Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour juillet, 2010

Deux livres sur l’abbé Fulbert Youlou

Posté : 24 juillet, 2010 @ 7:36 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

L’année 2009 serait-elle l’année de L’Abbé Fulbert Youlou ? On pourrait le croire avec  la parution quasi simultanée de deux ouvrages qui lui sont consacrés et qui viennent quelque part réparer une injustice vieille de plus de quarante ans.

Le premier livre est une biographie intitulée  » L’Abbé Fulbert Youlou :  » la mémoire oubliée du Congo-Brazzaville  » du Père Adolphe Tsiakaka et le second un essai de l’Avocat Rudy Mbemba du barreau de Toulouse intitulé :  » Plaidoirie pour L’Abbé Fulbert Youlou « .

Deux livres, mais aussi deux regards convergents sur celui qu’ils appellent  » le père de l’indépendance congolaise ». Pour nos internautes, Mwindapress les a interrogés tous les deux.
Me  RUDY  MBEMBA (1) : «… Dire son nom ou parler simplement de lui en public était un crime de lèse-majesté. Celui qui osait braver l’interdit devenait systématiquement  « contre-révolutionnaire »  et était réprimé ».

L’Avocat que vous êtes a choisi de défendre le Président Fulbert Youlou dans un ouvrage intitulé  » Plaidoirie pour L’Abbé Fulbert Youlou « . Pouvez-vous nous rappeler les chefs d’accusation qui pesaient sur lui ?

youlouplaidoirieAvant de dresser un inventaire des chefs d’accusation retenus contre le Président-abbé Fulbert YOULOU, lors de son procès tenu à Brazzaville en juin 1965, je souhaiterais avant tout, si vous me le permettez, rappeler que ce dernier a été non seulement le premier président du Congo-Brazzaville avant et après son indépendance, mais qu’il jouissait également  d’une grande légitimité populaire d’ envergure  nationale parfaitement attestée, entre autres au cours d’une élection au suffrage universel direct organisée un certain 20 mars 1961.

Constitutionnellement parlant le mandat du Président-abbé Fulbert YOULOU était de 5 ans allant de mars 1961 au mois de février 1966. Malheureusement,  il va être forcé et  contraint  à la démission au mois d’août 1963, à la suite d’un mouvement dit révolutionnaire qui, de mon point de vue n’en est absolument pas un à l’analyse des faits politico-historiques durant cette période.

Ce faisant, le Président-abbé Fulbert YOULOU en exil à Madrid (en Espagne) va être condamné par contumace à la peine capitale pour avoir soi-disant :

- utilisé à des fins personnelles un avion de guerre dont le nouveau pouvoir dit révolutionnaire n’a pas pu  rapporter la preuve matérielle de l’existence de l’appareil en question.

- apporté son soutien à Messieurs KASAVUBU et TSCHOMBE qui, à l’époque assument l’exécutif du pouvoir politique en République Démocratique du Congo et  qu’il a toujours considéré comme des alliés politiques ;

- détourné des fonds de l’Etat sans que l’on soit amené à étayer une telle accusation par des éléments irréfutables.

Or, il n’en est rien puisque le Président-abbé YOULOU est, ce me semble, coupable et responsable des faits  imaginaires conçus de toutes pièces par ses opposants qui vont se s’ériger en  révolutionnaires sans que l’on sache  véritablement par ailleurs  leur ambition pour le Congo (en dehors de son soutien à Messieurs KASAVUBU et TSCHOMBE qu’il reconnaît volontiers. D’ailleurs, il va s’en expliquer magistralement dans un  ouvrage intitulé  « J’accuse la Chine » publié en 1966 aux Editions la Table ronde.)

Par exemple, le Président-abbé Fulbert YOULOU s’est toujours défini comme un anti- communiste et son soutien à Messieurs  KASAVUBU et TSCHOMBE n’est à la fois pour lui que logique et constance dans la mesure où ils partagent les mêmes idéaux sur le plan politique.

Par conséquent, il ne peut être aux côtés de  son jeune frère africain Patrice LUMUMBA qui est d’obédience communiste.

A son propos,  le Président-abbé YOULOU déclare :

 » …LUMUMBA ne partageait ni mes croyances ni mes amitiés, mais la passion de l’Afrique qui l’envahissait, le dévorait jusque dans ses tragiques entêtements, en faisait mon frère africain « .

