Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour octobre, 2010

Hommage au cardinal Biayenda : la distinction entre le ndu et le kindoki

Posté : 28 octobre, 2010 @ 3:45 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Pour le cinquantenaire, hommage au premier et vénéré cardinal Emile Biayenda du Congo indépendant : distinction linguistique entre le ndu ou la science du bien-être et le kindoki, la science de négation de l’être ou du muntu chez les koôngo.

Emile Biayenda est le seul évêque du Congo-Brazzaville à avoir été élevé au rang de cardinal depuis son indépendance en 1960. C’est le 22 mars 1977 qu’il fut sauvagement assassiné par des forces obscures qui, comme on peut l’imaginer, sont un obstacle de taille pour la construction paisible et raisonnable de la nation congolaise telle que l’ont rêvé et imaginé les pères fondateurs de la République du Congo : l’Abbé Fulbert YOULOU, père de la Nation, Jacques OPANGAULT et Félix TCHICAYA.

Dans le cadre de ce propos, il est question de rendre hommage, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance du Congo-Brazzaville, à l’apôtre de la paix et de l’unité nationale qu’il a été, le vénéré cardinal Emile Biayenda.

Il s’agit ici, d’examiner les travaux de recherches doctorales du cardinal ayant porté sur les  » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville « . En effet, l’auteur y aborde plusieurs thèmes ou aspects socio-structurels de la société BAKONGO.

C’est le cas notamment du phénomène de la sorcellerie ou KINDOKI que le cardinal Emile Biayenda classe au rang des causes de freinage ou de blocage du développement du Congo-Brazzaville. Pour ce faire, le cardinal note avec perspicacité que: «  La société traditionnelle africaine… a ses mages et ses sages dont les anciens. Ce sont eux qui détiennent la clé de la science et connaissent les « mystères » (secrets) qui régissent la société. Personne ne doit contester leur schéma de jugement, ainsi que les explications qu’ils donnent sur les faits divers qui arrivent et qui peuvent avoir des conséquences fâcheuses sur les hommes ou les choses. C’est qu’il existe toute une catégorie de gens qui en profitent. Quand on connaît vraiment les structures de la société traditionnelle, on peut mesurer combien est rétrograde, le crédit des gens à la sorcellerie « . ( » Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville  » Thèse Emile Biayenda Première partie P.43. Facultés Catholiques Lyon, année 1968).

Les aspirations d’Emile Biayenda, le vénéré cardinal pour ce qui est du développement de son pays sont extrêmement judicieuses et nobles et tendent, entre autres, à faire une distinction entre le KINDOKI et le KUNDU.

Tel est d’ailleurs l’objet de ce propos.

LE KUNDU et le KINDOKI sont deux sciences qui sont fondamentalement opposées en dépit d’une confusion d’appellation que l’on fait souvent en les assimilant conceptionnellement.

Par exemple d’après Marcel SORET, un ancien auteur français, le KUNDU c’est l’art de faire le mal. Il est matérialisé par un animalcule dans le corps du ndoki, de celui qui a le mauvais œil. ( » Les Kongo nord occidentaux « , P.U.F, Paris 1959, P.105.)

Dans le même ordre d’idées, le doyen Martial SINDA définit le KINDOKI comme étant une science relevant d’une puissante société secrète. Les adeptes de cette science s’appellent, observe-t-il, Ndoki, qui  » logent  » en eux le Koundou, une espèce d’ulcère à influence néfaste, assoiffé du sang d’autrui, qui bien entendu, ne ronge pas son propriétaire, mais au contraire, lui permet jalousement d’envoûter celui dont il veut-conclut-il, menacer l’existence et par là- même,  » manger son âme « . (« Le messianisme congolais et ses incidences politiques « , SINDA Martial, Payot 1972, P.370.)

A dire vrai, si les définitions que donnent ces deux auteurs sur la notion de sorcellerie ou KINDOKI sont plus ou moins exactes, force est toutefois de relever qu’elles perdent toute leur saveur compréhensive au regard du sens étymologique et philosophique des mots en langue KOÔNGO.

