Rudy Mbemba-Dya-Bô-Benazo-Mbanzulu

Le Muntuïsme est à la fois science et religion du Muuntu. La Koôngologie tend à mettre en lumière l'ensemble des savoirs et connaissance de la société royale Koôngo notamment ceux ayant grandement contribué à sa période de gloire.

Archive pour mars, 2008

Qu’est-ce que le « Muntuïsme ? »

Posté : 7 mars, 2008 @ 10:53 dans Non classé | Pas de commentaires »

 

Mbemba

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Muntuïsme, c’est le titre d’un livre tout à fait original édité par la Société des Ecrivains en 2006 à Paris. L’auteur, Rudy MBEMBA, est Docteur en droit et Avocat à la Cour de Toulouse. Dans sa préface, Danielle CABANIS, Professeur à l’Université des Sciences Sociales de Toulouse nous donne une indication précieuse : « Rudy MBEMBA avait entamé avec sa thèse un processus de recherche sur le droit pénal traditionnel Koôngo et ses survivances dans la pratique contemporaine et il poursuit ici sa quête sur les origines des traditions qui ont forgé l’identité de sa nation. »

A MwindaPress, nous avons cherché à en savoir un peu plus…

MwindaPress – Vous avez écrit un livre intitulé « Le Muntuïsme ». Quelle est l’origine de ce mot et comment le définissez-vous ?

Rudy MBEMBA – Le mot Muntuïsme est simplement une sorte de francisation du mot Koôngo Muntu qui signifie l’être intelligible. Cet être qui est porteur de Kimuntu, d’humanité ; et celle-ci n’est rendue possible que par la voie de Bumuntu à savoir le processus de socialisation et d’humanisation de l’être.

- Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire un livre sur ce thème ?

J’ai choisi ce thème à la suite de mes recherches doctorales ayant eu pour objet: Histoire et justice pénale dans la société Koôngo depuis les origines jusqu’au XXIème siècle. Et l’actualité brûlante des trois pays ayant hérité du domaine ethno-territorial de l’ancien Congo (le royaume du Koôngo), caractérisée par des guerres civiles fortement meurtrières, a été sans doute l’élément déterminant pour ce livre. J’ai eu le sentiment qu’au travers des dites guerres, le Muntu tel qu’il devrait être et tel qu’il a été par le passé a été vraiment bafoué, martyrisé, nié dans ce qu’il a de plus précieux à savoir le Kimuntu, la grandeur originelle de l’être.

- Les mots  » science « ,  » philosophie « ,  » religion  » reviennent constamment dans votre livre. Lequel de ces trois concepts vous semble le mieux correspondre au muntuïsme ?

- Il est vrai que les concepts dont vous faites état reviennent le plus souvent dans mon propos sur le Muntuïsme. Comme vous avez pu le constater, j’ai défini le Muntuïsme comme étant une science, savoirs et connaissances à caractère humaniste, « socialiste », moraliste, politique et spiritualiste. Ici le mot science bien évidemment doit être analysé, compris comme une sorte de consécration socio-expérimentale de toutes les valeurs ou principes qui concourent à l’intégrité effective de l’être, le Muntu. C’est en cela que le Muntuïsme recouvre simultanément en son sein, des aspects de dimension philosophique et religieux ou du moins spirituelle.

- Quelles sont les valeurs qui fondent le muntuïsme ?

- Les valeurs qui fondent le Muntuïsme sont par essence, celles qui permettent le développement et l’épanouissement du Muntu dans tous les aspects de son existence. C’est dans ces conditions que, par exemple le respect et la dignité de l’être, le souci de veiller en la préservation de son intégrité effective donc de la vie en général, constituent l’aspiration éternelle du Muntuïsme.

- Comment se traduisait concrètement le muntuïsme chez nos ancêtres ?

Chez nos ancêtres, le Muntuïsme se traduisait par une certaine façon d’être et de faire dans ce qu’il convient d’appeler « l’art de savoir vivre dans l’harmonie et dans la paix ». C’est à ce titre par exemple que, l’éducation des enfants, espoir du clan, donnant lieu à de multiples initiations, était une des hautes prérogatives du Chef de village. A ce propos, le Cardinal Emile Biayenda nous rappelle que celui-ci a la charge d’administrer les biens de la famille. Il doit veiller sur la bonne santé physique et morale de son groupement dont il est le protecteur. Il accueille les orphelins…Il est le premier tenu à la loi de l’hospitalité. C’est le responsable de la paix à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté.

- En quoi le muntuïsme peut-il être le renouveau des Koôngos en particulier et des Africains en général ?

- Comme vous le savez, depuis 1993, le Congo-Brazzaville, tout comme la république démocratique du Congo connaît une période d’instabilité toujours grandissante. Il serait vraiment fort raisonnable de faire régner le Kimuntu dans ces pays parce qu’au-delà des pertes en vies humaines et des dégâts matériels, c’est le Muntu qui est fondamentalement remis en cause. Le retour à la grandeur originelle de l’être, donc du Muntu, et ce par une consécration socio-effective des principes que nos ancêtres ont reconnu comme fondamentaux, à l’instar de la justice, la solidarité, le respect, l’amour du prochain, est me semble-t-il, l’une des pistes capitales du bien- être de demain des Koôngo, des congolais et des Africains en général.