C’est dire que l’homme politique et démocrate YOULOU savait parfaitement reconnaître la valeur de ses adversaires et  était profondément respectueux de leurs personnes tout en se démarquant de leurs idéaux.

Quelles sont les grandes lignes de votre défense ?

Comme vous pouvez le constater je plaide avec force et non coupable en faveur du Président-abbé Fulbert YOULOU parce que les faits, objet du procès qui lui est injustement intenté, me paraissent absolument fantaisistes et non fondés.

D’un point de vue légaliste, il est  victime, ce me semble,  d’un coup de force, plus précisément d’un coup d’Etat dans la mesure où élu au suffrage universel direct, avec un mandat de 5 ans, il aurait été beaucoup plus judicieux, lorsqu’on a  un sens très affiné des instituions, de le sanctionner à l’occasion d’une consultation électorale. Tel n’est pas le cas.

De plus, force est de relever que depuis son entrée dans la scène politique en janvier 1956, l’Abbé YOULOU sort  pratiquement grand vainqueur de tous les scrutins électoraux organisés de façon transparente.

Au-delà des considérations « électoro-consultatives » l’homme politique Abbé YOULOU est très populaire et il l’est pour de bonnes raisons, me semble-t-il,  que le politologue Jean Michel WAGRET relève à juste titre:

 » L’Abbé semble avoir depuis toujours caressé le grand dessein, à la mesure de ses ambitions, de promouvoir la nation congolaise dans la concorde et l’unité ; son audience et son assise politique Balali ne furent pour lui qu’un tremplin, une base de départ ; mais il prit toujours soin de ne pas se laisser enfermer dans ce rôle mineur et de penser à l’échelle de la nation tout entière ; souriant, aimable, conciliateur et diplomate né, il exerce sur ses interlocuteurs une étonnante puissance de séduction ; tout cela le prédisposait à devenir quelque jour le dénominateur commun des forces politiques du pays et à figurer le visage dans lequel chaque congolais aimerait à se reconnaître « .

Il s’agit là, peut-on dire, d’une panoplie de principes fondamentaux du Muntuïsme en matière politique. En effet,  le  choix du chef, comme nous  le rappelle le vénéré Cardinal Emile Biayenda, est fait sur un membre du clan qui a des aptitudes et la poigne d’un futur chef, plein d’équité, impartial, ayant le sens de la justice, ferme dans ses décisions, apprécié et jugé comme tel par le clan, les alliés et tous les voisins.

Et c’est ce que le Congo-Brazzaville n’a plus connu, et c’est très dommage, depuis la chute de nos patriarches comme l’Abbé Fulbert YOULOU, Jacques OPANGAULT, Stéphane TCHITCHELLE.

L’univers politique congolais a vraiment besoin de personnalités de cette envergure et comme l’a aussi relevé récemment le Président américain OBAMA lors de son passage en Afrique notamment au Ghana, d’institutions fortes.

Que répondez-vous aujourd’hui  aux  » Révolutionnaires  » qui chantaient  » Youlou a tout volé  » dans les années 60 ?

Parfois on apprécie véritablement et objectivement les choses après les avoir vécues. Je veux dire par là que l’état délabré du Congo-Brazzaville actuel n’est nullement l’œuvre des Pères de l’indépendance de ce pays que sont l’Abbé Fulbert YOULOU,  Jacques OPANGAULT et dans une certaine mesure Félix TCHICAYA.

Bien au contraire, il est la traduction voire la conséquence directe et brutale du changement politique et du régime opéré par les socialo-communistes, se réclamant de
« La Révolution ».

A ce  propos, je suis en parfait accord avec le Président-Abbé YOULOU lorsqu’il considère que  » toute révolution appelle des mutations fondamentales et radicales. Une révolution doit être génératrice d’améliorations essentielles dans un pays  » .

Alors quelles sont les mutations ou les améliorations essentielles opérées par les soi-disant Révolutionnaires des années 60 ?

Quels sont les privilèges détenus par les dirigeants du régime du Président-abbé YOULOU que les  » Révolutionnaires »  auraient mis par la suite à la disposition du peuple congolais?