Koôngologiquement parlant le KINDOKI et le KUNDU sont deux sciences qui diffèrent par leur objet.

Si l’objet de KINDOKI est de donner la mort ou de procéder par tous moyens à l’altération des facultés d’une personne, voire de transformer en mal tout ce qui constitue sa vitalité corporelle, matérielle, économique ou psychique, celui de KUNDU est celui de promouvoir le bien- être du MUNTU;

L’adepte de KINDOKI s’appelle NDOÔKI. Ce mot n’est, en réalité, qu’une extension du verbe (W) OÔNDA en langue KOÔNGO et qui veut dire tuer, éliminer, faire disparaître, etc.

Pour mieux saisir la subtilité de ce qu’on parle entre le nom NDOÔKI et le verbe (W)OÔNDA en langue KOÔNGO, il faut que l’on mette en application un principe philosophique KOÔNGO ayant longtemps gouverné le fonctionnement des sociétés secrètes de l’ancien royaume KOÔNGO comme le Kimpasi ou le Léemba et appelé le KI-YINDULA.

Alors en quoi consiste le KI-YINDULA ?

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Le KI-YINDULA est l’art de faire retourner les mots à l’effet de pouvoir saisir la réalité profonde des faits qu’ils décrivent ou traduisent.

De façon caricaturale, l’on dirait que le KI-YINDULA consiste à connaître le verso par exemple d’une pièce de monnaie quand on a sous ses yeux le recto de celle-ci.

Est-ce que c’est pour autant que l’on peut définir ou assimiler le KI-YINDULA au verlan, cet art « argotique » d’inverser souvent approximativement les syllabes des mots que l’on retrouve par exemple dans les langues européennes comme le français? Non !

Le KI-YINDULA est, d’après la philosophie BANTOUE, en l’occurrence KOÔNGO, une sorte de méthodologie réflexive, consciencieuse et opérationnelle qui permet à l’initié dans sa quête de connaissance notamment de Dieu NZAMBI MPUNGU de pouvoir saisir, percevoir ou découvrir, la réalité des choses voilées.

Ainsi, le nom NDOÔKI est par application du principe de KI-YINDULA, l’inverse du mot KI-OÔNDO, lequel terme serait lui-même en langue KOÔNGO, l’extension du verbe (W) OÔNDA et qui veut dire tuer ou ôter la vie à quelqu’un. C’est dans cette optique que le NDOÔKI, le négationniste de la vie humaine, est porteur de NDOÔKO, la malédiction en ce qu’il perturbe l’ordre tel qu’il a été établi, voulu par Dieu NZAMBI MPUNGU.

En réalité le NDOÔKI l’est véritablement selon la philosophie KOÔNGO, lorsque par son art de nuisance il porte atteinte aux défenses de Dieu que par exemple les KOÔNGO du Congo-démocratique désignent par l’expression KOÔNDO MIA NZAMBI.

La violation des KOÔNDO MIA NZAMBI entraîne selon les croyances KOÔNGO les pires calamités. Cette violation est corrélativement génératrice de ce qu’il convient d’appeler par application du principe de KI-YINDULA de NDOÔKO.

En somme, le KINDOKI est une science ayant pour objet la perturbation et la destruction de l’équilibre socio-environnemental qui s’opère par une négation de la part du NDOÔKI des principes ou normes qui en sont la cause et que sont les KOÔNDO MIA NZAMBI, les défenses de NZAMBI MPUNGU.

Or, contrairement au KINDOKI, le KU-NDU ou l’art de NDU est la science du bien- être et de l’épanouissement de l’Être ou du MU-NTU.

A dire vrai, le mot KU-NDU n’est qu’une extension du verbe KU-NDA qui veut dire vénérer, adorer, prier sous-entendu, l’Être suprême NZAMBI MPUNGU. Ainsi, l’expression KU-NDA NZAMBI n’est qu’une invitation de l’être ou MU-NTU à adorer ou vénérer l’Eternel, son Dieu créateur.

