Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour le 28 octobre, 2010

Hommage au cardinal Biayenda : la distinction entre le ndu et le kindoki

Posté : 28 octobre, 2010 @ 3:45 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Pour le cinquantenaire, hommage au premier et vénéré cardinal Emile Biayenda du Congo indépendant : distinction linguistique entre le ndu ou la science du bien-être et le kindoki, la science de négation de l’être ou du muntu chez les koôngo.

Emile Biayenda est le seul évêque du Congo-Brazzaville à avoir été élevé au rang de cardinal depuis son indépendance en 1960. C’est le 22 mars 1977 qu’il fut sauvagement assassiné par des forces obscures qui, comme on peut l’imaginer, sont un obstacle de taille pour la construction paisible et raisonnable de la nation congolaise telle que l’ont rêvé et imaginé les pères fondateurs de la République du Congo : l’Abbé Fulbert YOULOU, père de la Nation, Jacques OPANGAULT et Félix TCHICAYA.

Dans le cadre de ce propos, il est question de rendre hommage, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du Congo-Brazzaville, à l’apôtre de la paix et de l’unité nationale qu’il a été, le vénéré cardinal Emile Biayenda.

Il s’agit ici, d’examiner les travaux de recherches doctorales du cardinal ayant porté sur les  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville « . En effet, l’auteur y aborde plusieurs thèmes ou aspects socio-structurels de la société BAKONGO.

C’est le cas notamment du phénomène de la sorcellerie ou KINDOKI que le cardinal Emile Biayenda classe au rang des causes de freinage ou de blocage du développement du Congo-Brazzaville. Pour ce faire, le cardinal note avec perspicacité que: «  La société traditionnelle africaine… a ses mages et ses sages dont les anciens. Ce sont eux qui détiennent la clé de la science et connaissent les « mystères » (secrets) qui régissent la société. Personne ne doit contester leur schéma de jugement, ainsi que les explications qu’ils donnent sur les faits divers qui arrivent et qui peuvent avoir des conséquences fâcheuses sur les hommes ou les choses. C’est qu’il existe toute une catégorie de gens qui en profitent. Quand on connaît vraiment les structures de la société traditionnelle, on peut mesurer combien est rétrograde, le crédit des gens à la sorcellerie « . ( » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Thèse Emile Biayenda Première partie P.43. Facultés Catholiques Lyon, année 1968).

Les aspirations d’Emile Biayenda, le vénéré cardinal pour ce qui est du développement de son pays sont extrêmement judicieuses et nobles et tendent, entre autres, à faire une distinction entre le KINDOKI et le KUNDU.

Tel est d’ailleurs l’objet de ce propos.

LE KUNDU et le KINDOKI sont deux sciences qui sont fondamentalement opposées en dépit d’une confusion d’appellation que l’on fait souvent en les assimilant conceptionnellement.

Par exemple d’après Marcel SORET, un ancien auteur français, le KUNDU c’est l’art de faire le mal. Il est matérialisé par un animalcule dans le corps du ndoki, de celui qui a le mauvais œil. ( » Les Kongo nord occidentaux « , P.U.F, Paris 1959, P.105.)

Dans le même ordre d’idées, le doyen Martial SINDA définit le KINDOKI comme étant une science relevant d’une puissante société secrète. Les adeptes de cette science s’appellent, observe-t-il, Ndoki, qui  » logent  » en eux le Koundou, une espèce d’ulcère à influence néfaste, assoiffé du sang d’autrui, qui bien entendu, ne ronge pas son propriétaire, mais au contraire, lui permet jalousement d’envoûter celui dont il veut-conclut-il, menacer l’existence et par là- même,  » manger son âme « . (« Le messianisme congolais et ses incidences politiques « , SINDA Martial, Payot 1972, P.370.)

A dire vrai, si les définitions que donnent ces deux auteurs sur la notion de sorcellerie ou KINDOKI sont plus ou moins exactes, force est toutefois de relever qu’elles perdent toute leur saveur compréhensive au regard du sens étymologique et philosophique des mots en langue KOÔNGO.

Koôngologiquement parlant le KINDOKI et le KUNDU sont deux sciences qui diffèrent par leur objet.

Si l’objet de KINDOKI est de donner la mort ou de procéder par tous moyens à l’altération des facultés d’une personne, voire de transformer en mal tout ce qui constitue sa vitalité corporelle, matérielle, économique ou psychique, celui de KUNDU est celui de promouvoir le bien- être du MUNTU;

L’adepte de KINDOKI s’appelle NDOÔKI. Ce mot n’est, en réalité, qu’une extension du verbe (W) OÔNDA en langue KOÔNGO et qui veut dire tuer, éliminer, faire disparaître, etc.