Les Révolutionnaires des 13, 14 et 15 août 1963 ont progressivement transformé la République du Congo-Brazzaville en une République Populaire qui, malheureusement comme on le sait, nous a entraîné dans une République congolaise agonisante dans laquelle le respect du MUNTU et donc de l’être dans tous les aspects de son existence est fort bafoué.

Mais le  temps passant et les réalités sociohistoriques aidant, certains  » Révolutionnaires » ont fini, comme le relève à juste titre mon Préfacier, le Professeur Justin Daniel GANDOULOU, par relativiser et remettre en question ce chef d’accusation de  » Youlou a tout volé »,  le considérant tout simplement comme fantaisiste ou arbitraire.

C’est l’illustration même d’un vieil adage selon lequel « qui veut noyer son chien l’accuse de rage ».

Vous dites qu’avec L’abbé Fulbert Youlou, le Congo-Brazzaville a manqué sa marche vers le développement, l’unité, la paix…

Effectivement avec l’Abbé Fulbert YOULOU, le Congo-Brazzaville a manqué le train de son unité et celui de sa marche vers le développement par ce que sa ligne politique a toujours été celle du consensus, de la négociation et du compromis. L’homme politique qu’il a été n’a jamais voulu placer ses ambitions personnelles au-dessus de celles de la nation pour ne pas  mettre en danger ou en péril la vie de ses concitoyens et celle des êtres en général.

Une fois de plus, je suis en parfaite harmonie avec le Président-abbé YOULOU lorsqu’ il observe à juste titre que :

 » La politique n’est pas un métier dans un pays où il faut cultiver, produire, créer, soigner, construire, avant de palabrer « .

youlouplaidoirie1Or, c’est bien le contraire que l’on voit aujourd’hui dans nos pays d’Afrique avec une forte professionnalisation de la vie politique. Ce faisant, celle-ci a laissé place à ce qui fascine malheureusement certains Africains à savoir : le machiavélisme avec lequel l’homme politique africain ou reconnu comme tel, est celui qui est réputé être très habile dans l’élimination physique de ses adversaires.

En d’autres termes, et c’est bien triste à dire, chez nous, en politique les vices deviennent des vertus et  inversement. Tel est le drame de l’Afrique d’aujourd’hui !

En somme, la vie politique au Congo-Brazzaville tout comme dans les pays d’Afrique centrale doit être humanisée pour ne pas dire « muntuïsée ».

On a souvent parlé des frasques de L’Abbé Youlou. En quoi cela a-t-il pu nuire à son image ?

On a souvent reproché à l’Abbé Fulbert YOULOU d’avoir pris femme et de porter toujours des soutanes signées de grands couturiers parisiens. Ces critiques m’ont toujours semblé peu commodes et n’ayant à ce titre aucun intérêt.  Je m’explique :

L’Abbé Fulbert YOULOU est ordonné prêtre en juin 1946. Ce n’est qu’au bout de 10 ans, qu’il se lance en politique en 1956. Durant cette période, l’Abbé YOULOU va parfaitement vivre son sacerdoce ou sa vie pastorale. C’est  lorsqu’ il s’engage politiquement que son supérieur hiérarchique Monseigneur Michel BERNARD va s’y opposer en le sanctionnant par ailleurs.

Et dès l’instant où il va se donner corps et âme au service de son pays et ce, il faut tout de même le rappeler à la demande de plusieurs de ses partisans en raison de ses nombreuses qualités d’homme d’Etat, le problème ne va plus se poser pour l’Abbé Fulbert YOULOU pour mener une vie citoyenne, laïque et républicaine.

Aussi, le choix d’une femme par lui, n’est de mon point de vue qu’une manifestation de sa part de vouloir se définir vis-à-vis de ses concitoyens comme un simple homme dont le conditionnement existentiel est parfaitement identique à celui des autres hommes et donc dépourvu à ce titre de toutes légendes fantaisistes.

Quant au port des soutanes dans le cadre de l’exercice de ses fonctions politiques, il y a  certainement là une fois de plus une volonté de l’Abbé de marquer son engagement spirituel vis-à-vis de Dieu qu’il a toujours défini comme étant le Maître souverain garant de la justice et de l’ordre socio-divin.

