Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour septembre, 2010

Du muntuïsme et de la conscience féminine africaine chez Ghislaine Sathoud

Posté : 19 septembre, 2010 @ 4:33 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Ghislaine SATHOUD est auteure de nombreux ouvrages et une militante des droits de l’Homme. Son combat est celui d’une amélioration des conditions de vie des femmes à l’échelle internationale.

Si le combat de Ghislaine SATHOUD contre les discriminations dont les femmes peuvent être victimes est d’envergure planétaire, celui-ci s’est particulièrement centré, ces dernières années sur les droits ou le combat des femmes en Afrique centrale. Tel a été par exemple l’objet de sa publication en 2008 auprès des éditions l’Harmattan et ayant porté sur  » L’Art de la maternité chez les Lumbu du Congo Musonfi ou  » Le combat des femmes au Congo-Brazzaville  » publié la même année auprès du même éditeur.

sathoud2Le propos de Ghislaine SATHOUD sur la maternité chez les Lumbu du Congo et au-delà chez la femme africaine en général est fort intéressant. Il est d’autant plus intéressant que celui-ci porte sur une analyse d’une pratique concernant la femme sur sa maternité dans la société traditionnelle et appelée  Musonfi.

Alors en quoi consiste le Musonfi ? Quel type d’analyse en fait Ghislaine SATHOUD ?

Même si elle reste une défenseure déterminée des droits des femmes, le regard de Ghislaine SATHOUD sur le Musonfi, une institution maternelle d’envergure traditionnelle est judicieusement constructif revêtant par la même occasion, ce me semble, une caractéristique muntuïste.

En toute honnêteté, Ghislaine SATHOUD reconnaît n’avoir pas été au départ favorable au rite  de Musonfi dont l’expression, rappelle-t-elle, est utilisée chez les Lumbu pour désigner une nouvelle mère, la mère d’un nourrisson (P.7).

A cet égard, Ghislaine SATHOUD relève :  » Au fil du temps, j’ai changé d’avis…Aujourd’hui, j’admets que ma manière de procéder était défaillante : comment condamner une pratique sans prendre le temps de bien la connaître ? Si nous trouvions des failles à ce rituel, il y avait sûrement aussi des avantages… » (P.9).

Si le Musonfi comporte des aspects assez difficiles voire douloureux consistant notamment à faire subir autant d’épreuves aux nouvelles mères notamment  par l’aspersion de l’eau bouillante sur tout le corps de la Musonfi, Ghislaine SATHOUD, en reconnaît toutefois les bienfaits. Ceux-ci permettent non seulement de  » redonner plus rapidement de la vitalité  » à la Musonfi ou de lui restituer son corps après la  » désagréable  » transformation causée par la grossesse mais également par le biais du rituel à la rendre plus belle et surtout plus  » séduisante  » (P.8).

Par son approche d’observation et d’analyse des principes qui régissent le Musonfi, Ghislaine SATHOUD porte en effet l’habit de  » l’avocate muntuïste  » qui, par son combat pénètre l’univers traditionnel féminin pour en extraire la quintessence. Autrement dit, si certaines traditions sont indiscutablement archaïques et donc préjudiciables à la condition et à la dignité de la femme d’autres par contre ont leur raison d’être et tendent par conséquent vers un épanouissement de la femme en tant que mère.

Aussi pour Ghislaine SATHOUD, l’art de la maternité se transmet par le Musonfi depuis des lustres. Les femmes se donnent affectueusement des astuces pour vivre  » agréablement  » la maternité et préserver précieusement  » l’intimité  » de la mère, observe-t-elle. Elles se donnent des astuces pour garder les capacités de séduction au-delà de la maternité. Partant du principe que les changements liés à la grossesse peuvent transformer  » l’image  » de la nouvelle mère, ce rituel est, poursuit-elle, mis en œuvre pour  » corriger  » les imperfections, pour redonner à la mère le goût de prendre soin de son corps : tout le corps bien sûr, mais particulièrement  » l’intimité « , le corps qui sert de passage au nouveau-né. Il s’agit de réparer les éventuels dégâts causés à la suite du passage du bébé. Il s’agit de remettre, conclut-elle, en état cet  » instrument  » pour l’aider à assumer convenablement ses autres fonctions. (P.9).

sathoud1Ainsi vu sous un angle intégraliste ou muntuïste, c’est-à-dire du respect nécessaire de la force vitale qu’il convient de renforcer chez la femme après son accouchement, le Musonfi devient alors l’art du maintien de la vie en dépit de la transformation féminine du fait de la grossesse et de l’accouchement.