Pour mieux saisir la subtilité de ce qu’on parle entre le nom NDOÔKI et le verbe (W)OÔNDA en langue KOÔNGO, il faut que l’on mette en application un principe philosophique KOÔNGO ayant longtemps gouverné le fonctionnement des sociétés secrètes de l’ancien royaume KOÔNGO comme le Kimpasi ou le Léemba et appelé le KI-YINDULA.

Alors en quoi consiste le KI-YINDULA ?

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Le KI-YINDULA est l’art de faire retourner les mots à l’effet de pouvoir saisir la réalité profonde des faits qu’ils décrivent ou traduisent.

De façon caricaturale, l’on dirait que le KI-YINDULA consiste à connaître le verso par exemple d’une pièce de monnaie quand on a sous ses yeux le recto de celle-ci.

Est-ce que c’est pour autant que l’on peut définir ou assimiler le KI-YINDULA au verlan, cet art « argotique » d’inverser souvent approximativement les syllabes des mots que l’on retrouve par exemple dans les langues européennes comme le français? Non !

Le KI-YINDULA est, d’après la philosophie BANTOUE, en l’occurrence KOÔNGO, une sorte de méthodologie réflexive, consciencieuse et opérationnelle qui permet à l’initié dans sa quête de connaissance notamment de Dieu NZAMBI MPUNGU de pouvoir saisir, percevoir ou découvrir, la réalité des choses voilées.

Ainsi, le nom NDOÔKI est par application du principe de KI-YINDULA, l’inverse du mot KI-OÔNDO, lequel terme serait lui-même en langue KOÔNGO, l’extension du verbe (W) OÔNDA et qui veut dire tuer ou ôter la vie à quelqu’un. C’est dans cette optique que le NDOÔKI, le négationniste de la vie humaine, est porteur de NDOÔKO, la malédiction en ce qu’il perturbe l’ordre tel qu’il a été établi, voulu par Dieu NZAMBI MPUNGU.

En réalité le NDOÔKI l’est véritablement selon la philosophie KOÔNGO, lorsque par son art de nuisance il porte atteinte aux défenses de Dieu que par exemple les KOÔNGO du Congo-démocratique désignent par l’expression KOÔNDO MIA NZAMBI.

La violation des KOÔNDO MIA NZAMBI entraîne selon les croyances KOÔNGO les pires calamités. Cette violation est corrélativement génératrice de ce qu’il convient d’appeler par application du principe de KI-YINDULA de NDOÔKO.

En somme, le KINDOKI est une science ayant pour objet la perturbation et la destruction de l’équilibre socio-environnemental qui s’opère par une négation de la part du NDOÔKI des principes ou normes qui en sont la cause et que sont les KOÔNDO MIA NZAMBI, les défenses de NZAMBI MPUNGU.

Or, contrairement au KINDOKI, le KU-NDU ou l’art de NDU est la science du bien- être et de l’épanouissement de l’Être ou du MU-NTU.

A dire vrai, le mot KU-NDU n’est qu’une extension du verbe KU-NDA qui veut dire vénérer, adorer, prier sous-entendu, l’Être suprême NZAMBI MPUNGU. Ainsi, l’expression KU-NDA NZAMBI n’est qu’une invitation de l’être ou MU-NTU à adorer ou vénérer l’Eternel, son Dieu créateur.

Par ailleurs, le mot KU-NDU, comme on peut le remarquer, comporte deux vocables à savoir :

le KU évoquant le lieu, l’endroit et le NDU lequel mot dérivant du terme NDA exprime le mouvement, parfois même la volonté en langue KOÔNGO. C’est ainsi que l’expression NDA WENDA traduit la volonté de l’être dans sa faculté de passer d’un endroit à l’autre.

Partant de cette analyse, le KU-NDU n’est nullement le KI-NDOKI selon la linguistique KOÔNGO.

En réalité, le KU-NDU est l’aboutissement de l’être dans son processus d’action ou de mouvement (KUNDA) tendant en l’espèce vers un examen approfondi des savoirs et connaissances du NZA ou LWANDU (Cf. Van Wing (J) et Penders (S.J),  » Le plus ancien dictionnaire Bantu Louvain « , 1928, P.172).

En somme, le KU-NDU ou la science de NDU est l’ensemble des savoirs et connaissances qui sont censés contribuer au bonheur de l’être ou du MU-NTU dans son environnement.