De plus, la qualité de prêtre est définie par le droit canon comme un sacrement de l’ordre qui, théologiquement parlant a été institué par le CHRIST lui-même de sorte que lorsque l’on  est ordonné prêtre on l’est, par principe, à vie même en étant hors de l’institution chrétienne catholique.

Pourriez-vous, en quelques mots, esquisser le bilan politique du premier Président du Congo-Brazzaville ?

Le bilan politique du Président-Abbé Fulbert YOULOU se caractérise essentiellement par une volonté de sa part à vouloir faire de ce pays une nation unie. « Notre action ne peut porter ses fruits que dans l’union de tous les Congolais et dans un climat d’apaisement et de compréhension mutuelle », déclare-t-il solennellement. Il a toujours classé le principe de l’unité nationale au rang de « la règle d’or ».

Toutefois, selon le Président-abbé, l’unité nationale au Congo ne peut nullement se faire par adoption des théories marxisantes ou socialo-communistes. L’efficacité d’un programme de développement économique selon lui ne peut se faire que par une sorte de pragmatisme sur le plan politique tenant absolument compte des réalités africaines.

A  ce propos, le Président-abbé YOULOU considère et j’adhère pleinement à cette vision des choses que :

 » Le continent noir est profondément spiritualiste, traditionnaliste, attaché à ses coutumes, à sa terre, à ses chefs traditionnels. Il est démocrate et communautaire et il n’a pas attendu Marx pour mettre en commun ses ressources, mais il sait que rien de grand n’a été réalisé dans le monde en dehors de l’instinct naturel qu’ont les hommes de posséder, d’améliorer leur sort et de s’enrichir « .

Ce n’est ni plus ni moins la manifestation de ce qu’il convient d’appeler le Muntuïsme en matière politique, qui est à la fois une science et une doctrine ayant pour objet le développement intégral du MUNTU et du milieu dans lequel il évolue. Etant entendu qu’un tel voyage de développement intégral n’est possible que, si l’Afrique, en particulier le Congo-Brazzaville, parvient à s’accepter très clairement  par une consécration socio-effective des principes qui définissent son identité sinon il risque de ne jamais être.

Oui au principe de l’unité dans la diversité et non dans l’uniformité !

Pour l’avoir compris plus tôt  que ses opposants dits  » Révolutionnaires «   le Président-abbé Fulbert YOULOU apparaît glorieusement comme étant le plus grand dirigeant digne de ce nom que le Congo-Brazzaville ait connu.

Son discours politique et son action afférente à celui-ci lui confèrent (car au-delà des mots l’homme pose des actes pour éradiquer les maux)  inexorablement la qualité de Père de la Nation Congolaise.

Que vive le Congo-Brazzaville comme l’ont rêvé les patriarches, les pères fondateurs de la République congolaise  à savoir : l’Abbé Fulbert YOULOU et Jacques OPANGAULT !

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tsiakakaPERE ADOLPHE TSIAKAKA (2) : « … Parler de l’abbé F. Youlou au Congo, ou encore être son partisan, de 1963 à 1991, c’était être perçu comme un contre-révolutionnaire, une manière d’enlever toute possibilité aux Congolais de connaître effectivement les données réelles de leur histoire… »

Est-ce parce qu’il était prêtre comme vous que vous vous êtes intéressé à la vie de L’Abbé Fulbert Youlou ?

Écrire la vie de l’abbé Fulbert Youlou, c’est pour moi un devoir de mémoire et de justice, quand on a soi-même baigné sur les images dévalorisantes du Père de l’indépendance nationale produites par les médias nationaux. Nous ne pouvons nous projeter vers un avenir sans tenir compte de notre passé. Ce passé, quel qu’il soit, doit nous servir de leçons pour construire une société congolaise qui favorise un vivre-ensemble et un mieux-être de tous les Congolais.

Comment avez-vous réussi à réunir une documentation aussi importante (avec de nombreuses photos) pour un homme qui avait été longtemps banni au Congo ?