Par ailleurs, le mot KU-NDU, comme on peut le remarquer, comporte deux vocables à savoir :

le KU évoquant le lieu, l’endroit et le NDU lequel mot dérivant du terme NDA exprime le mouvement, parfois même la volonté en langue KOÔNGO. C’est ainsi que l’expression NDA WENDA traduit la volonté de l’être dans sa faculté de passer d’un endroit à l’autre.

Partant de cette analyse, le KU-NDU n’est nullement le KI-NDOKI selon la linguistique KOÔNGO.

En réalité, le KU-NDU est l’aboutissement de l’être dans son processus d’action ou de mouvement (KUNDA) tendant en l’espèce vers un examen approfondi des savoirs et connaissances du NZA ou LWANDU (Cf. Van Wing (J) et Penders (S.J),  » Le plus ancien dictionnaire Bantu Louvain « , 1928, P.172).

En somme, le KU-NDU ou la science de NDU est l’ensemble des savoirs et connaissances qui sont censés contribuer au bonheur de l’être ou du MU-NTU dans son environnement.

D’un point de vue philosophique ou théologique, on serait tenté de dire que le KU-NDU est le lieu de libération de l’être par l’acquisition de sa part des savoirs et connaissances du NZA ou LWANDU.

Chez les KOÔNGO, le NDU ou KU-NDU est, contrairement au KI-NDOKI, source de libération ou NDUKULULU. Etant entendu que ce terme n’est autre qu’une extension du mot NDUKA qui, au final, donne le verbe DUKA et qui veut dire sortir ou faire sortir de.

A ce propos, force est aussi d’indiquer que si l’adepte de KI-NDOKI est appelé NDOÔKI, celui de la science de NDU ou KU-NDU est désigné et ce, en application du principe de KI-YINDULA par le qualificatif de NDUKU.

Le NDUKU est par définition ce MUNTU qui concourt au développement et à l’épanouissement de la société humaine.

C’est à ce titre que le BUNDU OU DI-BUNDU est, par essence le lieu d’expression de la philosophie ou pensée existentielle et collective du NDUKU. Le DI-BUNDU étant étymologiquement défini comme l’assemblée des frères et sœurs bien- aimés. En pratique, il s’agit d’une chaîne associative ou canal d’unité au sein duquel l’amour, l’amitié, la solidarité sont des principes moteurs.

Ici, le synonyme de NDUKU peut être NDIKU (du verbe DÎKA qui veut faire manger, faire nourrir et dans les cas d’espèce en apportant la vitalité à l’être dont il a besoin) qui, par la réflexivité de KIYINDULA donne KUNDI.

C’est ainsi par exemple que le titre d’un des chants de mariage les plus populaires composé par l’ancien archevêque de Brazzaville Monseigneur Barthélemy BATANTOU : KUNDI WA ZOLO KOÔNGO repris et mis en valeur par le cardinal Emile Biayenda dans ses travaux de recherches doctorales, revêt toute son importance d’un point de vue philosophique et théologique.

A dire vrai, KUNDI WA ZOLO KOÔNGO traduit dans ce cas d’espèce, au-delà des bienfaits du mariage au travers d’une apologie des qualités de la femme modèle, fidèle, l’idée de citoyenneté, de la conscience collective pour l’amour de KOÔNGO donc de la conscience nationale. Autrement dit les NDIKU, NDUKU ou citoyens sont ceux qui concourent par le respect et une application des savoirs et connaissances de NDU ou KUNDU au développement et à l’épanouissement de leur nation.

C’est de cette sorcellerie ou KUNDU dont certainement parle le vénéré cardinal Emile Biayenda en écrivant:

 » Il existe une certaine sorcellerie reconnue à certaines gens, mais qui n’est guère nuisible ni haïssable, car elle est salutaire et d’utilité publique. C’est celle du chef de clan, de famille ou de village qui aurait pour but de défendre les sujets sous sa défense contre les « ennemis de la nuit « . Il peut avoir un lion, un léopard ou un crocodile, mais ce sera pour défendre son territoire contre les ennemis invisibles. Son ascendant sur les éléments de la nature est pour le bien de ses sujets. » (« Coutumes et développement chez les Bakongo du Congo-Brazzaville « , Thèse Emile Biayenda Première partie, P.49, Facultés Catholiques, Lyon, année 1968).