- Si j’ai bien compris, nos sociétés ne peuvent connaître de développement viable si elles ne recourent pas au muntuïsme. Me trompé-je ?

- Je ne prétends absolument pas que nos sociétés ne connaîtront leur salut qu’au travers du Muntuïsme. Par contre, toute politique de développement qui ne consacrera nullement en son sein les valeurs humaines les plus significatives qui soient, sera vouée à l’échec.

- N’y a-t-il pas un danger à vouloir enjoliver le passé africain sachant que celui-ci n’a pas toujours été glorieux ?

- Vouloir promouvoir les valeurs du Muntuïsme ne signifie pas que nous enjolivons le passé ancestral d’autant plus qu’il n’a pas été que gloire et beauté. Si des erreurs ont été commises par nos ancêtres, celles-ci ne doivent pas être les nôtres aujourd’hui d’où la raison même du Muntuïsme qui consiste en une perpétuelle construction et harmonisation de l’être depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

- Qu’est-ce que l’humanisme intégral africain et qu’est-ce qui le distingue de l’humanisme tout court ?

- Si l’humanisme tout court consiste à rendre vraiment plus humain l’être, l’humanisme intégral africain se spécifie en ce qu’il fait du Muntu un être véritablement participatif au sens où le décrit Roger Bastide, comme  » l’homme de la participation, participation des morts et des vivants, du cosmos, du social. Liaison de l’homme avec l’ancêtre, avec l’animal, avec la plante, avec la terre nourricière ».

Vous êtes Docteur en droit, Avocat et vous vous définissez par ailleurs comme étant un « koôngologue ». En quoi consiste la  » koôngologie  » ?

- A l’instar de l’Egyptologie qui a pour objet l’étude de l’Egypte ancienne, la Koôngologie tend à mettre en lumière les connaissances et savoirs des temps anciens de la société ou du Koôngo royal ayant notamment marqué sa longue et grande période de gloire.

En décembre 2002, vous avez publié votre premier livre intitulé  » Le Procès de Kimpa Vita, la Jeanne d’Arc congolaise  » (éd. l’Harmattan ). Quel était l’intérêt d’un tel ouvrage ?

- J’ai été fasciné par l’histoire de Kimpa Vita  » la Jeanne d’Arc congolaise  » une fille d’à peine 22 ans qui, au bout de 2 ans seulement a réussi à recréer l’unité politique du Koôngo royal qui, des décennies durant avant elle connaissait une période sombre de son histoire. C’est pourquoi, je me suis intéressé à son histoire judiciaire qui, de mon point de vue, doit interpeller tout Muntu digne de ce nom. Aussi, je dirai que cette jeune femme est un bel exemple de l’image de la femme africaine.

- Un autre livre de vous est en route actuellement, il est consacré au Cardinal Emile Biayenda. Qu’est-ce qui est au cœur de votre regard sur cette haute personnalité de l’Eglise catholique congolaise ?

- Effectivement je viens de publier avec le soutien de l’Abbé Alexis Samba Massengo un ouvrage auprès des Editions la Société des Ecrivains portant sur le Cardinal Emile Biayenda et sa vision du Développement Intégral du Congo-Brazzaville. En effet l’année 2007 a été décrétée par son Excellence Monseigneur Anatole Milandou comme  » l’année sainte  » pour le souvenir du martyr, le Cardinal Emile Biayenda.

A l’occasion du trentième anniversaire de son assassinat, il m’a semblé fort important de revenir sur son verbe intelligible qu’il a très clairement exprimé au travers de ses études doctorales soutenues à l’Institut catholique de Lyon en 1968. Cet ouvrage a été préfacé par l’Archevêque métropolitain de Brazzaville, Monseigneur Anatole Milandou. Si vous me le permettez, je vais simplement reprendre les mots de la préface de son Excellence Monseigneur Milandou en disant  » Le Cardinal Emile Biayenda dont il est question dans cet ouvrage, est ce pasteur qui fait la fierté de l’église congolaise pour ses nombreuses qualités d’homme et de prêtre, d’intellectuel et de citoyen congolais bien enraciné dans son pays et dans sa culture ».

C’est à ce titre qu’il est, à mes yeux un véritable NGUNZA, donc un Muntu fondamentalement épris par un idéal de justice sociale et de paix, cherchant toujours, et c’est ce qu’il a toujours fait, à faire prévaloir sur terre des principes du respect et de la dignité de la condition humaine telle que Dieu les a originellement conçus. A mon humble avis, il encore pour moi l’exemple type d’une matérialisation humaine de la sagesse et de la bonté.

Propos recueillis par MARC TALANSI.
06/03/2008

 

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