Deux sources ont permis la réalisation de cette biographie : Les sources écrites et orales. Pour les sources écrites, j’ai consulté principalement les archives du Ministère des Affaires étrangères Français et de la Congrégations du Saint Esprit (les Spiritains). J’ai lu également les mémoires du général de Gaulle, le Journal de Jacques Foccart, les différents livres sur la période coloniale et sur les indépendances d’Afrique, les journaux (le Monde, etc.). Les sources orales viennent des interviews de quelques acteurs de l’époque : Mgr Barthélémy Batantu (à l’époque séminariste stagiaire à Mindouli avant son déplacement à Goma-Tsétsé pour le soustraire de l’influence de l’abbé Youlou), Joseph Senso (2ème Maire congolais de Brazzaville), Gilbert Pongault (syndicaliste), Jean-François Gandou (syndicaliste), Habib Deloncle (Secrétaire d’état français aux Affaires étrangères), etc.

Quel vrai visage de L’Abbé Fulbert Youlou ce travail vous a-t-il permis de découvrir ?

youloutsiakakaUn visionnaire incompris et un homme qui n’a pas été soutenu financièrement pour réaliser son principal projet du barrage du Kouilou pour produire de l’électricité. L’électricité c’est le moteur du développement. Sans électricité aucune structure économique ne peut être réalisée. L’Abbé Fulbert Youlou l’avait compris à son époque.

Dans quelles circonstances s’était-il engagé en politique ? En avait-il le droit en tant que prêtre ?

C’est un groupe de personnes, en quête d’un leader, qui est à l’origine de son engagement en politique. Pour répondre favorablement à ces derniers, il leur disait : « je me suis fait prêtre pour mon peuple et si mon peuple me demande encore autre chose, je ne pourrai qu’accepter ». Malgré le désaccord de son Évêque, l’interdisant de faire la politique,  l’abbé Youlou opta pour le peuple et fut suspendu dans ses fonctions sacerdotales.

Comment expliquez-vous que malgré sa réhabilitation à la Conférence Nationale Souveraine, aucun parti politique ne soit né des cendres de L’UDDIA de l’Abbé Youlou ?

C’est l’affaire des hommes politiques.

Malgré tout, quel pourrait être l’héritage politique de L’Abbé Fulbert Youlou pour les générations d’aujourd’hui ?

L’unité ! Sans unité rien ne peut se faire de beau et de noble. Cette unité invite au respect de l’autre. Tous les peuples du Congo, dans leur diversité, ont des richesses à apporter dans la construction nationale. Le travail. Rien ne peut se faire sans le travail. A seul, la tâche est impossible à accomplir, à deux, trois, etc., l’impossible devient possible. Personne ne doit être écarté. L’exclusion ne profite à personne. Pour bâtir notre pays, le Congo a besoin de ses fils et de ses filles. Si le fleuve est important, dit un adage populaire, c’est grâce à l’apport des eaux de ses affluents. L’union fait la force. Évidemment, si nous sommes unis et si nous nous mettons au travail, nous ne pouvons que marcher sur le chemin du progrès. Unité-Travail-Progrès, c’est l’héritage que l’abbé Youlou nous lègue et si tu reçois un héritage, dit encore un autre adage populaire, fructifie-le.

PROPOS RECUEILLIS PAR MARC TALANSI

(1)    Du même auteur :

- Le procès de Kimpa Vita, la Jeanne d’Arc Congolaise, L’Harmattan, 2002.
- Le Muntuïsme : L’humanisme intégral africain, La Société des Ecrivains, 2006.
- Le Cardinal Emile Biayenda et sa vision du Développement intégral du Congo-Brazzaville, La Société des Ecrivains, 2008.

(2)    Du même auteur :

-    Emile Biayenda,  grandeur d’un humble, Editions du Signe, 1999.
-    Les larmes de ma mère, Poèmes, Editions La Bruyère, 2000.
-    Fêter  les jumeaux. Les berceuses koongo, L’Harmattan, 2005.
-    Méditer et prier avec le Cardinal Emile Biayenda, Editions du Signe, 2006.
-    La médecine  koongo. Sources, concepts et pratique actuelle, Editons du Signe, 2008.

 

Le principe de l’indépendance d’après la vision des pères fondateurs de la République du Congo Brazzaville

Posté : 22 juillet, 2010 @ 5:24 dans Non classé | Pas de commentaires »

L’année 2010 est celle de la commémoration du cinquantième anniversaire de l’indépendance de nombreux pays de l’aire francophone en Afrique. L’Etat du Congo-Brazzaville va  fêter son indépendance le 15 août prochain.