D’un point de vue philosophique ou théologique, on serait tenté de dire que le KU-NDU est le lieu de libération de l’être par l’acquisition de sa part des savoirs et connaissances du NZA ou LWANDU.

Chez les KOÔNGO, le NDU ou KU-NDU est, contrairement au KI-NDOKI, source de libération ou NDUKULULU. Etant entendu que ce terme n’est autre qu’une extension du mot NDUKA qui, au final, donne le verbe DUKA et qui veut dire sortir ou faire sortir de.

A ce propos, force est aussi d’indiquer que si l’adepte de KI-NDOKI est appelé NDOÔKI, celui de la science de NDU ou KU-NDU est désigné et ce, en application du principe de KI-YINDULA par le qualificatif de NDUKU.

Le NDUKU est par définition ce MUNTU qui concourt au développement et à l’épanouissement de la société humaine.

C’est à ce titre que le BUNDU OU DI-BUNDU est, par essence le lieu d’expression de la philosophie ou pensée existentielle et collective du NDUKU. Le DI-BUNDU étant étymologiquement défini comme l’assemblée des frères et sœurs bien- aimés. En pratique, il s’agit d’une chaîne associative ou canal d’unité au sein duquel l’amour, l’amitié, la solidarité sont des principes moteurs.

Ici, le synonyme de NDUKU peut être NDIKU (du verbe DÎKA qui veut faire manger, faire nourrir et dans les cas d’espèce en apportant la vitalité à l’être dont il a besoin) qui, par la réflexivité de KIYINDULA donne KUNDI.

C’est ainsi par exemple que le titre d’un des chants de mariage les plus populaires composé par l’ancien archevêque de Brazzaville Monseigneur Barthélemy BATANTOU : KUNDI WA ZOLO KOÔNGO repris et mis en valeur par le cardinal Emile Biayenda dans ses travaux de recherches doctorales, revêt toute son importance d’un point de vue philosophique et théologique.

A dire vrai, KUNDI WA ZOLO KOÔNGO traduit dans ce cas d’espèce, au-delà des bienfaits du mariage au travers d’une apologie des qualités de la femme modèle, fidèle, l’idée de citoyenneté, de la conscience collective pour l’amour de KOÔNGO donc de la conscience nationale. Autrement dit les NDIKU, NDUKU ou citoyens sont ceux qui concourent par le respect et une application des savoirs et connaissances de NDU ou KUNDU au développement et à l’épanouissement de leur nation.

C’est de cette sorcellerie ou KUNDU dont certainement parle le vénéré cardinal Emile Biayenda en écrivant:

 » Il existe une certaine sorcellerie reconnue à certaines gens, mais qui n’est guère nuisible ni haïssable, car elle est salutaire et d’utilité publique. C’est celle du chef de clan, de famille ou de village qui aurait pour but de défendre les sujets sous sa défense contre les « ennemis de la nuit « . Il peut avoir un lion, un léopard ou un crocodile, mais ce sera pour défendre son territoire contre les ennemis invisibles. Son ascendant sur les éléments de la nature est pour le bien de ses sujets. » (« Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville « , Thèse Emile Biayenda Première partie, P.49, Facultés Catholiques, Lyon, année 1968).

Compte tenu de ce qui précède, on est alors tenté de dire qu’un chef de village dont la gouvernance n’apporte guère la salubrité, la tranquillité, le développement, la paix et la sécurité de ses sujets est linguistiquement parlant, d’après les croyances spirituelles KOÔNGO, un NDOÔKI puisqu’il tend, de par sa façon de diriger ou d’administrer le village, à générer le NDOÔKO, c’est-à-dire la malédiction.

Ainsi, de par son NDOKOLOLO, c’est-à-dire cette manière néfaste d’exercer le pouvoir qui se traduit très clairement par une absence totale de conscience dans la gestion des affaires publiques, le chef de village enfreint inéluctablement au développement de celui-ci.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (alias TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour
Koôngologue

* Nouvel ouvrage sur le cardinal Emile Biayenda  » Le dialogue au cœur de la vie du Cardinal Emile Biayenda « , par Adolphe TSIAKAKA (Abbé), Auteur autoédité, Strasbourg, juin 2010.

* éventuellement lire le commentaire de la thèse du cardinal par Rudy Mbemba dans  » Le cardinal Emile Biayenda et sa vision du développement intégral du Congo-Brazzaville  » Société des écrivains, 2008.

 

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