Compte tenu de ce qui précède, on est alors tenté de dire qu’un chef de village dont la gouvernance n’apporte guère la salubrité, la tranquillité, le développement, la paix et la sécurité de ses sujets est linguistiquement parlant, d’après les croyances spirituelles KOÔNGO, un NDOÔKI puisqu’il tend, de par sa façon de diriger ou d’administrer le village, à générer le NDOÔKO, c’est-à-dire la malédiction.

Ainsi, de par son NDOKOLOLO, c’est-à-dire cette manière néfaste d’exercer le pouvoir qui se traduit très clairement par une absence totale de conscience dans la gestion des affaires publiques, le chef de village enfreint inéluctablement au développement de celui-ci.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (alias TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour
Koôngologue

* Nouvel ouvrage sur le cardinal Emile Biayenda  » Le dialogue au cœur de la vie du Cardinal Emile Biayenda « , par Adolphe TSIAKAKA (Abbé), Auteur autoédité, Strasbourg, juin 2010.

* éventuellement lire le commentaire de la thèse du cardinal par Rudy Mbemba dans  » Le cardinal Emile Biayenda et sa vision du développement intégral du Congo-Brazzaville  » Société des écrivains, 2008.

Des Ndo, des rêves (ou ndozi) et de la puissance du verbe dans la tradition koôngo

Posté : 20 octobre, 2010 @ 9:16 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Dans une précédente étude, il a été vu que le principe d’amour chez les KOÔNGO tourne autour de la notion de NDA ou mouvement, lequel engendre des NDO ou ondes qui, à leur tour, permettent à deux personnes de pouvoir s’attirer ou s’aimer.

En effet, les NDO sont une production conséquente de la manifestation  de NDA  qui, par définition est le principe moteur du mouvement ou de l’action voire de la volonté.

Cependant, le domaine de l’amour n’est pas le seul à pouvoir couvrir les NDO. En réalité ceux-ci sont censés être partout dans l’univers selon les croyances spirituelles KOÔNGO. En effet, ils sont considérés comme étant l’oeuvre de NZAMBI MPUNGU, Dieu lui-même, le créateur de toutes choses et qui est, par excellence L’EMETTEUR PRIMORDIAL d’ondes vibratoires, d’où le qualificatif de NZAMBI YA LUTOÔNDO, le Dieu d’amour qui lui est attribué.

Aussi pour les KOÔNGO ou BANTOUS en général, les NDO sont partout dans l’univers, c’est-à-dire dans l’homme et dans la nature.

dicoA ce propos, un des aspects de l’Homme qui atteste parfaitement de l’existence réelle des NDO, est le domaine des rêves. Le domaine des rêves est aussi, selon les croyances KOÔNGO, celui de la manifestation des NDO qui sont à la fois le contenant et le contenu des rêves ou NDOZI.

Quand l’Homme rêve, il se situe, d’après les croyances KOÔNGO dans l’univers, peut-on dire, de la virtualité existentielle, un univers qui n’est accessible qu’au travers des NDO ou ondes fluidiques et qui mettent inexorablement l’être dans la faculté de transcendance en se situant hors du temps.

Il s’agit là d’un état certes virtuel mais toutefois existentiel ou vivant et qui permet par exemple au rêveur d’être présent dans de multiples endroits que l’Homme ne  saurait franchir selon son conditionnement physique ou humain.

D’où le mot NDOZI qui veut dire rêve lequel mot par son inversion donne ZI (ou JI)-NDO, c’est-à-dire ces NDO ou  ondes qui, au final et dans le cas d’espèce deviennent une sorte de véhicule de l’âme ou de l’esprit. C’est ce véhicule constitué par des ondes ou de l’énergie vibratoire qui permet à l’Homme, selon les croyances KOÔNGO de connaître une autre vie que celle qu’il connaît en temps normal.