Il s’agit là d’un événement important qui est censé interpeller tout citoyen digne de ce nom qui aspire tant bien que mal au développement national de son pays.

Dans ce cas, que peut-on retenir de la République du Congo-Brazzaville après cinquante ans de vie existentielle sur les plans social, économique et politique ?

youlou9Si la commémoration d’un grand événement historique permet de faire ressortir la grandeur d’illustres personnages qui l’ont initié, celui du cinquantième anniversaire de l’indépendance de la République du Congo-Brazzaville est l’occasion de redonner la parole à ses pères fondateurs que sont le président-abbé Fulbert Youlou et Jacques Opangault.

Ceci dit, que recouvre en réalité cette notion d’indépendance ? Est-elle synonyme d’autonomie et donc d’absence de contraintes de toutes sortes ? Ou bien au contraire l’indépendance dont il est question est-elle une notion beaucoup plus complexe qu’on ne pourrait le penser ?

Si la notion d’indépendance peut être conçue comme étant l’état d’une personne dite libre dans ses mouvements ou qui jouit de l’autonomie politique, le Père de la Nation Congolaise, le premier Président de la République, l’Abbé Fulbert Youlou pose des jalons dans la définition de cette notion.

A ce propos, le Président-Abbé Fulbert Youlou pose avant tout un préalable ou procède en pointant du doigt des idées préconçues voire des préjugés avant d’exprimer sa compréhension de cette  question d’indépendance. Indépendance, constate-t-il,  trop souvent encore signifie dans les esprits, mieux- être, confort, facilités, améliorations immédiates et inconditionnelles du niveau de vie. La réalité est tout autre, observe à juste titre le Président-Abbé.

L’indépendance, l’émancipation consistent, avant tout, pour un pays selon le Président-Abbé Fulbert Youlou, à assumer seul toutes les responsabilités qui lui incombent :  la paix, l’ordre, l’union, la protection de ceux qui constituent la Nation. Elle exige aussi une ligne de conduite, une politique extérieure, libres de toute ingérence. Car notre problème, à nous gouvernants, est, ajoute-il, tout en menant notre pays à la fois à une amélioration de ses conditions de vie, de travail, de lui faire aussi respecter ses engagements, sans être tributaire d’autres nations  ;  en un mot, sans hypothéquer sa liberté.

youlouuC’est dans cet état d’esprit d’analyse et de compréhension de cette notion que le Père de l’indépendance et de la Nation, l’Abbé Fulbert Youlou déclare lors de l’accession à l’indépendance du Congo-Brazzaville  :  « Nous accédons à la responsabilité nationale. Plus que jamais la volonté de Dieu nous fait un devoir d’aimer notre pays, mais également un devoir d’agir, chacun à la place qui lui a été donnée, pour faciliter la marche en avant de notre pays. La mise en valeur de notre pays ne pourra se faire que dans la solidarité, dans la communion aux besoins et aux aspirations de tous. Ceci exige compréhension et collaboration qui se réaliseront au prix des sacrifices personnels… Notre indépendance, en effet, signifie notre volonté de vivre collectivement. Il faut que notre Congo indépendant soit viable ».

De l’examen du discours du premier président de la République indépendante du Congo-Brazzaville, il ressort un certain nombre de paramètres qui conditionnent véritablement l’accession à l’indépendance d’un pays ou d’une nation.

Ainsi, à la lecture du discours politique de l’Abbé Fulbert Youlou, il ne peut y avoir de véritable indépendance sans aucune conscience nationale, celle-ci étant l’expression d’un bel exercice des responsabilités assumées par des gouvernants ou dirigeants auxquels sont confiées les fonctions de l’Etat ou de la Nation. A cela s’ajoute une gestion saine et républicaine de toutes les affaires qui concourent à la création véritable d’un Etat ou d’une Nation Souveraine et Indépendante.

La paix, l’ordre, l’union, la cohésion de toutes les composantes de la communauté qui se veut nationale sont autant d’éléments qui doivent s’inscrire dans les préoccupations majeures des gouvernants ou dirigeants. Il y a, en plus de cela, la liberté qu’il faut préserver de l’Etat en évitant d’hypothéquer toutes ses potentialités qui vont garantir son indépendance ou sa souveraineté.