En d’autres termes, le Musonfi apparaît comme un art nécessairement vital de la maternité et qui, à ce titre, permet de réunir effectivement toutes les conditions tant au niveau social qu’humain   et ce, dans le but de concourir inexorablement à l’épanouissement et au mieux-être de la nouvelle mère.

En somme, tel qu’il est décrit, le Musonfi est sans doute un rite de maternité qui relève aussi du muntuïsme qui, à titre de rappel est l’ensemble de toutes les valeurs qui tendent tant à l’équilibre qu’à l’épanouissement de l’être humain, en l’occurrence de la femme du fait de son statut maternel.

C’est dire que le rite de Musonfi en tant que valeur existentielle ou muntuïste et qui, à ce titre n’est guère inhumaine en dépit de ces aspects difficiles ou douloureux est la traduction même du  désir ou de la volonté sociale tendant en une paisibilité ou tranquillité de la vie féminine sous son aspect maternel.

A ce propos, Ghislaine SATHOUD est raisonnablement convaincue sur l’initiation à la maternité par le biais du rite de Musonfi. Elle en fait intégralement une analyse percutante en relevant à juste titre que:  » Musonfi c’est bien plus qu’une simple appellation, il s’agit d’un symbole, toute une tradition se résume dans cette représentation.  » Dans le même ordre d’idées*-, elle ajoute :  » En fait, quelques autres symboles pourraient s’associer parfaitement à cette appellation Musonfi : la beauté, le rayonnement, la joie de vivre et bien d’autres encore… ». (P.64)

Il s’agit là une fois de plus une des traductions de la pensée fondamentale de la maternité en matière de muntuïsme qui, en ce domaine cherche à valoriser l’être de la femme en dépit d’une épreuve difficile qu’elle connaît du fait de la grossesse ayant précédé son accouchement.

Ainsi, la Musonfi, la nouvelle mère ou la mère du nourrisson reste toujours femme en dépit de tout par une dynamisation en elle des principes de la beauté et de la séduction.

Autrement dit pour Ghislaine SATHOUD, la maternité ne doit pas être comprise ou perçue chez les Lumbu comme une  négation ou une régression de la condition de la femme mais plutôt comme une période existentielle de la valorisation de son être.

Ici, la maternité qui est donc une étape importante de la vie de la femme ne doit pas être pour elle une occasion d’abandon, de chute ou de négligence de sa féminité mais plutôt une phase d’évolution et de progrès tant dans ses droits que dans la valorisation de sa personne.

C’est dire qu’ avec Ghislaine SATHOUD, le combat des femmes africaines est certes celui d’une amélioration des conditions de leur existence mais également celui d’une prise de conscience des principes  ayant grandement et dignement contribué par le passé à leur raison d’être, celle-ci  étant bien entendu une « sacralisation  » de la force vitale de la femme ou un renforcement voire une reconnaissance sociale de ses droits  comme par exemple en matière de maternité.

En somme, avec l’art de Musonfi chez les Lumbu le Muntuïsme ou l’humanisme intégral africain peut aussi être défini comme étant une doctrine ayant, entre autres, pour objet l’étude et le devenir de la femme dans son processus de formation et de développement donc de socialisation qui aboutit à la réalisation pleine et entière de son mieux-être ou de son épanouissement.

Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu
Avocat à la Cour
Koôngologue

Ecrivaine prolifique et militante des droits de l’Homme, Ghislaine SATHOUD est une ressortissante congolaise résidant actuellement au  Canada. Elle est auteure de plusieurs ouvrages dont «  L’Art de la maternité chez les Lumbu du Congo Musonfi » publié aux éditions l’Harmattan en 2007


 

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