Ceci dit LOTA NDOZI signifie certes en KOÔNGO, faire des rêves, mais en plus de cela, linguistiquement et philosophiquement parlant, il s’agit d’une accession sous forme de fluides à une autre vie différente de celle du monde physique ou réel.

A dire vrai, l’univers des ondes est, selon les croyances KOÔNGO, fluidique en ce qu’il est constitué par des NDO ayant la forme des corps fluidiques.

D’ailleurs, ces NDO ou corps fluidiques constituent ou contribuent aussi à la puissance du verbe ou de la parole. En effet, bien avant l’avènement du christianisme par les missionnaires européens, les KOÔNGO croyaient fortement en la puissance du verbe.

C’est ainsi par exemple que  l’expression NTOÔNDO SIBU revêt toute son importance selon la magie évocatoire ou cantatoire KOÔNGO.

La traduction littérale de cette expression donnerait la rivière des ondes tient ou saisit (sous-entendu l’objet qui est au centre du propos) étant entendu que dans le cas d’espèce SIBU n’est qu’une extension du verbe SIMBA et qui veut dire tenir, saisir, appréhender.

Lorsque l’Homme KOÔNGO se met à employer l’expression:

NTOÔNDO SIBU et qui veut dire LA PAROLE EST PUISSANCE ET LA PAROLE EST DIEU, cela implicitement revient à dire qu’il a entièrement foi en sa parole pour la réalisation de l’objet désiré ou du souhait exprimé et que par voie de conséquence, il n’a pas à faire appel au service d’un NGANGA ou fin connaisseur des vertus de la nature pour parvenir au bout de ses entreprises car le VERBE est LUMIERE, PUISSANCE ET DIEU.

Par ailleurs, le mot NTOÔNDO peut, dans l’expression objet d’étude, être remplacé par  celui de N’KONDI qui est une statuette censée protéger celui ou celle qui en est détenteur.

En l’espèce, dire N’KONDI SIBU, c’est implicitement adhérer pleinement en la puissance du  VERBE en le considérant comme étant ELEMENT VIVANT, DYNAMIQUE ET OPERATIONNEL sans que l’on soit amené à recourir à d’autres forces de la nature ou plus simplement à des objets matériels ou corporels de protection comme les bi-tékés ou bi-fwiti, c’est-à-dire les statuettes.

Aussi, l’Homme KOÔNGO considère que LA PAROLE EST PUISSANCE ET LA PAROLE EST DIEU par ce qu’ELLE est SOURCE de NDO ou d’ondes vibratoires qui, à leur tour concourent à la manifestation du souhait exprimé ou de l’objet désiré.

C’est ainsi par exemple selon les croyances KOÔNGO, les NDO générés par LA PAROLE OU LE VERBE  par un proche parent, en l’occurrence un père ou un mère en colère à l’encontre de son enfant, peuvent être source de malédiction ou NDOKO, voire de bénédiction.

Lorsque les NDO sont véhiculés à des fins de mécontentement par un proche parent, dans ce cas, ils sont censés provoquer chez le sujet qui en est victime soit les NTO-NTOLO ou ce qu’on appelle plus familièrement en langue KOÔNGO  MI-NDONDO. Etant entendu que NDONDO en langue KOÔNGO signifie suite ou conséquence (Le plus ancien dictionnaire Bantu édité par Uitgegeven Door de J.Van Wing et C. Penders S.J., Louvain 1928, P.249).

Spirituellement ou psychologiquement, les NTO-NTOLO font plonger la victime dans une sorte de rivière d’ondes soporifiques parcequ’elles lui font dormir en le paralysant au point de ne plus avoir l’envie, le désir, la volonté donc le NDA à faire quelque chose.

NTO= source, rivière, torrent ; (N)TOLO= dormir ; sommeil ; paresse ; l’inertie ; la passivité,  etc.