A cet égard, le Président-Abbé Fulbert Youlou est, en sa qualité de président de la République, un homme politique extrêmement prudent abandonnant à ce titre, toutes les illusions qui entraveraient l’œuvre de l’édification de la conscience nationale, qui selon son entendement est l’élément moteur d’une construction d’un Etat indépendant du Congo-Brazzaville et au-delà de la nation. Pour ce faire, il déclare avec habileté que:

 » La route n’est pas droite et unie; c’est encore une piste sinueuse et accidentée; il faudra l’aplanir et la niveler ; il y faudra bien du travail, beaucoup de courage et de persévérance. Ne nous précipitons donc pas sans réflexion ; mais ne temporisons pas non plus exagérément. Un programme mûrement pesé doit décider de notre action future.  »

En somme, les questions de l’indépendance  et du développement national n’ont jamais été aux yeux du premier Président du Congo-Brazzaville indépendant, l’Abbé Fulbert YOULOU, un acquis, mais beaucoup plus une volonté raisonnable et raisonnée, clairement définie et tendant en une gestion perpétuelle, consciencieuse et responsable des biens de la nation.

Il s’agit là des questions fondamentales, fort difficiles du fait de leur importance nationale qui, à ce titre,  ne doivent pas être abordées par une politique de propagande fort irresponsable mais plutôt par une conscience nationale qui, par essence est toujours en perpétuel mouvement.

Autrement dit, la question de l’indépendance ou du développement national est parfaitement similaire à toute œuvre d’éducation qui, comme l’indique le vénéré Cardinal Emile Biayenda consiste  » en  un enfantement qui commence au jour de la conception pour ne se terminer qu’avec la mort « .

Ainsi l’indépendance apparaît comme un combat sans fin mûrement réfléchi lequel s’inscrit raisonnablement sur le terrain du destin national en perpétuel devenir.

opangaultDans le même ordre d’idées, Jacques Opangault, l’un des pères de l’indépendance au même titre que Félix Tchicaya ou l’Abbé Fulbert Youlou déclare, quant à lui :

 » Il y a un avenir qui se fait et un avenir que l’on fait, et l’avenir est les deux. C’est par la volonté de chacun de ses fils que se fera l’avenir du Congo, et, dans cet avenir, il n’y a place pour aucun relâchement, pour aucun désordre, pour aucun abandon « .

Qu’il s’agisse du Président-Abbé Fulbert Youlou ou de Jacques Opangault, l’indépendance est une voie de liberté qui, pour y accéder dignement et donc souverainement, requiert inexorablement l’accomplissement d’un certain nombre de conditions que sont : la volonté, le courage, le travail, la solidarité, l’unité,  la persévérance. En d’autres termes, l’indépendance ne revêtira toute son importance que si elle fait appel à l’élaboration d’une véritable conscience nationale qui, elle-même, est l’expression pleine et entière d’une fusion de deux autres types de conscience à savoir :

a. La conscience du droit et de la liberté d’entreprendre : cette conscience est l’aboutissement de la volonté et de l’action qui se matérialise très concrètement par une prise de responsabilités initiatrices qui tendent au développement national tant aux plans économique que social. Elle consacre par exemple sur le terrain du droit, la liberté d’entreprendre et du jeu de la concurrence ou de la compétitivité loyale à l’échelle nationale.

b. La conscience du devoir et de la responsabilité : celle-ci consiste en un exercice des postes de responsabilités à quelque niveau où ils se trouvent et ce, de façon juste, impartiale, équitable,  productive et raisonnable dans le strict intérêt du développement et de la construction perpétuelle de la Nation.

C’est dans cet état d’esprit de volonté et de construction d’une nation congolaise souveraine et indépendante que Jacques Opangault relève à juste titre que:

 » En dehors des luttes idéologiques, en dehors de notre opposition démocratique et constructive pour un mieux- être du pays, pour une amélioration toujours poursuivie et toujours plus grande nous avons tous, nous congolais, des objectifs supérieurs, des devoirs communs impérieux. En face des grandes tâches nationales nous n’avons qu’un seul drapeau, qu’une seule devise, qu’un seul but. Ce Congo, nous le formerons, nous le modèlerons selon nos efforts et selon nos mérites « .

