tout état de cause des faits ou situations  qui en définitive présentent entre eux une corrélation.

mbanzakongo2Au final, MBANZA est, en principe, la voie de la découverte ou connaissance profonde de l’univers global, celui de NZAMBA. Ainsi, le fait d’être dans l’univers de NZAMBA au travers de celui de MBANZA, offre la qualité de NZAMBI à celui qui parvient à y accéder en acquérant par son KI-NZAMBI, cet état de grandeur, c’est-à-dire celui  de la compréhension des mystères de NZAMBA. (Rudy MBEMBA  » Le Muntuïsme l’Humanisme intégral africain « , Société des écrivains 2006, P.111).

D’où la signification du verbe ZABA qui, en réalité, n’est qu’un extrait verbal du mot NZAMBA et qui veut dire savoir, connaître, examiner, étudier, etc.

En somme, MBANZA KOÔNGO est la cause de l’unité, du rassemblement et de la paix qui passe inexorablement par une promotion sans faille des principes de divers ordres d’élévation ou de haute conscience  et donc de la dignité socio-humaine, spirituelle, matérielle et morale de l’être ou du MU-NTU.

Ici, les explications du doyen et Koôngologue de renom Raphaël BATSÎKAMA BA MAMPUYA MA NDÂWLA sur l’origine du mot KOÔNGO semblent parfaitement traduire l’action, l’œuvre de construction et la noblesse d’esprit des Pères fondateurs de l’ancien Congo quand il écrit :“le nom KOÔNGO dériverait du verbe KÔNGA et qui veut dire chercher, rechercher, se mettre en quête de, explorer; foules assemblées ; tranquilliser; cueillir, récolter, moissonner“ ( Batsîkama (R.ba.M.ma.N.) : L’Ancien Royaume du Congo et les Bakongo (Ndona Béatrice et voici les Jagas), l’Harmattan 1999, P.177.)

C’est dans cet état d’esprit d’analyse que l’on peut en effet comprendre l’une des devises des anciens de KOÔNGO DIA NTOTELA selon laquelle :

« KOÔNGO NSILULU  » (du verbe NSILA et qui veut dire réaliser, entreprendre, faire, construire). En d’autres termes, cela signifie que KOÔNGO, terre d’asile et de paix et où il fait bon vivre n’est viable ou ne peut être prospère que par le respect de certains principes de vie que sont la volonté, le courage, le travail, l’équité, la justice, la solidarité et la conscience nationale.

A ce propos, le Koôngologue Raphaël BATSÎKAMA rapporte que:

 » Kôngo dya Nkôngo’a ngolo. Vo kwina yo ngolo ko’e Kôngo k’utuma dyo ko « : le gouvernement du Congo appartient au plus capable des Congolais. Sans capacités requises, sans aptitudes voulues, inutile de prétendre diriger le Congo, in » L’Ancien Royaume du Congo et les Bakongo (Ndona Béatrice et voici les Jagas), l’Harmattan 1999, P.179.)

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU
(TATA N’DWENGA)
Avocat à la cour
Koôngologue

 

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