Quant au prononcé du VERBE OU DE LA PAROLE en tant qu’ELEMENT DE FORCE OU DE PUISSANCE VITALE, il est par essence, l’oeuvre créatrice de NZAMBI MPUNGU, DIEU LUI-MÊME, lui conférant à ce titre la qualité suprême de NZAMBI MPUNGU, NZAMBI YA LUTOÔNDO, le Dieu d’amour ou EMETTEUR par excellence d’ondes vibratoires de paix, de bonté, de joie, de gaieté et de bienveillance.

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (TATA N’DWENGA)
Avocat à la Cour
Koôngologue

Des ondes ou Ndo dans la conception du principe d’amour chez les Koôngo

Posté : 2 octobre, 2010 @ 5:55 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Dérivé du mot latin amare, le verbe aimer en français exprime une affection très profonde fondée à la fois sur la tendresse et l’attirance physique qu’une personne éprouve pour quelqu’un. Il est la traduction du désir affectif ou sentimental d’une personne envers l’autre. C’est une des traductions de ce qu’on appelle plus communément l’amour ou le principe de l’amour.

Si le mot amour désigne en français tout sentiment très intense ou un attachement englobant la tendresse et l’attirance physique entre deux personnes, dans la langue Koôngo cet état affectif est traduit par le terme LUZOLO ou LUTONDO (Cf. Lexique français-Kikongo par Henri GALLAND Imprimeries Gounouilhou 1914 P.11).

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Si chez les KOÔNGO du Congo-Brazzaville le fait d’aimer est désigné par le mot ZOLA, chez ceux du Congo-Kinshasa, cela est traduit par le terme TONDA.

A ce propos, Jacques VALDY auteur des BAKONGO publié en 1960 dans la collection Les classiques africains par l’Editeur André de RACHE rapporte que le mot MATONDO désignant les champignons dérive du verbe TONDA qui veut dire aimer. Ce champignon, qui signifie amour, entre dans certains nkisi pour produire cet effet (Jacques VALDY P.63.).

Il s’ensuit bien évidemment que les KOÔNGO du Congo-Brazzaville confèrent une autre signification au verbe TONDA et au mot MATONDO. Si le verbe TONDA désigne le fait de remercier NZAMBI MPUNGU, le Dieu tout-Puissant ou l’Eternel, le terme MATONDO quant à lui est, par définition, l’acte de remerciement envers ce même Dieu en raison d’une quelconque grâce ou faveur que l’Homme ou le MUNTU aurait obtenu vis-à-vis de LUI.

A dire vrai les expressions LUTONDO ; NTONDO ; MATONDO et le verbe TONDA évoquent une même réalité sentimentale ou émotionnelle quelle que soit la signification qu’on entend linguistiquement leur attribuer.

D’un point de vue spirituel pour définir Dieu comme étant un Être d’amour et à ce titre bienveillant vis-à-vis de sa création, les KOÔNGO lui attribuent le qualificatif de NZAMBI YA LUTONDO. Ce qui signifie, le Dieu d’amour, émetteur d’ondes ou NDO qui, par le jeu des vibrations dynamise l’être dans sa dimension vitale et de désir vis-à-vis de son semblable.

D’où la signification par exemple du mot NTONDO qui, étymologiquement veut dire la source ou la rivière des ondes:

NTO = source, rivière, torrent ; NDO = ondes, énergies, état d’esprit

En somme, L’AMOUR chez les KOÔNGO peut être défini comme une émotion d’une exceptionnelle intensité construite sur des valeurs de tendresse et d’attirance physique née d’un écoulement d’ondes vibratoires qui s’entrechoquent en mettant deux personnes dans une situation de désir réciproque.

Partant d’une telle explication étymologique il y a véritablement sentiment d’amour d’après la linguistique ou la philosophie Koôngo voire bantoue lorsque l’être se trouve dans une situation de dynamisation ondulatoire ou vibratoire le mettant par voie de conséquence en état d’attirance physique et de tendresse vis-à-vis de son semblable.