C’est dire qu’il ne peut y avoir de véritable indépendance nationale sans aucune conscience édifiante de gouvernants ou dirigeants qui, par une gestion responsable, juste et équitable des responsabilités ou fonctions qui leur sont confiées doivent obligatoirement en tous lieux et en tout temps toujours privilégier l’intérêt supérieur de la Nation.

Or, force est de constater que, si de 1960 à 1968, le Congo-Brazzaville a pu connaître des débuts fort prometteurs d’une véritable indépendance, en raison d’une classe dirigeante digne de conscience et de confiance nationales, cette dynamique s’est vue stopper en l’absence de vrais acteurs politiques pour le faire.

En cinquante ans d’indépendance, le Congo-Brazzaville a plus sombré dans l’anarchie des dictatures sanglantes qu’il n’a vraiment favorisé l’émergence d’une panoplie de conditions nécessaires pour un véritable développement national.

Les acquis de la colonisation ou les infrastructures qui étaient censées améliorer les conditions d’existence des citoyens congolais n’ont pu être édifiées. Là où l’espérance a pu naître par l’instauration des infrastructures du fait de la conscience des premiers dirigeants de l’Etat congolais indépendant, celle-ci s’est vite éclipsée. Les idéologies ayant pris le dessus sur le pragmatisme ou le réalisme.

La communauté nationale congolaise est aujourd’hui plus divisée qu’elle ne l’a été pendant cinquante ans (50 ans). Cette conscience nationale débutante dans la gestion des deniers ou des biens publics a laissé place à l’anarchie, l’incompétence, l’irresponsabilité de sorte que la relève du Congo-Brazzaville est devenue problématique.

Si les pères de l’indépendance ont défini celle-ci comme étant une politique d’autonomie de la nation en y associant raisonnablement une ligne de conduite, une politique extérieure, libres de toute ingérence, force est de constater que le Congo-Brazzaville, s’est engagé dans une voie totale et chronique de dépendance. Sa dépendance est d’autant plus inquiétante aujourd’hui que toutes ses potentialités qui étaient censées contribuer à son autonomie ont été toutes hypothéquées.

Ainsi, le Congo-Brazzaville devra, pour les prochaines années, s’il désire retrouver ses lettres de noblesse telles qu’elles ont été rédigées par ses pères fondateurs, consacrer en son sein les lois humaines les plus transcendantes qui soient et qui, à ce titre font appel à d’illustres hommes d’Etat dotés d’une haute conscience politique. C’est en cela qu’ils sont appelés Ngunza ou hommes des lumières de la Communauté nationale.

Aussi, pour le Père de la Nation, l’Abbé Fulbert Youlou  :   » Ne dirige pas qui veut en Afrique, mais qui le mérite.  » d’autant plus que  » la politique n’est pas un métier dans un pays où il faut cultiver, produire, créer, soigner, construire,  avant de palabrer « .

Au final, Concevoir et Promouvoir une politique de développement national sans   l’édification préalable d’une conscience nationale, souveraine voire républicaine est la voie même de l’inconstance, de l’inertie et par conséquent de l’instauration d’un régime dit médiocratique (la médiocratie étant définie comme l’avènement au pouvoir des hommes et des femmes dépourvus de toute conscience nationale qui, par leur médiocrité conduisent  inexorablement le pays ou la nation vers son déclin ou sa déchéance).

En somme, le développement national d’un Etat dit Indépendant et Souverain est inéluctablement la conséquence d’une prise de conscience de toutes les valeurs qui concourent à l’épanouissement et au bien- être de ses citoyens.

C’est ce que nous appelons aussi chez nous le Bu-MuNtu ou le Bo-MoNto, la voie de l’équilibre et de l’épanouissement social et spirituel de l’être, dans le cas d’espèce du citoyen.

QUE VIVE LA REPUBLIQUE !
QUE VIVE LA NATION !

Rudy MBEMBA-Dya-Bô-BENAZO-MBANZULU (Cercle Ki-Mbanza ou Ami (e) s de  la Nation Congolaise)

 

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