C’est dans cette optique de résonnance verbale que le mot TONDA revêt toute son importance.

kongo1A dire vrai le verbe TONDA n’est qu’une extension du mot NTONDA qui étymologiquement signifie la source ou la cause du mouvement.

NTO = source, torrent (dans le cas d’espèce cause) ; NDA = mouvement lequel mot associé aux préfixes de YE et WE donnent respectivement YE-NDA et WE-NDA lesquels traduisent le fait de marcher, de bouger, de partir, d’aller etc.

En fait étymologiquement parlant NTONDA ou NTO (YA) NDA, cette source d’intense débit (sous-entendu affectif) ou qui coule avec force.

C’est ainsi que dans sa phase de manifestation, le NDA résonne pour dégager des NDO ou des ondes énergiques. Autrement dit les NDO ne sont qu’une résonnance vibratoire des ondes énergiques d’après les KOÔNGO.

C’est ainsi que les KOÔNGO considèrent que le fait de marcher ou WE-NDA est cause ou source de production d’ondes vibratoires ou NDO qui au final favorisent la marche ou MWE-NDO d’un individu.

En somme, L’AMOUR chez les KOÔNGO est MOUVEMENT en ce qu’il consiste en une mise en jeu d’ondes vibratoires qui, à leur tour provoquent la réunion de deux personnes qui s’attirent mutuellement.

C’est dans le même ordre d’idées que l’expression NGE NZOLOLO revêt, entre autres toute sa signification.

En effet si le terme NGE est un pronom personnel exprimant le tutoiement en langue KOÔNGO, quant au mot NZOLOLO, il est la synthèse de deux vocables qui tendent bien évidemment à traduire le renforcement ou l’intensité du sentiment de l’amour vécu d’après la philosophie Koôngo.

Ceci dit, si NZO désigne la maison, la demeure en langue KOÔNGO, LOLO dans le cas d’espèce est la nature de cette force qui met l’être dans une situation de tendresse ou d’attirance physique vis-à-vis de son semblable. Il est en réalité l’expression du désir de l’autre s’exprimant mutuellement ou réciproquement.

C’est ce que l’on formule par exemple en Koôngo-Lari par l’expression LOLO WU BWIDI, qui est un signe annonciateur d’un événement qui, en l’espèce se traduit par l’avènement d’une forte émotion que l’on éprouve pour l’autre.

Ainsi, étymologiquement parlant NZO-LOLO est le temple de l’amour, cette maison vibratoire d’où émanent des ondes qui sont la source même du sentiment de tendresse et de l’attirance physique qu’une personne éprouve envers son semblable.

En somme, en langue KOÔNGO, L’AMOUR est MOUVEMENT. Aussi sentimentalement il consiste en une transmission d’ondes vibratoires. Cette émotion est celle de la consécration du désir d’une personne envers l’autre et ce, de façon réciproque laquelle s’opère par le mouvement, c’est-à-dire le NDA qui dans sa manifestation produit des ondes vibratoires ou NDO et dont la traduction finale est une symbiose affective de deux êtres.

Quelle belle et riche langue de mes ancêtres, la langue KOÔNGO !

Ce texte est aussi dédié à MÂJOLAINE

Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu
Avocat à la Cour
Koôngologue

Ndlr - Pour le pasteur Melo, auteur de « Jésus Christ l’Africain », «  » Tonda  » en ki-Kongo signifie  » merci « . C’est  » Toda  » en chaldéo-hébraïque (hébreu, ndlr). Ainsi les psaumes d’actions de grâce/remerciement dans la liturgie judaïque sont appelés  » psaumes de la toda « . Or si du côté de l’Israël actuelle on ne retrouve que la forme  » toda « , le mot en ki-Kongo a gardé toute sa richesse dans ses variantes  » ntondele, tondesa, tondakana, tondakesa, tondaziana, tondolola, matondo, etc. ». Dans ce contexte, il est aisé de voir  » qui a copié qui ! » rétorque-t-il, répondant à une question sur la parenté entre le Kongo et l’hébreu.

A paraître : Les racines bantoues du latin, par le pasteur Melo

melo

 

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